CHAPITRE V
Par deux voies nous arrivons à la connaissance du verbe.
1) L’intellect et la forme intelligible constituent un seul principe, et ils constituent si bien un seul principe que l’on peut dire en toute rigueur : l’intellect en acte est l’intelligible en acte. De ce principe de connaissance sort l’opération de connaissance. Partir des conditions de la connaissance, ou de sa cause agissante, pour déterminer le fait du penser, est une méthode transcendantale, ou une méthode ontologique, que saint Thomas emploie, quand il explique en théologien la génération du Verbe de Dieu et que pour l'expliquer il utilise la connaissance humaine. Parmi les opuscules attribués au Docteur Angélique, le de differentia Verbi divini et humani emploie cette méthode, et le titre la justifie assez; le natura verbi intellectus, qui n'aurait pas les mêmes motifs de l’employer, en use aussi. On sait que ce dernier opuscule est composé à peu près uniquement de textes qui se retrouvent dans les œuvres authentiques de saint Thomas, ce qui suffit à en prouver le caractère apocryphe. L'ordre dans lequel il range les analyses et démonstrations nous importe donc peu, si sa doctrine reste pour nous un témoignage irrécusable de la pensée thomiste,
2) Le langage parlé exprime le langage intérieur. Il est plus facile d’aller du signe extérieur à l'expression de la pensée signifiée par lui : c'est plus conforme à notre nature d’esprit incarné. Sans doute, procéder ainsi est remonter le cours du fleuve du savoir, mais C’est de la sorte que notre intellect s’avance naturellement. Saint Thomas l’a remarqué maintes fois, et il estime qu’ainsi doit procéder lephilo-
sophe. Lorsqu'il se comporte en philosophe, il suit donc cette voie : dans de célèbres articles du de Veritate, dans le Commentaire sur les Sentences.