‹ Species des hyménoptères composant le groupe des formicidesChapitre 9 sur 234 · APPAREILS DIGESTIF ET VÉNÉNIFIQUE · texte numérisé non relu

APPAREILS DIGESTIF ET VÉNÉNIFIQUE

fléchie et plus épaisse porte l’orifice central qui donne passage aux aliments destinés à la digestion.

Telle est la forme du gésier chez les Camponotus ct les Colobopsis. Dans les autres genres de la tribu des Camponotidæ il conserve la même structure générale mais avec certaines modifications : ainsi chez les Myrmecocystus, les Polyerqus, les Formica, les Lasius et les Brachymyrmex, il est plus court et plus large ; chez les Prenolepis (fig. 3) il est assez allongé, mais son extrémité antérieure se réfléchit brusquement en dehors ; cette dernière disposition s'accentue encore chez les Acantholepis (fig.4) et les Plagiolepis où le calice, quoique toujours libre et non renfermé dans le jabot, est entièrement réfléchi, sans partie basalc droite, et affecte la forme d'un parasol.

Dans la tribu des Dolichoderidæ {fig. 5) le gésier offre une disposition différente : la partie moyenne se raccourcit ou disparait complètement, le calice lui-même peut faire défaut ou, quand il existe, il est toujours réfléchi et entièrement renfermé dans la cavité du jabot. {1}

Chez les Dorylidæ, les Poneridæ et les Myrmicidæ, le gésier n’a pas de partie moyenne et, le plus souvent aussi, pas decalice.

Je n'ai aucune particularité à signaler à propos de l’estomac qui fait suite au gésier, non plus qu'à l'égard de l'intestin, du rectum et du cloaque qui terminent le canal digestif.

(1) Quand le calice se retourne en arrière, sa portion réfléchie devrait toujours être enclose dans le jabot, puisque, dans sa rétroversion, le bord supérieur du calice entraîne forcément avec lui la paroi du jabot qui lui estattenante, et que cette paroi descendant au même niveau qu'atteint lui-même le bord réfléchi, le calice doit disparaître en tout ou en partie dans la cavité du jabot,

Pourtant nous venons de voir que dans certains genres dela tribu des Camponotidre, le calice,tout en se réfléchissant en totalité ou en partie, reste cependant libre et ne se trouve pas enfermé dans le jabot. La raisonde cette disposition particulière qu’il est bon d'expliquer, provient de ce que, dans ce cas, les muscles circulaires et constricteurs (d) qui entourent le calice ne le suivent pas dans sarétroversion, mais passent par dessus sa partie réfléchie et arrivent jusqu’à son sommet, en‘appliquant exactement à sa surface la portion de la cuticule du jabot qui lui est juxtaposée. IL suit de là que le jabot ne s'évasant qu'au dessus du calice, ce dernier ne paraît pas enfermé dans son intérieur, bien qu’en réalité il soit revêtu par sa paroi membra neuse recouverte elle-même par la couche des muscles circulaires dont je viens de

parler.

IT. APPAREIL VÉNÉNIFIQUE.— L'appareil de sécrétion et d’émission du venin se compose de la glande vénénifique, de la vessie à venin, du canal déférent, de l’aiguillon et de ses annexes. On remarque encore la glande accessoire qui sécréte un liquide oléagineux dont l'usage n'est pas parfaitement déterminé.

Je ne-dirai rien de l’aiguillon, sinon qu’il est toujours bien développé chez les Poneridæ et la plupart des Myrmicidæ, mais qu'il devient très petit et rudimentaire dans la tribu des Dolichoderidæ, pour disparaître complètement chez les insectes de la tribu des Camponotidæ où il est transformé en un petit appareil servant à soutenir l’orifice de la vessie. Chez les Dorylidæ l’aiguillon est tantôt bien développé ct tantôt rudimentaire mais jamais transformé.

La vessie à venin qui, avec sa glande, est l’organe important au point de vue qui nous occupe, présente deux types bien distincts.

Dans le premier {fig. 7) la glande vénénifique offre une partie libre composée de deux tubes grèles et sinueux (a) qui se réunissent en un seul vers la base de la vessie. Ce tube unique perce alors la tunique extérieure de la paroi vésicale, s’insinue entre cette membrane et la cuticule interne, en décrivant des circonvolutions nombreuses et irrégulières dont l’ensemble forme un grand coussinet allongé et résistant (b) qui occupe toute la partie dorsale de la vessie (c) et contribue à lui donner la forme ovale ou elliptique qui lui est propre. Ce n’est qu'après avoir parcouru toute cette surface, en émettant un grand nombre de tubes latéraux, que la glande, traversant la cuticule interne, débouche dans l’intérieur de la vessie par une ouverture simple, sans bourrelct terminal. Cette disposition, à laquelle M. Forel a donné, le nom de vessie à coussinet est particulière à la tribu des Camponotidæ. À

Le second type, qui est celui de la vessie à bourrelet, (fig. 8 et 9) est commun à tous les autres représentants du groupe des Fourmis. Dans ce type la vessie à venin, qui est généralement petite ci arrondie, reçoit à son sommet (et non vers sa base comme précédemment) la glande vénénifique. dont la partie

DISTINCTION DES SEXES 19 libre et bifurquée est plus épaisse que dans le premier {ype, et qui débouche dans le sac vésical, en formant un renflement ou bourrelet apical (b) invaginé par la cuticule interne et muni d'un orifice central pour l'écoulement de la liqueur sécrétée. Ce bourrelet peut suivre directement le corps de la glande à son entrée dans la vessie, comme on le voit chez le Bothriomyrmex meridionalis (fig. 8), ou, au contraire, en être séparé par un tube plus ou moins long et sinueux, comme, par exemple, chez la Myrmica lævinodis (fig. 9), où il acquiert un assez grand développement. Entre ces deux extrêmes il y a toutes les transitions possibles et on ne peut établir aucune règle fixe à cet égard. I] en est de même de la vessie à venin qui, toujours bien développée chez les Poneridæ, est très variable chez les Dorylidæ ct les Myrmicidæ,ainsi que dans la tribu des Dolichoderidæ où elle peut même devenir entièrement rudimentaire ainsi que la glande.

Ces quelques données sommaires sur la structure du gésier et de l'appareil vénénifique des fourmis sufliront pour faire apprécier le secours que ces organes peuvent fournir à la classification, mais j'engagerai vivement mes lecteurs à recourir aux travaux de M. Forel, cités plus haut, pour une foule de détails intéressants que je ne puis indiquer ici.

7.— Distinction des sexes.— On compte, chez les fourmis, trois sortes d'individus : les mâles (y), les emelles [9] et les neutres ou ouvrières (ÿ).

Les mâles,toujours ailés,sauf dans un seul genre [Anergates),se reconnaissent facilement à leur abdomen de sept segments ct à leur tête petite et globuleuse, toujours pourvue d’yeux et d'ocelles ordinairement gros et saillants. Leurs antennes sont grèles, à scape souvent très court et, dans beaucoup de genres, elles sont composées de 13 articles, ce qui ne se présente jamais chez les o et les 5. Ils sont le plus souvent de couleur noire ou brune et presque toujours d’une teinte plus foncée que les individus des autres sexes ; leurs organes sexuels servent encore à les différencier ; leurs mandibules sont ordinairement plus petites, plus étroites, moins dentées ; enfin ils sont {toujours privés d’aiguillon.

Par une anomalie singulière on trouve, dans les fourmilières de Ponera punctatissima, des © aptères, ne ressemblant aucunement aux ÿ ordinaires de l'espèce, et qui ont toute l'apparence de grandes ouvrières. Un examen attentif peut seul faire reconnaître qu'ils ont à l'abdomen les sept segments caractéristiques des et que leurs parties génitales sont analogues à celles de ces derniers. La P. punclalissima étant pourvue de ç; de conformation ordinaire, on ne s'explique pas la présence simultanée de ces anormaux, et des observations postéricures nous donneront seules peut-être la clef de cette énigme.

Les 9 ailées se distinguent des ©” par leur abdomen de six segments, leur tête plus grande avec les yeux et les ocelles moins saillants, leurs antennes qui n’ont jamais 13 articles, leurs mandibules plus fortes et enfin par leur forme et leur couleur se rapprochant beaucoup plus de celles des ouvrières. Quand elles ont perdu leurs ailes on pourrait les confondre avec ces dernières, mais la conformation de leur mésothorax non simplifié comme celui des 5, cet les articulations alaires qui sont toujours visibles ne permettent aucune erreur.

Les neutres ou ouvrières se reconnaitront à l'absence constante d'ailes et à la simplification de leur mesonotum qui est dépourvu de scutellum, de lobes latéraux et de postscutellum. Elles sont en outre en bien plus grand nombre dans une même fourmilière relativement aux o” el aux 9 qui ne s'y rencontrent qu'à certaines époques de l’année, si on en excepte toutefois la © ou les ? fécondes qui constituent l'âme de la communauté.

Dans quelques genres (Colobopsis, Myrmecocystus, Pheidole), les neutres forment deux castes bien distinctes par leur conformation ct par le rôle qu'elles remplissent dans la fourmilière. Les unes ne se distinguent pas des ouvrières des autres genres et sont chargées des mêmes fonctions (construction des nids, éducation des larves, ctc.), les autres, pourvues d'une tête énorme et de mandibules puissantes, forment une véritable armée et ont reçu le nom de soldals ({). Leur rôle consiste à protéger la fourmilière contre les attaques de ses aggresseurs et ils ne prennent pas part aux travaux ordinaires de l'intérieur. Ce nesont toutefois que des troupes de défense, d'honnètes gendarmes qui

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