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III. — INDÉTERMINATION ET DÉTERMINATION DE LA Species

La species est douée d’unité et même d’une certaine indissolubilité. Elle est donc, semble-t-il, déterminée par elle-même : la question de sa détermination (Bestimmung, et non Bestimmtheit) n’aurait donc pas de sens. Argument superficiel, qui a contre lui une doctrine thomiste bien connue, celle de la « contractio » des formes. La forme physique est finie par la matière : la forme, considérée en soi, est commune, elle peut être la forme d’innombrables matières; mais par cela qu’elle est reçue dans la matière, elle devient la forme déterminément de cette chose. Il ne s’agit pas là, pour la forme, d’un enrichissement : c’est l'inverse, puisque par là son extension est réduite, ejus amplitudo contrahitur, et c’est pourquoi l'infini, si par là on entend la forme non déterminée par la matière, est le Parfait (2). Mais alors, une forme dépourvue de matière, un ange, par exemple, ne pourra-t-elle être dite infinie? D’une certaine manière, si l’on veut; non, à la rigueur. Cette forme, en effet, a son être, elle ne l’est pas; son être est reçu et y est réduit à la mesure d’une nature limitée, contractum ad terminatam naturam (3). Traduisons ces considérations ontologiques en relations conceptuelles, car, pour le dire encore

(x) Ailleurs, S. Thomas distingue deux sens de « ratio » : a) id quod est in ratiocinante (actus rationis, vel potentia quae est ratio); b) ratio est nomen intentionis, sive secundum quod significat definitionem rei, prout ratio est definitio, sive prout ratio dicitur argumentatio. I Sent. d. 33, q.1,a.1, ad 3. Ces deux sens sont subjectifs, et sont totalement indépendants du sens objectif que nous venons de marquer.

(2) Infinitum dicitur aliquid ex eo quod non est finitum : finitur autem quodammodo et materia per formam, et forma per materiam.… Forma finitur per materiam, in quantum forma in se considerata communis est ad multa, sed per hoc quod recipitur in materia, fit forma determinata hujus rei... Forma autem non perficitur per materiam, sed magis per eam ejus amplitudo contrahitur; unde infinitum, secundum quod se tenet ex parte formae non determinatae per materiam, habet rationem perfecti. Illud autem quod est maxime formale omnium est ipsum esse... Sum. Lh A4, 4.7, a. I:

(3) Si sint aliquae formae creatae non receptae in materia, sed per se subsistentes… erunt quidem infinitae secundum quid, in quantum hujusmodi formae non terminantur neque contrahuntur per aliquam materiam. Sed quia forma creata sic subsistens habet esse, et non est suum esse, necesse est quod ipsum ejus esse sit receptum et contractum ad terminatam naturam. Unde non potest esse infinitum simpliciter.

Sum. Th. 12, q. 7, a. 2.

une fois, les formes physiques correspondent aux formes intelligibles, et l’on n’a pas d’autres moyens de connaître les premières que par les secondes. Nous possédons des species intelligibiles, par exemple de l’homme, du cheval... Leur unité est à la fois un principe d'irradiation et un principe de contraction. En elles-mêmes, ces formes sont richesse totale, elles sont susceptibles de susciter toujours des réalisations nouvelles; en fait, je les rapporte toujours, par l’occasion d’un phantasme, à une place étroitement limitée de l’espace et du temps, elles sont ici et non ailleurs, « rien que cela », contractées à une mesure individuelle qu’impose la matière. Par en bas donc, elles subissent une contraction. Par en haut, elles en imposent une. Car la species de l’être, en droit, serait la plénitude de l’existence, l’Absolu. Mais chaque species d’une nature est cette nature et non telle autre, elle exclut d’elle toutes les déterminations de l’être qu’elle n’est pas; et ainsi, quand je la conçois existante, je ne lui attribue l’être que selon l’étroitesse de sa nature. La théorie de l’essence et de l’existence, celle de la matière et de la forme, sont la projection métaphysique de rapports entre les specres intelligibiles. On remarquera que, sur la figure symbolique ci-jointe, il ne doit pas y avoir parité entre les

deux étages inférieurs. L’être s’irradie sur les species de natures limitées et est contracté par elles; chacune des species à son tour s’irradie sur des individus notifiés par des phantasmes. Seulement les species représentent des intelligibles connus directement par nous, tandis que les individus ne sont connus qu’indirectement. Aussi saint Thomas emploie, selon les genres de détermination, une terminologie différente. Lorsque la forme est reçue dans un principe auquel est liée une quantité matérielle, ou lorsqu'une chose possède un être reçu à la mesure d’une forme, il y a ämitation. Ce mot serait faux, si on l’appliquait à l’essence divine. Celle-ci se distingue de tout le créé précisément en cela qu’elle n’est pas reçue dans un autre principe, Pour elle, la détermination est distinction (1).

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