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VENT

INDIVISIBILIUM INTELLIGENTIA 143

doctrine du Docteur Angélique, car il l’emploie ailleurs à son propre compte (1). Il faut partir du principe que l’objet premier de l’intellect est la nature de la chose corporelle : nous connaîtrons donc l’ordre de notre connaissance de l’indivisible selon ce qu’est le rapport de l’indivisible à la chose corporelle. Or les corps nous offrent de l’indivisibilité de trois manières : 1) 1ls présentent des longueurs continues, divisibles en points, mais indivisées en acte. L’intellect saisit d’un coup d’œil le continu en acte. S’il lui plaît, il considère la puissance de divisibilité, la rompt en parties, et alors la vue unique de tout à l’heure est brisée en plusieurs vues partielles successives. Ici la connaissance des indivisibles (points, etc.) est postérieure à celle du continu, car la connaissance confuse précède la connaissance distincte; 2) Un homme, une maison, une armée sont faits de parties qui ne sont pas toutes complètement continues, ou qui même ne le sont pas du tout. Néanmoins l’homme, la maison, même l’armée ont une nature, forment une espèce indivisible, et sont connus, par conséquent, en un temps indivisible. Mais les parties de ces réalités ne sont-elles pas connues, et comment le seraient-elles, sinon par des formes intelligibles partielles et connues successivement ? Assurément, si l’intellect regarde ces parties comme divisées. Mais s’il regarde l’homme, la maison, même l’armée en eux-mêmes, il ne connaît les parties que par accident : il ne les connaît pas en tant que constituant un continu partiel et dans une succession d’instants, il les connaît dans l’unité de la forme intelligible, car « dans les paities même divisées en acte, il y a quelque chose d’intelligible, à savoir la species elle-même que l’intellect pense indivisiblement ». L’indivisibilité de cette species n’a rien de commun avec celle des éléments en lesquels nous réduisons le continu : tandis que le continu spatial et temporel se brise en unités (points, instants) qui sont partout et toujours les mêmes, les indivisibles qui sont les species diffèrent en nature les uns des autres. 3) Le point et l'instant, obtenus par division de la ligne et du temps, sont nécessairement connus après eux. Et à parler rigoureusement, ils n’en font pas partie, car ils sont obtenus par négation du continu. 4) Le cas des contraires ne saurait être assimilé au cas précédent, malgré sa ressemblance apparente. En effet, le contraire est plus que la négation de son contraire, il présente à la connaissance des éléments positifs. Nous avons une species de la ligne, mais comment en aurions-nous une du point, qui est seulement la négation de la continuité indéfinie

(1) Sum. Th. 12, q. 85, a. 8.

de la ligne ? Il en va tout autrement pour les contraires : tantôt nous allons du blanc au noir, du bien au mal, et tantôt du noir au blanc, du mal au bien, et à chaque passage nous avons du nouveau. Nous possédons donc des species de chaque contraire, et l’on peut dire que nous connaissons l’un par l’autre, non pas que l’un soit la simple négation de l’autre, mais la négation de l’un suggère et fournit en quelque sorte un contenu positif (1).

En somme, les formes intelligibles, envisagées au point de vue de leur unité, se rangent en trois catégories : 1) formes quantitatives, possédant l’unité du continu. Le problème de l'infini se pose par rapport à elles, mais sans aucune difficulté : le pur intelligible quantitatif fournit éternellement à la division. 2) Formes qualitatives, qui ont l’unité d’une nature. 3) Formes construites : ce sont des formes positives affectées d’un signe négatif. Ces unités, nous avons d’ordinaire le pouvoir de les briser en quelque sorte : par la définition nous en détaillons le contenu, et ainsi se pose la question, à traiter plus loin, de leur structure. Cependant ces unités sont parfois si absolues que nous n’avons aucun moyen de les rompre : la définition est impossible. C’est ce qui arrive pour les genres si généraux qu’on ne les peut rapporter à aucun genre supérieur : la quantité, la qualité, par exemple. Néanmoins ces indéfinissables ne sont pas des notions vides, puisque nous savons très bien les discerner les uns des autres : la « ratio » de la qualité est ce qui est signifié par le mot « qualité » (2). Saint Thomas explique ici ce qu’il entend par « ratio » : son texte est si dur qu’il est préférable de le citer tel quel. « Nec tamen hoc nomen ratio significat ipsam conceptionem... sed significat intentionem hujus conceptionis ». Les lignes qui suivent éclairent cette phrase abrupte. La « ratio » de la quantité, de la qualité, etc., est dans la chose, non en tant qu’ « intentio », ni en tant que « conceptio cui convenit talis intentio », mais « in quantum in re extra animam est aliquid quod respondet conceptioni animae, sicut significatum signo ». Si nous comprenons bien, la « ratio » est, pour saint Thomas,

(x) Intellectus cognoscit utrumque istorum aliquo modo suo contrario, scilicet malum per bonum et nigrum per album. Oportet autem quod intellectus noster qui sic cognoscit unum contrariorum per alterum, sit in potentia cognoscens et quod in ipso sit species unius oppositi per quam aliud cognoscat, ita quod quandoque sit in ipso species albi et quandoque species nigri, ut per unum possit cognoscere alterum. Comm. III De anima, lect. II. Ce passage sur les contraires ne figure pas dans l’article de la Somme qui expose la même doctrine. (Cependant le De anima est de 1269-70 et la Prima de 1267-68). Il paraît difficile à concilier avec la théorie métaphysique du mal. Sans doute, malum signifie ici, non le mal métaphysique, c’està-dire la privation d’être, mais le péché, la douleur, et en général les maux que nous connaissons par expérience.

(DESerr dr à 8:

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ce que M. Maurice Blondel appelle la « pensée cosmique », c’est l’intelligible immanent au réel concret. Elle n’est pas notre conception, notre verbe; elle n’est pas non plus le rapport entre notre conception et la chose, puisqu’elle est le terme de ce rapport. Impossible de la caractériser plus profondément qu’en disant qu’elle est le principe qui donne sa signification réelle au signe mental (1).

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