‹ Spectacles et comédiens: à ValenciaChapitre 33 sur 88 · MUR · texte numérisé non relu

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registres de l'Hôpital portent, à plusieurs reprises, l’indication de spectacles de ce genre; parfois même, notamment en février 1623, on combinait dans une même séance marionnettes et prestidigitation. Les impresarut s’installaient à l’occasion avec leurs pensionnaires, dans des maisons particulières, soit que celles-ci s’ouvrissent au grand public, soit que des gens aisés voulussent assister à domicile, avec leurs invités, à ces jeux de poupées. Qui le croirait ? Un jour advint où les marionnettes dépouillèrent la réserve qu’on était en droit d'attendre d'elles. Elles se livrèrent, au passage d’une procession de l’ordre de Saint-Dominique, à une manifestation anticléricale. Deux marionnettes parurent à une fenêtre, l'une habillée en moine de Saint-Dominique, l’autre en prêtre séculier. Le dominicain avait sa soutane troussée sur les derrières, et le curé en profitait pour le fesser d'importance. Non loin de là une troisième marionnette figurait une gente bachelette, et le moine, dûment fouetté, allait lui conter fleurette sur le mode le plus tendre. Quand le diable trouble une fois de petites cervelles de carton... L’Inquisition s'émut; elle en référa, par lettre du 27 août 1619, au grand Inquisiteur'. La

1. À. H. N. /nquisicion de Valencia, Registro de cartas del año 1018 al año 1628, lettre du 27 août 1619 : « Y assi mismo hemos sido informados que passando cierta procession de la orden de Sto Domingo por vna calle que esta cerca de su conuento en vna casa particular donde por modo de fiesta tenian vn juego de titeres al tiempo que assi passauan por alli se aparescieron juntas dos figuras, la vna con habitos de Sto Domingo y la otra con habito clerical de manteo y bonete, y que a la del dicho frayle que lleuaua alçadas las faldas por detras le yua açotando el clerigo y aun tambien han querido añadir que interuenia vna figura de muger a quien retoçaua el frayle, de que han resultado varias interpretaciones malsonantes y perjudiciales en special contra la dicha orden de Sto Domingo, de lo

Royale Audience commença une enquête, elle emprisonna trois où quatre personnes et peut-être quelques marionnettes.

Les acrobates possédaient les {talents les plus variés. Les uns, qui étaient proprement les voltigeurs (voltejadors), avaient pour spécialité de « voltiger et exécuter des exercices analogues sur un cheval'; » beaucoup d’entre eux ont reçu asile dans le théâtre de Valencia?,, et ils s’y sont quelquefois trouvés en même temps qu’une troupe comique, d’où il ressort que leur spectacle, du moins dans ces cas-là, se donnait à une autre heure que la comédie. Les autres, auxquels on réservait de préférence le titre de bolantins ou buratins, paraissent avoir été des gymnastes plutôt que des écuyers; le public appréciait hautement leurs tours de force, et entre toutes une troupe, qui occupa la Olivera du 25 août au 28 septembre 1597, remporta, à en juger par les recettes de l'Hôpital, un succès extraordinaire; ce qui ne l’empêchait pas d’aller quelquefois au-devant du public au lieu de l’attendre à domicile. Ainsi fit-elle le 20 septembre, où elle se montra sur l’esplanade du Palais-Royal, escortée pour le mauvais motif par l’insatiable caissier de l'Hôpital. Il y avait, enfin, à côté de ces virtuoses de l'équitation ou du trapèze, des animaux savants capables d’en remontrer aux hommes. Le 12 janvier 1614, un chien exécute, dans la cour de l'Hôpital, les entrechats

qual paresce que la audia real ha començado a proceder y hecho algunas prisiones de tres o quatro personas. »

1. & Voltejar y fer lo demes sobre vn cauall. » Parn. Franco Geronimo Victor, 26 sept. 1581.

2. Par exemple, du 7 au 13 avril 1586, le 10 janvier 1587, du 26 au 29 juin 1588, etc.; du 7 au 10 juillet 15g1 le spectacle est donné en lo pati de dit hospital aon boltecha lo sort, ete., ete,

les mieux cadencés. En janvier 1621, un chien phénomène, que l’on exhibe sur la place du Marché, produit à l'Hôpital 2 livres de recette. Ils étaient tous deux de minces personnages auprès de ce Grego et de son chien, qui, l’un portant l’autre, avaient attiré à la Olivera, le 3 août 1602, le public des grands jours’. Rudes épreuves pour de pauvres caniches ! et quels regrets que Cipion n’ait point versé ses confidences à ce propos dans l’oreille complaisante de Berganza! il eût ajouté un chapitre au savoureux dialogue de Cervantes, celui du chien bateleur.

L'instinct d'imitation explique, sinon l’origine, du moins la fréquence des mascarades à Valencia. Dans la première moitié du seizième siècle, l'aristocratie valencienne s'était complue à des jeux, qui étaient surtout prétexte à des déguisements variés. L'influence italienne avait implanté sur les rives du Turia le goût des parades luxueuses, dont le principal intérêt était de montrer le genre humain sous des parures et dans des attitudes à la fois imprévues et harmonieuses. De la belle société, cet usage se répandit dans lé peuple, ou plutôt il donna un regain de vitalité à la pratique populaire des nomos. Ce serait une erreur de croire que ces momos, fréquents en Castille dans la deuxième moitié du quinzième siècle?, cédèrent la place, au seizième siècle, à des divertissements plus relevés. À Valencia, ils persistèrent sans rien perdre de leur caractère rustique. Un observateur, chez

1. « Îttem en tres de agost rebi tres Iliures y sis sous de la caritat feta en la casa de la comedia eo de la Olivera en lo ministeri fet per Grego que portaua vn gos. »

2. Of. Crônica del Condestable Miquel Lucas de Jranzo, Madrid, 1855, pp. 41-42, 56-57, 62, 77, 106, 116, 117, etc. (Memorial histérico español, t, VII.)

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lequel l’érudition n’avait pas tué la perspicacité, Lorenzo Palmireno, a mis à la scène, dans sa Comædia Octavia, une de ces mascarades dansantes : à la faveur de la confusion qu’elle produit, un bel amoureux, dissimulé parmi les danseurs, enlève l’héroïne de la pièce, Octavia. C'est en Phonneur de cette dernière que la mascarade a été organisée par les fermiers et métayers de son père. Ils arrivent, au Nouvel An, à la maison de leur maître, chargés de présents agrestes et déguisés sous un vêtement de feuillages, à la manière des faunes. Réunis dans le vestibule, ils offrent leurs dons, puis divertissent la Jeune fille « par une pantomime dansée ou, si l’on préfère, par un baile de momos' ». Sous la forme où Palmireno le décrit, le baile de momos est un hommage rendu par les paysans à l’occasion des étrennes au propriétaire de leurs terres; il est probable que l'usage attesté pour ce cas particulier trouvait son emploi dans d’autres circonstances, telles que mariages câämpagnards ou baptêmes, anniversaires et fêtes votives’. Il satisfaisait pleinement en tant que ballet les aptitudes chorégraphiques des paysans de la huerta, dont lPagilité et la

1. Palmireno, T'ertia pars Rhetoricae, Valencia, 1573, p. 131. Un paysan au service du père d’Octavia raconte : « Veteri moré receptum est inter agricolas qui uineas et oliueta patris Octauiae colimus quotannis Calendis lanuari] herum nostrum salutare et munera illi prœbere ominis boni gratia. Ile stans in uestibulo aedium, munera nostra seu strenas eodem modo excipit, quo Romanus Imperator Caligula solebat excipere. Deinde nos uiridi amictu personati agrestes Faunos imitamur, et saltatione mimica aut, si mauis, bayle de momos, O tauiam exhilaramus, ut possumus. »

2. Dans la comedia de Tärrega, El ÆEsposo fingido, au début du troisième acte, on voit défiler un cortège de baptême qui se compose du parrain, de la marraine, de un tamborinero y cualro villanos baylando. Ce baile de villanos, c’était un barle de momos.

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fantaisie devaient créer au son de la donsaina et du tabalet des danses fameuses, graves comme celle de la Xäquera vella, burlesques comme le ball de Torrent qui, par sa conclusion souvent violente, a donné naissance à l’expression acabar com el ball de Torrent, applicable aux pires catastrophes.

Ces mascarades rustiques étaient préparées par linitiative privée des domestiques et de leur maître. D'autres mascarades, urbaines et plus ambitieuses, étaient devenues à Valencia des institutions régulières et annuelles, telle la mascarade du chevalier Carnaval, que l’on organisait pour clore les réjouissances des jours gras et marquer le commencement du Carême. Le Carnaval était, pour les Valenciens, un temps béni; leur exubérance naturelle s’y donnait libre cours. Les dames dissimulaient leurs traits sous une couche abondante de poudre, puis, sous ce masque, elles se livraient, sans scrupule, au jeu des oranges, sorte de: bataille où les projectiles étaient des oranges vidées de leur pulpe, puis bourrées de moût et de graisse". Parmi ce tumulte, on

1. B. N. M., Cancionero de los Nocturnos, ms., t. I, fol. 146 vo : Romance a los que liran naranjas y saluado, par Cautela (Pedro- Vicente Giner). À l’époque du Carnaval, dit-il,

« .… las fregonas mojan primero las caras y despues les hechan poluos como a villetes escritos para el dios de los modorros.

Algunas tiran naranjas Ilenas de enxundria y de mosto que de sus pringadas manos salen derramando chochos, tratando como calderos las caras de los madroños que las miran suspirando, »

célébrait, selon un ancien rite dont l’archiprête de Hita lui-même n’était point l'inventeur, le mariage du chevalier Carnaval avec dame Carême. Les ordonnateurs de la pompe nuptiale étaient, aux environs de 1592, le grand Clauquell et le grand Jordiet, deux Valenciens dont la popularité a été aussi éphémère qu’elle paraît avoir été grande en leur temps". Carnaval, ambitieux et vantard, veut éblouir le monde de sa magnificence; il s’habille « non de perles ni de pierres d'Orient, mais de choses qui, au temps de Carême, ont plus de valeur et d’esüme », à savoir : d'aliments appropriés tant mal que bien au rôle de vêtements. Le cortège de Carnaval se déroule : devant lui, ses séides; par derrière, ses domestiques. Un des cavaliers qui ouvraient la marche s’appelait le purrale, tre équivalent à celui de comte ou de marquis; couvert de soie et de brocart, il était accompagné de nombreux carrosses avec les dames et gentilshommes de la rue San Vicente, où lui-même habitait. Après lui venait le purrate de San Antôn, personnage considérable de la rue de Serranos, puis le purrate de San Sebastiän, celui de San Vicente, celui de San Valero et de San Blas. A leur suite, un bizarre écuyer ; « tout son corps, des pieds à la tête, était enveloppé de feuilleté; dans sa main droite, il tenait un jambon où 1l se regardait comme dans un miroir; du côté gauche, qui est celui du cœur, il avait une bouteille pleine de

1. Jordiet avait une fille, Beatriz, d’une popularité presque égale à la sienne. Cf. Cancionero de los Noct., WE, f. 116 r. de Recelo un Soneto de vn galan que estando enamorado de vna dama muy hermosa se enamord de Beatriz, hija de Jordiet. De ce Jordiet il est question dans £7 prado de Potence du chanoine Tärrega (B. A. E. p. 392, où il faut lire Jordiet au lieu de Jordiel. — Édit, de édEs folio portant la signature B, verso).

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