CHAPITRE XI Ù
On croirait que connaître un objet matériel, natura lapidis, est quelque chose de simple et d’immédiatement épuisé, comme le mot qui désigne cet objet. En réalité, rien qu’à connaître ce caillou, sans sortir de cet objet et de cette opération, je connais, outre la nature du minéral, l’être et le vrai, et l’opération de l’intellect, et l’intellect lui-même qui, dans la connaissance, s’identifie à son objet (1). Dans les deux textes auxquels nous faisons allusion, saint Thomas mentionne cinq sortes de connaissances incluses dans un même intelligible. Ailleurs, il en énumère bien d’autres. Toujours est-il qu’il existe des « éléments de la représentation », que discerne une analyse réflexive spontanée et pratiquée, bien avant les philosophes, par l’homme du commun. Essayons de classer ces éléments de la représentation.
Prenons un corps quelconque. On sait que les corps sont l’objet naturel de l’intellect, le seul qui soit connu directement. Ce corps est représenté par une species dont l'unité est l’attribut essentiel; cependant cette species présente, malgré son unité, des lignes de moindre résistance, ou mieux des fissures. « Dans les choses matérielles, il y a trois éléments à considérer, dont aucun n’est un autre, à savoir l'individu, la nature de l’espèce, et l’existence ». Car l’homme, avec
(r) Objectum intellectus est commune quoddam, scilicet ens et verum, sub quo comprehenditur etiam ipse actus intelligendi. Unde intellectus potest suum actum cognoscere, sed non primo... Sum. Th. 13, q. 87, a. 3, ad 1. Ajouter à ce texte, q. 87,a.1r.
ses principes individuants, est plus que l’humanité, et l'humanité de l’homme n’est pas l’existence de cet homme (1). Suivons ces fissures : elles conditionnent l’activité de l’esprit, elles ne la déterminent pas.