‹ Spa et ses environs itineraire descriptif et historiqueChapitre 34 sur 151 · I— DE PARIS A SPA.— LE VAL RENOIT · texte numérisé non relu

I— DE PARIS A SPA.— LE VAL RENOIT

ailleurs, les flammes apparaissent îi travers les crevasses d’un groupe d’édifices. On croirait qu’une armée ennemie vient de traverser le pays , et que vingt bourgs mis à sac vous offrent à la fois dans cette nuit ténébreuse tous les aspects et toutes les phases del’incendie, ceux-ci fumants, les autres flamboyants.

«Ce spectacle de guerre est donné par la paix; cette copie effroyable de la dévastation est faite par l’industrie. Vous avez tout simplementlà sous les yeux, les hauts-fourneaux de M. Cockerill.

« Un hruit violent et farouche sort de ce chaos de travailleurs. J’ai eu la curiosité de mettre pied à terre et de m’approcher d’un de ces antres. Là, j’ai admiré véritablement l’industrie. C’est un beau et prodigieux spectacle, qui, la nuit, semble emprunter à la tristesse solennelle de l’heure quelque chose de surnaturel. — Les roues, les scies, les chaudières, les laminoirs, les cylindres, les balanciers, tous ces monstres de cuivre, de tôle et d’airain que nous nommons des machines, et que la vapeur fait vivre d’une vie effrayante et terrible, mugissent, sifflent, grincent, râlent, reniflent, aboient, glapissent, déchirent le bronze, tordent le fer, mâchent le granit, et, par moments, au milieu des ouvriers noirs et enfumés qui les harcèlent , hurlent avec douleur dans l’atmosphère ardente de l’usine, comme des hydres et des dragons tourmentés par des démons dans un enfer. »

53 kil. Jemeppe, v. de .2135 h. , situé en face de Seraing (U. ci-dessous), auquel le relie un pont de fer long de 120 mèt.

55 kil. Tilleur, v. de 680 h. , à dr. duquel s’étend le v. de Sclessin, dont le château est entouré d’un parc magnifique. Au delà de Sclessin , les collines qui s’étaient rapprochées de la Meuse s’en éloignent pour former le fertile vallon qu’elles entourent de tous côtés, à l’exception de celui du fleuve. — C'est le Val Benoît. En 1204 , Othon de G-eneffe, chanoine de St-Paul, à Liège, y bâtit un monastère où il établit deux chanoines réguliers. Cette

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abbaye devint riche et célèbre. Ses derniers débris ont été transformés en une ferme qui porte son nom.

60 kil. Liège, station des Guillemins (F. ci-dessous).

Au delà de la station de Flemalle, l’embranchement que nous avons laissé à dr. se dirige vers la Meuse , qu’il franchit sur un pont de pierre de cinq arches, long de 170 mèt. et large de 8 mèt. 50 centim. d’oùl’3n découvre un beau point de vue. On laisse alors à dr. Ivos et le val St-Lamberl. dont la verrerie occupe les derniers débris d’une ancienne abbaye de Bernardins. Au delà du charbonnage de Marihaye on passe près des hauts-fourneaux de l’Espérance avant d’atteindre

53 kil. Seratni^y chef-lieu du canton de ce nom, V. de 5100 b., située sur la rive dr. de la Meuse, à 8 kil. de Liège. Ses établissements industriels l’ont rendue célèbre dans le monde entier. Il y a quelques aqnées, un receveur général des finances, qui manie avec un égal succès la plume et le crayon, lisait à l'Académie royale de Metz une intéressante notice sur l’établissement métallurgique de Seraing , à laquelle j’emprunte le passage suivant.

« Autrefois Seraing n’était qu’une colonie de bateliers et de pêcheurs, vivant du fleuve qui baignait leurs pauvres chaumières et trop souvent leur faisait payer cher l’avantage de son voisinage. Seraing a bien changé d’aspect : un quai solide le protège contre l’inondation, et de ce quai, un pont suspendu, que portent quatre tourelles en fonte, élégantes et découpées à jour comme des flèches gothiques, traverse hardiment d’un bord à l’autre. C’est par là que, chaque matin, une robuste population qui, jadis, n’avait manié que l’aviron, répond à l’appel de la cloche et se porte tout entière sur la rive opposée, où l’attendent le fer et la vapeur.

•< C’est que sur cette rive John Cockerill a posé l’œuvre de sa vie ; c’est que là le fer est travaillé en quantités énormes, depuis son extraction à l’état de minerai, jusqu’à la perfection de son emploi.

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