‹ Species des hyménoptères composant le groupe des formicidesChapitre 18 sur 234 · SOINS DONNÉS AUX LARVES · texte numérisé non relu

SOINS DONNÉS AUX LARVES

toient les larves, les nymphes ou les cocons sur lesquels elles ne supportent aucune trace d’impureté ; elles les transportent fréquemment à des étages différents, suivant l'heure du jour et l’intensité des rayons solaires. À la moindre apparence de danger, elles cherchent à mettre à l’abri leur précieux dépôt en l’emportant, à la hâte, dans les cases profondes de leur habitation, et ces divers soins, prévus ou accidentels, entretiennent tout cé petit monde dans une perpétuelle activité. La nuit même n'arrête pas cette agitation, au moins pendant les grandes chaleurs de l'été, mais la température étant moins variable, le déplacement des larves et des cocons est moins fréquent et les fourmis s'occupent alors d’autres travaux.

J ai dit, en parlant des premiers états, que les larves des fourmis sont de petits vers blancs, sans pattes, et incapables de changer de place ou de se nourrir eux-mêmes. Tout ce que ces larves peuvent faire, c’est de manifester leur besoin de manger en redressant leur corps et en cherchant, avec leur bouche, celle de leurs nourrices. Ces dernières leur donnent alors la becquée, comme les oiseaux à leurs petits, et, ouvrant leurs mandibules, elles dégorgent quelques gouttes de liqueur que les larves recueillentaà l’orifice même de leur bouche.

Les nymphes elles-mêmes, et surtout celles qui sont renfermées dans un cocon, sont l’objet de soins attentifs de la part des ouvrières qui guettent et savent reconnaitre le moment, compris, d’ailleurs, en assez larges limites, où la jeune fourmi doit sortir de sa prison temporaire, car leur secours lui est alors tout à fait indispensable. Huber, qui a été témoin de l’ouverture de plusieurs coques de Formica rufa, raconte ainsi l'opération à laquelle il assista :

« (1) Elles commencèrent par amincir l’étoffe en arrachant « quelques soies à la place qu’elles voulaient percer, et bientôt, « à force de pincer et de tordre ce tissu si difficile à rompre, elles parvinrent à le trouer en plusieurs endroits très-rappro-

« chés les uns des autres ; elles essayèrent ensuite d'agrandir

(1) Huber, loc. cit. p. 73.

ces ouvertures, en tirant la soie comme pour la déchirer ; mais cette méthode ne leur ayant pas réussi, elles firent passer une de leurs dents au travers de la coque, dans les trous qu’elles avaient pratiqués, coupèrent chaque fil l’un après l’autre avec une patience admirable, et parvinrent enfin à faire un passage d’une ligne de diamètre dans la partie supérieure de la coque. On commençait déjà à découvrir la tête et les pattes de l’insecte qu’elles cherchaient à mettre en liberté ; mais avant de le tirer de sa cellule, il fallait en agrandir l'ouverture. Pour cet effet, ses gardiennes coupèrent une bande dans le sens longitudinal de cette coque, en se servant toujours de leurs denis comme nous emploierions une paire de ciseaux.

« Une sorte de fermentation régnait dans cette partie de la fourmilière. Nombre de fourmis, occupées à dégager l'individu ailé de ses entraves, se relevaient ou se reposaient tour à tour, et revenaient avec empressement seconder leurs compagnes dans cette entreprise, de manière qu’elles furent bientôt en état de le faire sortir de sa prison : l’une relevait la bandelette coupée dans la longueur de la coque, tandis que d’autres le tiraient doucement de sa loge natale. Il en sortit enfin sous mes yeux, mais non comme un insecte prêt à jouir de toutes ses facultés et libre de prendre son essor ; la nature n’a pas voulu qu'il fut sitôt indépendant des ouvrières : il ne pouvait ni voler ni marcher, à peine se tenir sur ses pattes ; car il était encore emmaillotté dans une dernière membrane et ne savait pas la rejeter de lui-même. Les ouvrières ne l’abandonnèrent point dans ce nouvel embarras ; elles le dépouillèrent de la pellicule satinée dont toutes les parties de son corps étaient revêtues, tirèrent délicatement les antennes et les antennules de leur fourreau, délièrent ensuite les pattes et les ailes, et dégagèrent de leur enveloppe le corps, l'abdomen et son pédicule. T'insecte fut alors en état de marcher et surtout de prendre de la nourriture dont il paraissait avoir un besoin urgent ; aussi la première attention de ses gardiennes fut-elle de lui donner sa part des provisions que je mettais à leur portée.

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