I.— DE PARIS A SPA— SERAING
«Au premier aspect, rien n’annonce l’immensité de cette entreprise. Ce qui s’offre d’abord, c’est un beau et noble château, longtemps occupé par les princes-évéques de ^ége, qui en furent les fondateurs. Cette résidence princière rappelle, par sa grandeur, quelle fut la puissance de ses anciens maîtres. De vastes pavillons sont reliés par des bâtiments réguliers; la cour d’honneur est large et laissait une facile circulation aux nombreux domestiques; elle présente un carré parfait, et les frontons des deux corps de logis principaux sont ornés de bons basreliefs , complément obligé de cette architecture grandiose.
« Il n’y a pas bien des années encore qu’à ce palais attenait un immense parc, planté des plus beaux arbres. L'ordonnance en était grave comme si Lenôtre en eût tracé le dessin. De longues allées droites, dont la perspective se perdait à l'horizon, répondaient à la grandeur de l’édihce. ^ Aujourd’hui, de ce parc, tout a disparu, et un autre génie vient y commander d’autres chefs-d’œuvre. L’industrie règne dans le palais épiscopal, et les arbres séculaires ont fait place à une forêt d'obélisques fumants, aussi hardis et plus utiles que ceux de Sésostris. John Cockerill, génie ardent, doué d’une force de volonté qu’aucun obstacle n’arrêtait, a créé là le plus grand établissement métallurgique qu’ait entrepris la puissance humaine. L’ensemble des constructions qui joignent l’ancien château offre un parallélogramme divisé selon l’ordre des travaux, et cette division comprend quatre parties parfaitement distinctes : d’abord la production de la matière première, ce sont les hauts-fourneaux qui donnent à l’usine le fer qu’elle inet en œuvre, puis l’atelier des chaudières, celui des machines à vapeur destinées à tous les emplois, enfin l’atelier des locomotives.
« Il étaitdans l’ordre que les modèles eussent droitd’habitation dans le château même, car c’est là qu’est la véritable création, là que la pensée créatrice s’est formulée et mise au jour pour se livrer à la pratique habile. C’est