I.— DE PARIS A SPA— FRANCHIMONT
estoient sur le derrière du logis du duc de Bourgogne, ils sailliroient, tous les meilleurs qu’ils eussent, qui estoient six cents hommes du pays de Fraiichemont, et uvoient pour guide l’hoste de la maison où estoit logé le roy, et aussi l'hoste où estoit logé le duc de Bourgogne ; et pouvoient venir par un grand creux de rocher assez près de la maison de ces deux princes avant qu’on les apercust , moyennant qu’ils ne fissent pas de bruit.... ils ordonnèrent en outre que tout le peuple de la ville sailliroit par la porte, laquelle respondoit du long de la grande rue de nostre fauxbourg, avec un grand heu (huée, bruit), espérant desconfire tout ce qui estoit logé en ce ditfauxbourg ; et n'estoient point hors d’espcrance d’avoir une bien grande victoire, ou à tout le moins, et au pis-aller, une bien glorieuse fin. Quand ils eussent eu mille hommes d'armesuveceux, de bonne estoffe,n’estoit leur entreprise bien grande; toutesfois il s'en fallut bien peu qu’ils vinssent à leur intention, et, comme ils avoient conçu, saillirent ces six cents hommes de Franchement (commandes par George Straille du ban de Jalhay) par les brèches de leurs murailles, et croy qu’il n'estoit point encore dix heures du soir, et attrapèrent la plupart des escoutes (sentinelles) et les tuèrent, et entre les autres y moururent trois gentilshommes de la maison du duo de Bourgogne. Et s’ils eussent tire tout droit, sans eux faire ouyr, jusqu’à ce qu'ils eussent été là où ils voulaient aller , sans nulle difficulté ils eussent tué ces deux princes couchés sur leur lict »
Mais, malheureusement pour eux et pour Liège, au lieu de marcher droit au logis des princes, ils attaqué- rent, peut-être par méprise, la tente où étaient logés les ducs d’Alençon et de Craon; une autre partie de la troupe s’arrêta à l’attaque d’une grange occupée par la garde du duc de Bourgogne. L’alarme commença à se répandre. Cependant il s’en fallut de bien peu que le duc de Bourgogne ne fût surpris.
€ J’estoye couché , ajoute Philippe de Comines, en la chambre du duc de Bourgogne (qui estoit bien petite), et deux gentilshommes qui estoient de sa chambre, et au-dessus il y avait douze archiers seuli'ment qui faisoient le guet; et estoient en habillement et jouoientaux déz. Son grand guet estoit loin de lui, et vers la porte de la \ille. En effet, l’hoste de la maison attira une bande de ces Liégeois, et vint assaillir sa maison, où le dict duc était dedans; et fut ceci tant soudain qu’à grande peine pusmes pous mettre au dict duc sa cuirasse sur lui et une salade en teste , et incontinent descendîmes le degré pour aider saillir en la rue. Nous trouvasmeH nos archiers empesches à deffendre l’huis et les fenestres contre les Liégeois, et y avoit un werveilleux cri eu la rue. Les uns : Vive le roi ! Les autres : Vive Bourgogne! Et les autres ; Vive je roy, et tuez I El fusmes l’espace de plus