A COR EN RER
résolument rejeter pareille théorie. Si la connaissance authentique porte sur ce qui existe, il n’y a pas d’autre connaissance que le jugement : le jugement n’est pas une liaison entre des connaissances
- dont chacune se suffirait à soi-même, il est une connaissance, et la
plus vraie ou plutôt la seule vraie.
Le mot de construction, que nous avons employé au début de ce paragraphe, doit donc être rejeté, ou du moins n’être gardé qu’en l’expliquant avec beaucoup de réserves et de précisions. D'abord, « construction » n’importera pas la notion accessoire de liberté et de choix : le jugement d’existence affirme ce qu’on ne peut pas ne pas constater. Ensuite, le jugement d’existence n’est pas toujours la conclusion d’un raisonnement : il est des cas, comme pour la conscience de soi-même, où il exprime une vue. N'est-il pas aussi très probable que, lorsque j’affirme le résultat d’une constatation sensorielle, le jugement d’existence démembre une species simple? Dans la species qui n’a pas encore été pourvue de l’ «intentio universalitatis », la species venant de cet homme ou de ce bœuf, l'existence n'est-elle pas présente ? Ainsi nous maintenons notre interprétation : le jugement existentiel n’est pas, à la rigueur des termes, une construction; il va à reproduire la « fissure » d’une species, laquelle fissure correspond à la dualité de structure de l’être créé.