LA CONNAISSANCE RÉFLEXIVE RÉFLEXION ET VERBE MENTAL
On a dit avec justesse qu’un être est connaissant lorsqu'il règle sa conduite d’après ce que sont ou font d’autres êtres. Saint Thomas l'enseigne expressément, et sans doute, faut-il voir là, avec M. Gilson, le point de départ de la théorie thomiste de la connaissance (1). Mais saint Thomas ne réduit pas la connaissance à un comportement vu du dehors par un observateur. Les sens, en effet, par quoi les animaux entrent en rapport avec le monde extérieur, sont déjà en partie spirituels; ils ne sont pas seulement des appareils qui transmettent des impulsions aux organes locomoteurs : l'animal sent qu’il sent. Il est vrai que si le sens sent qu'il sent, il ne sait rien de ce qu’il est, tandis que l’intellect connaît sa propre nature, qui est de se conformer aux choses (2). Le retour sur soi-même, reditio, à peine ébauché par le sens, s’effectue totalement dans l'intellect. « Omnis sciens qui scit essentiam suam, dit le de causis, est rediens ad essentiam suam reditione completa ». Le commentaire de saint Thomas explique comment s'effectue ce « retour », cette « conversion ». Quand on dit qu’un être connaît son essence, ( connaître » signifie une opération intelligible. Il est donc clair qu’en cela qu’il connaît son essence, «il revient, c’est-à-dire, il se retourne » (redit, id est, convertitur) par son opération intelligible sur son essence, en la pensant. C’est bien un « retour », car lorsque l’âme connaît son essence, connaissant et
(x) Le Thomisme, p. 229.
(2) Ver., q. 1, à. 9.
connu ne font qu’un : la science par quoi elle connaît son essence, c’est-à-dire l'opération intelligible sort d’elle en tant qu’elle est connue, et ainsi il y a là une « circulation » qui est indiquée par les mots « revenir » et «se retourner » (1). Nous devons décrire ce « retour » de l’âme sur elle-même: retour de l’âme sur elle-même pour connaître ses actes, ses puissances, sa nature, ses dispositions, tout ce qu’elle est et fait, y compris sa conduite organisée.
Or la connaissance de l’âme par elle-même n’est pas le seul cas d’une connaissance indirecte, lorsqu'une réalité est atteinte par la réflexion qui va au delà des signes. Nous aurons à noter les genres les plus importants de la connaissance médiate.
Mais si connaissance réflexive et connaissance médiate ont pour point de départ une forme intelligible venant par abstraction d’un corps, elles ne sont pas réalisées par cette forme. Comment une connaissance pareille se réalise-t-elle ? et si elle se développe, comme toute connaissance, de manière immanente, parvient-elle à s’exprimer en un verbe et comment peut-elle former ce verbe ?