‹ Spa et ses environs itineraire descriptif et historiqueChapitre 49 sur 151 · I.— DE PARIS A SPA.— LIÈGE · texte numérisé non relu

I.— DE PARIS A SPA.— LIÈGE

règne. Mais Jean de Heinsberg, le second de ces deux évéques, préférant sa propre tranquillité et son bien-être au bonheur de ses sujets, dégoûté des ennuis du pouvoir suprême, effrayé des dangers qu'il prévoyait dans l’avenir, abdiqua en faveur de Louis de Bourbon, âgé seulement de 19 ans, qui fit son entrée à Liège en 1456.

Les prétentions de Louis de Bourbon, ses attentats prémédités contre les libertés publiques eurent bientôt soulevé le peuple. L’évêque essaye d’abord d’exciter certains ressentiments qu’il supposait à Louis XI ; ne pouvant y parvenir, il en appelle au Saint-Siège, qui lance l’interdit sur la ville rebelle ; enfin il s’adresse au duc de Bourgogne , Charles le Téméraire. Louis XI, de son côté, soudoie l’insurrection pour susciter des embarras au duc de Bourgogne, dont il voyait avec effroi grandir la puissance. Les événements qui suivirent, — la visite de Louis XI à Charles le Téméraire, — son arrestation à Péronfte, — la nécessité où il fut pour obtenir sa liberté de suivre le duc de Bourgogne à la guerre, — le sac de Liège, — remplisseut les chapitres les plus dramatiques et les plus intéressants du beau roman de Walter Scott, intitulé Quentin Durward. M. Michelet en a fait dans le sixième volume de son Histoire de France un long récit qu’il termine ainsi :

« Liège (1468) n’avait plus pour résister, ni murs, ni fossés-, ni argent, ni canons, ni hommes d’armes. Il lui restait une chose, les fleurs de lis, le nom du roi de France ; les bannis, en rentrant criaient : Vive le roi ! Que le roi vînt combattre contre lui-même, contre ceux qui combattaient pour lui, cette nouvelle parut si étrange, si follement absurde, que d’abord on ne voulait pas y croire....

« Ne sachant que pensCr, et comme fous de fureur, ils sortirent quatre mille contre quarante mille Bourguignons. Battus, ils reçurent pourtant au faubourg l’avant-garde ennemie , qui s’était hâtée afin de piller seule, et qui n’y gagna que des coups.

« I.,e légat sauva l’évêque et tâcha de sauver la ville. 11

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fit croire au peuple qu’il fallait laisser aller l’évêque, pour prouver qu’on ne le tenait pas prisonnier. Lùi-méme il alla se jeter aux pieds du duc de Bourgogne, demanda grâce au nom du pape, offrit tout, sauf la vie. Mais c’était la vie qu’on voulait cette fois L...

« Louis XI mit son honneur à tremper dans cette barbare exécution de Liège. Il semblait tenir à faire croire qu’il n’était point forcé, qu’il était là pour son plaisir, par pure amitié pour le duc.... Il aurait été le premier à l’assaut, si le duc ne l’eût arrêté. Les Liégeois portant les armes de la France, lui, roi de France, il prit, dit-on, il porta la croix de Bourgogne. On le vit sur la place de Liège, pour achever sa triste comédie, crier: Vive Bourgogne !... Haute trahison du roi contre le roi.

« Il n’y eut pas la moindre résistance. Les capitaines étaient partis le matin, laissant les innocents bourgeois en seatinelles. Ils veillaient depuis huit jours, ils n’en pouvaient plus. Ce jour-là, ils ne se figuraient pas qu’on les attaquât, parce que c’était dimanche. Au matin, cependant, le duc fit tirer pour signal sa bombarde et deux serpentines ; les trompettes sonnent, on fait les approches.... Personne, deux ou trois hommes au guet; les autres étaient allés dîner ; « Dans chaque maison, dit Comines, nous trouvâmes la nappe mise. »

« L'armée, entrée en même temps des deux bouts de la ville, marcha vers la place, s’y réunit, puis se divisa pour le pillage en quatre quartiers. Tout cela prit deux heures, et bien des gens eurent le temps de se sauver. Cependant le duc, ayant conduit le roi au palais, se rendit à Saint- Lambert, que les pillards voulaient forcer : ils l’écoutaient si peu, qu’il fut obligé de tirer l’épée, et il en tua un de sa propre main.

« Vers midi, toute la ville était prise, en plein pillage. Le roi dînait au bruit de cette fête, en grande joie, et ne

* F. ci-dessoui, pag 66, ratlaqne des Franchimoolois contrc]Charles le Téméraire el Lonis XI, qu’ils faillirent surprendre et égorger.

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