MUSCLES LISSES
Cependant, Gœbel (*) a trouvé, dans les muscles lisses de l’intestin de l’homme, un pigment qui se montre surtout depuis 1 âge de dix-huit ans et augmente suivant la progression de l’àge, et qui n'a manqué que quatre fois dans cent cas examinés. Ce pigment serait apporté à l'état soluble aux libres musculaires lisses qui le transformeraient en dépôts granuleux ou corpuscules. 11 est d ailleurs démontré que l’activité respiratoire est développée dans les muscles lisses qui contiennent une petite quantité de fer. De plus, les fibres musculaires lisses, d’après Lubarsch et llinlz, peuvent transformer l’hémoglobine des exsudats en pigment ne renfermant pas de fer ou hémofuscine.
Lorsqu’on examine sur les animaux récemment tués, ou sur les cadavres, un organe riche en fibres musculaires lisses, l’estomac, la vessie, on trouve la réaction de l’hémoglobine réduite. Sur les mêmes muscles misa nu pendant la vie, c’est le spectre de l’oxy hémoglobine qu’on observe, sans obscurité dans le spectre, ni présence de bandes que produirait une pigmentation spéciale analogue à la myohématine. J’ai recherché
(!) Gcebel. — Dépôt de pigment dans la musculature intestinale. Archiv. f. Pathol. Ana. CXXV1. 3/|.
SPECTROSCOPIK UES VIANDES
OO
sur des vessies de cobayes ou d’autres mammifères l’ existence de ce pigment, mais jusqu’à présent je ne l’ai point constatée.
Examen des muscles après la mort. Specti'oscopie des viandes. — • Lorsqu’on examine les muscles d’un animal égorgé, ou assommé, comme on le fait dans l’abatage des boucheries, l’on constate, quelques minutes après la mort, dans les muscles mis à nu, les caractères de l’hémoglobine réduite. II est facile de contrôler le fait chez les mammifères et les oiseaux, morts de traumatisme, et aussi chez les poissons et les reptiles ; mais, pour les animaux dont la viande est comestible, il est fort intéressant d’étudier plus complètement ces réactions spectroscopiques des muscles. J’ai fait, dans cette voie, un assez grand nombre d’analyses, dont les résultats prouvent i’utililé de ces recherches.
La bonne viande de boucherie montre à la surface une belle coloration rouge, rappelant celle du sang artériel et, en elîel, l’on y constate les deux bandes de l'oxyhémoglobine réduite, mais, si nous pratiquons une coupe dans le filet ou la côtelette que l’on vient de débiter la coloration est moins vive, un peu violacée, et le spectroscope montre la bande unique do l'hémoglo-
SPECTROSCOHE DES VIANDES
bine réduite. Or, celte surface, exposée a 1 air, devient plus rouge, et montre au spectroscope un mélange d’hémoglobine réduite et d’hémoglobine oxygénée, et enfin, dans un temps variable, de cinq et dix minutes pour les viandes fraîches, vingt minutes, à vingt-quatre heures après la mort, l’on constatera qu’à sa surface aérée le muscle n'ofTre plus que les caractères de l’oxyhémoglobine.
Telle est la première période; elle présente d’ailleurs cette particularité que l’oxygénation de l’hémoglobine est d’autant moins rapide que la viande est plus éloignée du moment de la mort, et lorsqu’il s’agit de viandes de gibier, de viandes d’animaux surmenés, plus ou moins triturés, les phénomènes sont plus complexes; dans ces cas, on voit généralement, trente six heures à quarante-huit heures après la mort, le spectre de la méthémoglobine à la surface des muscles, et sur les coupes qu’on y pratique, mais vingt heures plus lard, on ne retrouve plus que le spectre de l’hémoglobine réduite. C’est alors que les phénomènes de putréfaction viennent compliquer l’examen.
Dans les muscles soumis à la cuisson,- on retrouve l’hémoglobine, dans les viandes rôties surtout, telles que les côtelettes de mouton, la
MYOSPECTROSCOPE
viande cle bœuf, elc., et enfin, dans les muscles conservés par salaison, les viandes fumées, c’est encore le spectre de l’hémoglobine réduite que l'on constatera ; cependant souvent par i’exposilion des jambons à l’air, on perçoit un spectre mixte composé de deux bandes d’oxyhémoglobine avec mélange d’hémoglobine réduite.
Pour examiner ces phénomènes, il suffit d'étudier à la lumière diffuse et directe les surfaces de ces viandes, ou d'en faire des coupes, épaisses seulement de quelques millimètres et en forme de coins. On a ainsi des épaisseurs progressives que l’on rend transparentes par la macération dans la glycérine.
Myospectroscope. — II faut rapprocher de la spectroscopie des muscles une application très ingénieuse, faite par Ranvier, de l’action de la fibre musculaire sur la lumière.
La disposition des disques de la fibre musculaire constitue une série de stries très rapprochées, qui forment une sorte d’appareil optique analogue aux « réseaux » et produisent des spectres de diffraction. Pour les mettre en évidence, il suffit de faire une préparation de fibres musculaires striées bien parallèles, que l’on dispose devant le diaphragme d’une chambre
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noire, de façon que l’axe longitudinal des fibres soit perpendiculaire à la fente du diaphragme. On voit alors des spectres symétriques produits par les stries transversales musculaires. Ranvier a construit un petit appareil, 1 emyospeclroscope, basé sur ce phénomène, et qui permet de reconnaître les bandes de l’oxyhémoglobine comme avec les prismes ou les réseaux.
Le viyospectroscope se compose essentiellement d’un tube cylindrique de 4 centimètres de diamètre et de 12 de longueur et muni, à l’une de ses extrémités, d’un diaphragme percé d’une fente linéaire et verticale. A son autre extrémité, le cylindre creux présente une ouverture ronde pratiquée concentriquement à son axe de figure. Au devant de cette ouverture est disposée une sorte de platine analogue à celle des microscopes, sur laquelle la préparation du muscle qui doit jouer le rôle de prisme, ou mieux de réseau, peut être orientée convenablement et fixée dans sa position à l'aide de volets (’). Celle partie de l'appareil représente le tube et le diaphragme d’un speclroscope, mais la partie optique propreté Ranvikk. — I.cçons d'anatomie générale sur le système musculaire; recueillies par M. J. Renaut. Delahaye, Paris 1880. p. l 'p à i/,', (Description et figure du myospectroscope).
MYOSPKCTBOSCOPfi
ment dite, c’est-à-dire le prisme, est ici remplacée par du tissu musculaire qui est disposé sur la platine.
Ranvier emploie, à cet effet, le muscle couturier d’une grenouille, qui, détaché de ses deux insertions, est fixé en état de moyenne tension à l’aide de petites épingles sur une plaque de liège. Il est séché à l’étuve à une température ne dépassant pas 4o°. Le muscle, dont les surfaces ont été aplanies avec le scalpel, est rendu transparent par la térébenthine ou l'essence du girofle, et monté dans le baume de canada, de façon que son grand axe soit parallèle aux bords de la lame de verre sur lequel il est fixé. En plaçant l’un des bords de cette lame perpendiculairement a la fente du diaphragme, on aura disposé convenablement les stries du réseau formé par la striation transversale des muscles (Ranvier, l. c., 10e leçon, ]). i43). En d’autres termes, l’axe de figure du muscle étant placé perpendiculairement a la fente du diaphragme éclairée par la lumière solaire, ou par une lumière artificielle convenable, on peut voir, en regardant à travers le trou de la platine, une série de spectres des deux côtés de la fente, et dont les plus brillants sont au centre de celle-ci.
Si l’on place, devant la fente, un tube conte-