II.— DE PARIS A SPA.— TRÊVES
dont les deux faces étaient séparées par un espace considérable, et dont les deux voies, surmontées de deux étages de galeries, couraient de part et d’autre entre deux tours saillantes, arrondies au dehors de la ville, carrées au dedans et composées de trois étages. L'évêque Poppo (1016- 1047) ayant entrepris, en 1028, le pèlerinage de la Terre Sainte, en ramena un anachorète, nommé Siméon, qui, à son arrivée à Trêves, s’établit au sommet de la porte Noire, et s’y fît une telle réputation de sainteté, qu’après sa mort on le canonisa. De plus , Poppo convertit en église le bâtiment dans lequel son ami avait mené une vie si méritoire, et qui désormais lui fut consacré. En conséquence une abside semi-circulaire dut être ajoutée à l’une de ses extrémités. Cette église, qui en formait trois l’une au-dessus de l’autre , servit jusqu’à la fin du siècle dernier. Transformée en arsenal et en magasin pendant la domination française, elle est aujourd’hui un musée d’antiquités romaines, dans lequel on remarque un bas-relief de gladiateurs trouvé à l’amphithéâtre, des milliaires de Bitburg, etc. Le gouvernementprussien l’a rétablie autant que possible telle qu’elle était avant d’être transformée ' en église. La porte Noire a 38 mèt. de long, 22 mèt. de large, et 23 mèt. de haut. Les blocs énormes qui la composent, posés sans ciment l’un sur l’autre, étaient liés autrefois par des crampons de fer dont on ne voit plus que les morsures. Elle a deux portails, deux tours, et trois étages.
2“ Les Bains (tàcrmæ); — (l’entrée par la promenade, 5 sgr. de pourboire). — Il y a peu d’années, ces ruines, comprises dans l’angle S. E. des fortifications, étaient tellement enfouies, que les fenêtres dupremier étage servaient de porte (la porta Alla). Le gouvernement prussien les a fait déblayer. Les savants ne se sont pas encore mis d’accord sur leur destination première. Bains , selon Wyttenbach, théâtre de pantomimes d’après le professeur Steininger, elles auraient, à en croire d’autres antiquaires, été un palais impérial.
IL— DE PARIS A SPA. -TRÊVES
3° La Oasillque ou le palais de Constantin. Même division parmi les savants au sujet de ce bâtiment, qui a ét^ tour à tour qualifié de palais,, de bain, de théâtre, et d’hippodrome. Du reste, depuis la domination romaine, sa destination a été bien souvent changée. Palais royal sous les Franks, palais archiépiscopal jusqu’au siècle dernier, il a ensuite servi de caserne, et on vient, dit-on, de le transformer en église évangélique. De l'ancienne construction romaine il ne reste que l’aile occidentale et une tour appelée la tour d'Hélène ou des Païens (Heidenthurm). Ces débris, admirablement conservés, ont75mèt. de long, 30 mèt. de large, et 32 mèt. de haut. — La partie moderne date de 1614.
40 L’Amphithéâtre. Situé àcinq cents pas des bains, à l’entrée de l’Olewigthal, cet intéressant débris de la Trêves romaine est taillé dans le Marsberg, colline plantée de vignes. De forme elliptique, il a 75 mèt. de long et 52 mèt. de large. Il pouvait contenir 6000 personnes. Des portes flanquées de tours, et dont il ne reste aucun vestige, y donnaient accès au N. et au N. E. En outre, on y entrait, du côté de Trêves, par deux passages voûtés vomitoria) et creusés dans le roc. L’un de ces passages est fermé, l’autre sert actuellement de cave; on l’appelle Kaiserskeller (la cave de l’empereur). Bâti par Auguste, cet amphithéâtre vit instituer par Constantin les ludi francici, les jeux franks, que les chroniqueurs du temps qualifient de magnifieum spectacuîum, et de famosa supplicia. En 306 et 313, des milliers de. prisonniers franks y furent livrés aux bêtes féroces, qui ne purent pas tous les dévorer ni même les tuer. Alors les survivants reçurent l’ordre de s’y battre entre eux jusqu’à la mort, pour amuser les spectateurs ; ils préférèrent s’égorger mutuellementsans lutter ensemble, au grand mécontentement de leurs bourreaux. On ne sait pas à quelle époque il fut détruit, mais dès le xiii' siècle il servait de carrière. — Le gouvernement prussien entretient soigneusement ces ruines, qu’il a fait déblayer.
IL— DE PARIS A SPA.— TRÊVES
5® Le PONT DK LA Moselle. — Ce pont, long de 2.70 mèt., se compose de huit arches. Les piles seiïles sont romaines. Les voûtes datent de 1720 et de 1803. Il a été construit sous l’empereur Auguste par Agrippa, vingt-huit ans avant J.-C. Tacite en a fait mention. Les Barbares l’avaient respecté ou n’avaient pas pu le détruire, mais les Français le firent sauter sous Louis XIV.
6° Les PROPUGNACULA. — On en voit encore un bien conservé dans la Diedrichs Strasse, et un autre dans la cour de l’hôtel du Gouvernement. Ces deux tours n’ont plus aujourd’hui leur hauteur primitive. La première a 17 mèt. de long, 9 mèt. de large, et 15 mèt. de haut. env.
7° Les AQUEDUCS. — Divers aqueducs apportaient de l’eau soit aux bains, soit à l’amphithéâtre. Les parties souterraines sont seules conservées. Il ne reste aucun vestige de Aîelles qui étaient au-dessus du sol.
Parmi les édifices de Trêves qui sont postérieurs à la domination romaine, il faut placer en première ligne le Domou la cathédrale. Ancien palais de la princesse Hélène , mère de Constantin , dédiée à Saint Pierre par l’évôque Agricius, enrichie par Charlemagne, détruite par les Normands, abandonnée au x® siècle, reconstruite en 1019 par l’archevêque Poppo qui lui donna une forme nouvelle, incendiée en 1717, réparée en 1723, cette église a été restaurée en 1810 et en 18-14. Elle est en grande partie bâtie dans le style appelé romano-byzantin. Elle a la forme d’une croix et elle se compose d’une triple nef, d’un double chœur et de seize autels. Sa coupole principale a 30 mèt. de haut. Ses absides et son chœur intéresseront surtout les connaisseurs. Elle renferme, entre autres curiosités : des tombeaux des électeurs de Trêves ; une cloche fondue en 1628, et remarquable par sa grosseur ; un bel orgue et de précieuses reliques (derrière le chœur). Parmi ces reliques est la tunique sans couture de Jésus- Christ — présent de l’impératrice Hélène — qui a été exposée en 1844. — Les cloUres, postérieurs à l’église, ont été récemment restaurés.
IL— DE PARIS A SPA.— TREVES
A côté de la cathédrale, sur l’emplacement même du palais dont elle faisait partie, s’élève une église gothique dédiée à Notre-Dame (Liehfrauenkirche), et construite, de 1227 à 1243, par un architecte resté inconnu, dans le style ogival. Son portail semi-circulaire est richement orné de sculptures remarquables. L’intérieur a la forme d’une croix grecque. Douze élégants piliers, cannelés, supportent toute la construction. Ces piliers sont consacrés aux douze apôtres. Une petite pierre noire, incrustée dans le sol près de la porte, marque la seule place d’où l’on puisse voir les douze apôtres d’un seul regard. Le monument de l’archevêque Jacob de Sierk est l’œuvre remarquable d’un sculpteur inconnu. Le portail du nord mérite aussi d’attirer l’attention.
Sur la place de la Cathédrale , en face du Dom , s’élève ]q palais du Gouvernement, résidence du roi et des princes de Prusse lorsqu’ils viennent à Trêves.— Le palais épiscopal est près de l’église de Notre Dame. — Le palais de justice (Dietrischs Strasse), la douane (au-dessus du pont), la poste, l’hôtel de ville, la maison d'arrêt, les hôpitaux n’offrent rien d’intéressant.
Le théâtre (place du marché au bétail) était autrefois un couvent de Capucins.
Sur la place du Marché, où se trouvent l’ancien hôtel de ville, devenu l’hôtel de la Maison-Rouge, et une belle fontaine, s’élève une colonne de granit surmontée d’une croix et érigée en mémoire d'une croix, qui, selon latraditionj aurait été vue dans le ciel en 958.
En 1473, une université avait été fondée à Trêves ; elle fut supprimée en 1798. Les bâtiments qu’elle occupait servent actuellement au gymnase et renferment la bibliothèque de la ville, qui possède près de 100,000 volumes, 4800 incunables, de précieux manuscrits et des portraits des archevêques de Trêves, Parmi ses curiosités on cite surtout : une bible de Fust et de Guttemberg (1450); le Catholicon de 1460 ; les Justiniani Institutiones de Schœffer (1468) sur parchemin; le Codex aureus, présent de la