‹ Species. VerbumChapitre 38 sur 72 · LE NE · texte numérisé non relu

LE NE

sans dessus dessous la métaphysique : elle consiste, en effet, à croire que la forme intelligible tire sa nature spécifique de la puissance qu’elle détermine ou de l’acte qui la réalise, puisqu’elle reçoit sa nature de l’individu en qui elle est présente. Or l’objet ne reçoit pas son espèce de l’opération qui le réalise ni de la puissance en quoi il est réalisé : tout le monde sait que c’est l’inverse qui est vrai. Si nous connaissons des réalités universelles — et notre science témoigne qu'il en est bien ainsi — c’est que nous y sommes déterminés par un objet de pensée qui est un, et comme l’unité de cet objet est une unité d’être, nous n’hésiterons pas à dire que l’unité d’une essence, celle, par exemple, de la nature de tel minéral, vaut, au delà des intellects humains, pour tous les intellects quels qu’ils soient. Reste à savoir en quoi consiste cet objet de pensée. Si nous supposons que cet objet de pensée est la species elle-même, species unique existant, comme une chose en soi, dans l’intellect possible, nous acquiesçons à l’erreur de Platon : la science concernerait des êtres séparés du monde, non le monde sensible réel. La seule réponse valable est donc : l’objet pensé est la nature de la chose matérielle, connue en dehors de ses conditions individuantes, ce n’est pas la species. Par conséquent, le même intelligible est pensé par vous et par moi, mais vous le connaissez par un autre moyen que moi, et je le connais par un autre moyen que vous, c’est-à-dire par une autre species. Mon intellection n’est pas votre intellection; votre intellection n’est pas la mienne. Et c’est pourquoi, lorsque mon intellect pense sa propre pensée, il pense un acte singulier : quand au contraire il pense la pensée en tant que telle, il pense la pensée universelle (1).

(x) De unitate intellectus, pp. 486-488 (ed. de Maria).

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