‹ Spectacles contemporainsChapitre 9 sur 21 · I.A MOUT I)K GUILLAUMK I*"" D'ALLEMAONK · texte numérisé non relu

I.A MOUT I)K GUILLAUMK I*"" D'ALLEMAONK

A rin(| li(»ures, la cloche de la culhédrule tinta. Kllc (Icinand.iil des pri«'ivs j)Our le inouniiil. Le pcuijle crul qu'elle sonnait le glas; cette foule fonsternée se rua sur les derrières du palais, pônélra de vive force dans la cour intérieure et vint battre la porte en criant : « L'Empereur est mort! — '■ L'Empereur est vivant », répondit un aide de camp qui sortit pour calmer la panique. Uassuré par ces affirmations, le peuple se dispersa. En effet, le souverain était revenu à lui, au moment où le télégraphe transmettait au monde ciitior l'annonce de sa fin. Il prit quelque nourriture, se leva sans aide, une dernière flamme de vie remonta dans ses prunelles. M. de Bismarck cl M. de Mollke dirent avec confiance aux généraux qui les interrogeaient, comme ils quittaient la chambre : « Un homme qui a un pareil regard ne peut pas mourir. »

L'Empereur ne se trompait pas à ce répit. Sa fille l'ayant prié de ménager ses forces, il l'interrompit : « Je n'ai plus le temps d'être fatigué; j'ai encore beaucoup de choses à dire. » Et il rappela le feld-maréchal, pour s'entretenir encore de l'armée. Puis ce fut le tour de son petit-fîls, qui reçut les instructions politiques. Il parla de la Russie, il parla de la France. Les spectres commençaient à passer devant les yeux de l'agonisant. Ayant fini avec les soins du présent, sa

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pensée rétrograda vers les jours anciens, si anciens qu'en les remémorant il ne pouvait plus avoir de communicalion avec les vivants. Il demanda qu'on mît sur son cœur, quand il aurait cessé de battre, la Croix de Fer et le Saint- George, les premières étoiles gagnées dans la campagne de France; l'autre, celle des temps déjà légendaires. Enfin l'idée fixe du soldat s'effaça, avec les soucis de la terre, pour laisser prier le chrétien. Il murmura quelques répons des cantiques psalmodiés parle pasteur; on surprit encore sur ses lèvres des lambeaux de phrases, vagues et douces, qui témoignaient de l'entrée dans le mystère : « Il m'a aidé de son nom.... Nous établirons

des heures de recueillement J'ai eu un rêve,

la dernière fôte à la cathédrale;... c'était beau.... »

Il s'assoupit. Le seul bruit qu'il pût percevoir, dans le silence de la nuit, le dernier qui berga son sommeil, ce fut le pas lent sur le trottoir de la sentinelle, effleurant les fenêtres de la pointe de son casque. Aux approches de l'aube, le pouls tomba; l'impératrice, assise au pied du lit, tenait la main qui avait pris la sienne, soixante ans auparavant. Le jour vint : à l'heure de la garde montante, doucement, sans secousse, Guillaume cessa de respirer.

Il avait, à deux semaines près, quatre-vingtonze ans d'âge, quatre-vingt-deux ans de service

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