VIII AVANT-PROPOS
gences comme on lit les journaux et les cartes, on admirerait sur toutes choses l'amplitude et la soudaineté des transformations intellectuelles, durant ces dernières années. Mais cet ordre de recherches est délicat, sujet à controverses; et, tandis que l'évidence nous contraint à reconnaître les ruines matérielles, on convient moins aisément des ruines d'idées; on défend ces mortes longtemps après qu'elles ont cessé d'exister, on refuse d'apercevoir leurs héritières. Il faut attendre quelque temps encore avant d'esquisser dans un livre la physionomie de la pensée contemporaine; il faut se borner aujourd'hui à regarder les spectacles qui la préparent.
C'est ce que j'ai voulu faire dans ce volume, pour quelques-uns des événements les plus significatifs du temps présent. Le dessein apparaîtrait mieux si ces morceaux détachés formaient des chapitres liés entre eux; ils diffèrent de forme et d'accent; les uns traduisent l'impression directe d'un fait; les autres résument l'étude d'une situation . Malgré ces différences extérieures , le lecteur y reconnaîtra peut-être la suite d'une même investigation; il retrouvera une curiosité de même
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iiatuio ù Rome, à Berlin, h Pélcrsbourg, en Asie, on Afrique. La curiosilé toute seule serait une pauvre disposition d'esprit pour observer l'iiisloire; je no me suis pus interdit d'apprécier les faits, de rechercher leurs conséquences possibles. Personne ne s'étonnera si ces conséquences sont presque toujours envisagées du point de vue des iiUérôts français.
Je ne me dissimule pas que cet exclusivisme national est une cause de trouble pour le jugement. Nous touchons ici à l'une des angoisses les plus vives de la conscience contemporaine, à un écuoil infranchissable pour la pensée la plus libre. La philosophie de l'histoire, comme celle de la nature, relève chaque jour davantage son point d'observation et l'abstrait de plus en plus de toute attache de sentiment; elle habitue nos esprits ii considérer les phénomènes d'un lieu supérieur à tous les intérêts particuliers, de Sirius, comme l'on dit. Cependant un instinct invincible, créé par une longue tradition, nous commande de rapporter toutes nos conclusions aux intérêts de la Patrie. Pour qui s'examine sincèrement, il y a parfois bien de la difficulté à