‹ Species. VerbumChapitre 5 sur 72 · III. — PRÉSENCE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

III. — PRÉSENCE SPIRITUELLE

Tout à l’heure nous nous sommes rappelé qu’aucun être n’entre à l’intérieur d’un autre pour lui être présent avec sa réalité même : Dieu seul tombe d’en haut, illabitur, dans les êtres qu'il a créés. Laissons encore une fois la métaphysique de l’iJlapsus divin et de la transcendance des créatures les unes par rapport aux autres, pour nous borner à constater. C’est un fait que rien ne pénètre, avec sa plénitude et densité propre, dans notre esprit. Ce qui est présent à notre esprit, c’est lui-même, mais de différentes façons. La tendance d’un être est en lui selon son mode et sa mesure. Il y a en nous des tendances physiques, sensibles, intelligible. Cette dernière est en nous intelligiblement, et par conséquent, elle est connue par l’intellect : nous savons que nous voulons, nous savons ce que c’est que vouloir, et nous savons même ce que c’est que la volonté (1). De la même manière les principes intellectuels de nos actions sont en nous, et saint Thomas emploie ici le mot de présence : les arts sont présents dans l’âme (2). Mais surtout mon âme est présente à elle-même. Présence diaphane, qui a besoin, pour être perçue, d’un obstacle qui arrête la lumière : notre intellect, on le sait, est primitivement le tableau qu’on a râclé et où rien n’est écrit, tabula rasa, la puissance qui doit être mise en acte par la connaissance d’un corps pour pouvoir s’apparaître à soi-même, Reste cependant que notre âme est présente à soi, et pour avoir de notre âme la première connaissance (pour savoir qu’elle existe), sa présence suffit, car cette présence est le principe de l’acte par quoi elle se connaît (3).

Ainsi, nous ne connaissons que ce qui nous est présent sensiblement

(1) Sum. Th., I, q. 87, a. 4.

(2) Ibid., ad 3.

(3) Quantum ad cognitionem habitualem, anima per essentiam suam se videt, id est ex hoc ipso quod essentia sua est sibi praesens. Ver., q. 10, art. 8.

ou intelligiblement. Mais être présent n’est pas identique à être connu : il y a une présence inconsciente qui n’est pas une absence. Ce sont là des constatations primitives, que les modernes placeraient dans la phénoménologie de la conscience : la métaphysique de la connaissance en doit tirer parti, mais après les avoir analysées autant qu’elle en est capable. ;

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