LA MOUT DE GUILLAUME 1" D'ALLEMAGNE
caprico do la Mort. .Ius(jirfi la doriiièro rninulo, l'Ih' nous a (UtoIk! son véritable (lessciii. On l'avait reconnue en Italie, cachée sur une de ces plages clémonles où vioniiciil so réfugier ('«'uxqui lui demandent grâce. Elle y torturait l'iiéritier des couronnes d'Allemagne, sans dire le secret du mal qu'elle avait choisi. Au chevet du malade, des médecins disputaient sur leur art, et leurs querelles mêlaient à ce drame ce qu'il y a de plus amer dans le comique de Molière. Aux portes de la maison, des nuées d'informateurs épiaient l'agonie; étant un des maîtres du monde, ce malheureux appartenait à la curiosité des foules, plus tyrannique, plus cruelle, plus blasée que ne fut jamais celle d'un Caligula ou d'un Néron. Elle ne souffre pas qu'on lui fasse tort d'un râle, d'un mot murmuré, d'une pudeur intime; pour la servir, une machine de précision fonctionne jour et nuit, recueille les moindres bruits et les répercute instantanément dans le dernier village. Ses émissaires font chaque matin la voirie du globe, triant dans les scandales de la veille ce qui peut alimenter le monstre affamé; comme une bande de corbeaux, ils s'attachent de préférence aux pas de la Mort. Celte fois, elle a trompé leur flair, pris son vol, franchi l'Europe : elle s'est abattue dans le palais impérial, à Berlin.
Là, on l'attendait depuis si longtemps qu'on ne
croyait plus à sa venue. Seul, l'Empereur nonagénaire Ta aussitôt entendue; il a compris que Dieu l'appelait au rapport; il a demandé une nuit encore pour s'occuper de ses troupes et leur donner le mot du lendemain. L'histoire retiendra les souvenirs de cette nuit, tels que les témoins les ont consignés dans les feuilles étrangères; on ne les a pas rapportés chez nous avec les détails qu'ils méritent, avec leur grandeur simple, leur sévérité puritaine et militaire; mieux que tous les commentaires biographiques, ils peignent cet homme, sa vie, son règne.
Dans la journée du 8 mars, il devint évident que le vieillard faiblissait et que son heure était prochaine. Ses deux familles — celle du sang, celle des armes, ses enfants et son état-major — se réunirent autour du petit lit de fer, dans une chambre d'officier pauvre; elle a pour tout ornement des gravures d'uniformes, un Christ en croix, un bouquet de bleuets, un trophée de sabres; pour horizon, par delà le maigre profil de Frédéric II, un corps de garde, avec des râteliers de fusils et des canons sous les colonnes doriques. Le feldmaréchal et le chancelier arrivèrent des premiers, pour assister leur maître dans cette dernière bataille. Le pasteur ouvrit la Bible au livre d'Isaïc et récita quelques versets. Au dehors, la population s'amassait autour du monument de Frédéric.