I.— DE PARIS A SPA.— FLEMALLE
«De temps en temps on rencontre tout au bord du fleuve, dans quelque ravin au-dessus duquel passe la route, une fabrique de zinc dont l’aspect délabré et les toits crevassés, d’où la fumée s’échappe de toutes les tuiles , simulent un incendie qui commence ou qui s’éteint ; ou c’est une alunière avec ses vastes monceaux de terre rougeâtre ; ou bien encore, derrière une houblonnière, à côté d’un champ de grosses fèves, au milieu des parfums d’un petit jardin qui regorge de fleurs et qu’entoure une haie rapiécée çà et là avec un treillis vermoulu, parmi les caquets assourdissants d’une populace de poules, d’oies et de canards, on aperçoit une maison en briques , à tourelles d’ardoises , à croisées de pierres, à vitrages maillés de plomb, grave, propre, douce, égayée d’une vigne grimpante, avec des colombes sur son toit, des cages d’oiseaux à ses fenêtres, un petit enfant et un rayon de soleil sur son seuil , et l’on rêve d Teniers et à Mieris.
« Cependant le soir vient.... L’intérieur des maisons s’éclaire vaguement; les objets s’effacent comme dans une fumée.... c’est dans ce moment-là que le paysage prend tout à coup un aspect extraordinaire. Là-bas , dans les futaies, au pied des collines brunes et velues de l’occident , deux rondes prunelles de feu éclatent et resplendissent comme des yeux de tigre. Ici au bord de la route, voici un effrayant chandelier de quatre-vingts pieds de haut qui flambe dans ce paysage, et qui jette sur les rochers, les forêts et les ravins des réverbérations sinistres. Plus loin, à l’entrée de cette vallée enfouie dans l’ombre, il y a une gueule pleine de braise qui s’ouvre et se ferme brusquement, et d’où sort par instants une langue de flamme.
< Ce sont les usines qui s’allument.
« Quand on a passé le lieu appelé la petite Flemalle, la chose devient inexprimable et vraiment magnifique; toute la vallée semble trouée de cratères en éruption. Quelquesuns dégorgent derrière les taillis des tourbillons de vapeur écarlate, étoilée d’étincelles; d’autres dessinent lugubrement sur un fond rouge la noire silhouette des villages ;