‹ Spet années en Chine; nouvelles observations sur cet empire, l'archipel Indo-Chinois, les Philippines et les Iles SandwichChapitre 17 sur 36 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

On tente de m'arrèter. — Le fiamkoy, chef de la police. — Épisode. — Hostilités entre les Anglais et les Chinois. — Départ de Taniiral. — Pirates. — Escadre noire. — Lit femme corsaire. — Voleurs de nuit. — Punition de l'un d'eux.

Durant le temps que le Phaëton demeura à Wampoa, je lui portai bien souvent moi-même le riz qui lui était nécessaire. J'avais une légère embarcation, monléede neuf rameurs qui me servaient pour ces sortes de courses. Mes armes consistaient en deux grands pistolets.

Une fois, m'étant embarqué de la sorte, je me dirigeais vers la frégate, lorsqu'un grand bateau de mandarin , plein de gens armés, se mit à me donner la chasse. Je savais que , s'ils l'avaient voulu, rien ne leur était plus aisé que de s'emparer de moi ; mais connaissant par expérience leur peu de courage, j'ordonnai à un de mes gens de charger mes pistolets, tandis que je ne cessai de tirer sur les attaquants, qui n'o-

sèrent jamais approcher de trop près , mais continuèrent néanmoins à me poursuivre jusqu'au moment où je me trouvai en sûreté sous le feu de la frégate.

Une autre aventure m'arriva vers le même temps. L'amiral m'ayant chargé un jour d'aller chercher à Canton des objets d^approvisionnement qui avaient été achetés avant la rupture des négociations, je partis de Wampoa avec deux chaloupes armées, deux officiers et un jeune garde-marine. A peine fus-je arrivé qu'un interprète se présenta de la par t du namkoy , chef de lapoUce^pour me déclarer que, si nousdemeu^ rions pinède vingt-quatre heures à Canton, je se* rais arrêté par ordredu vice-roi, et qued'aîlleurs il était défendu de rien porter à l'escadre anglaise. Je répondis alors que ce que je voulais emporter n'étaient que des objets à mon usage , que j^avais l'intention de repartir le lendemain matin à onze heures , et que d'ailleui*s mes soldats ne permettraient pas aux douaniers de tou-* cher à mes malles. L'interprète s'en retourna avec cette réponse, et pendant ce temps on investissait notre factorerie en plaçant à l'entour une garde de deux cents hommes ^ commandés par deux officiers (**).

J'eus occasion alors de forcer des militaires chinois à faire amende honorable; Toîci comment cela se passa. Le jeune garde-marine, dont î'ai foit mention, était devant la porte de la factore^ rie pendant que la garde chinoise prenait ses postes, lorsque l'un de ces militaires, profitant d'un moment favorable, enleva le sabre du jeune homme. Sur I9 plainte qui m'en fut faite, j'en parlai à l'interprète, qui revenait de la part du chef de la police pour m' engager à partir au plus tôt en me permettant à cette condition d'en* Xe^ev mes matles. J'exigeai que l'on restituât l'arme du jeune homme et qu'on lui fît des excu* ses publiques. Cette dernière condition retarda le dénouement de cette ajQTaire jusqu'au lende** main matin; alors, dans le désir sans doute de nous voir nous éloigner, on consentit à tout, et les excuses furent solennellement faites comme je l'avais exigé. Mous partîmes, mais sans les objets d'approvisionnement qu'il m'avait éêé impossible d'enlever, et k peine nous étions-nous éloignés que le séquestre fut mis sur la factorerie et tous les objets qu'elle contenait

En arrivant je trouvai l'amiral dans les dispositioifô les plus hostiles et je vis qu'il s'était résolu à frapper im grand coup^ m'ayant

inlerrogé ensuite sur ce que je pensais des voies de rigueur qu'il voulait employer, je lui répondis franchement qu'elles n'amèneraient aucun résultat favorable, et d'autant plus que les Chinois savaient, par les intelligences qu'ils avaient avec les capitaines de la Compagnie, que son gouvernement ne l'avait pas autorisé à agir hostilement. Mais cette réponse ne le satisfit pas; il persista dans ses intentions et m'engagea même à me rendre le lendemain chez lui de bonne heure pour l'accompagner dans son expédition. Le lendemain je le trouvai en effet distribuant des ordres à ses officiers, tandis que sa frégate était entourée de plus de quarante chaloupes portant chacune une pièce de douze et de nombreux équipages armés de sabres, de pistolets et de grenades. La chaloupe amirale avait une pièce de dix-huit et trente soldats de marine. Les ordres distribués, l'amiral monta dans sa chaloupe avec deux capitaines, un interprète portugais et moi. Je n'étais armé que d'une légère épée, mais il voulut absolument que je prisse un jsabre d'abordage en m' assurant que je serais bientôt à même d'en faire usage; ce fut alors seulement que je me convainquis qu'il était résolu à en venir à des voies de fait. Nous

partîmes et déjà nous approchions du premier fort lorsqu'un câble tendu en travers de la rivière, et auquel était attachée la chaloupe d*on mandarin, nous barra le passage. L'interprète

qui s'y trouvait s'approcha alors pour nous signifier de ne pas aller plus loin si nous ne voulions pas nous exposer au feu des forts et des bâ* timents en rade. Nous prétextâmes alors lé désir déparier au commandant de ces bâtiments, quipouyaient être au nombre de vingt, tous rabgés en travers de la rivière et leurs pièces braquées sur nous. L'interprète s'offrit à se charger des communications , mais la résolution de l'amiral était inébranlable; aussi donna-t-il l'ordre de se diriger vers les vaisseaux, tandis que sa flottille attendrait en cet endroit. Nous avançâmes ainsi, et lorsque la distance qui nous séparait des Chinois fut assez courte pour pouvoir s'entendre, l'interprète se leva et leur adressa la parole; au même instant toute leur artillerie se mit à tirer sur nous à mitraille, mais les coups étaient si mal ajustés que nous n'eûmes qu'un seul homme de blessé. L'amiral restait impassible, tandis que ne pouvant contenir mon indignation je me levai avec le capitaine Pellew en exprimant franchement le désir de voir notre

flottille bous rejdibdre pôut*veb^è<* Thoûneût^de nos arme^. Pour toute réponse raiiiiï*al ntiuÈ jeita an coap d'œil sévère en Hotts engà^eabt à nous rasseoir ; puis il donba Tordi^e de diriger sur les bateaux chinois, ce qui obligea l'at^tilIeHe à tirer par^dessiis nos têtes de craibte d^àt^ téihdre te% bateaux ; de cette mahière nous i^ë^^ joignîmes nos chaloupes. De nouveaux poUrpàt"* lets s'établirent alors; maiâ comme ils n'aboutissaient ëvidemuient à rien, l'amiral se vit foi^é àrenoncerà ses projets et à l*étoui^er à Wampôa^ Le mouvement dé vivacité que j'avais 6u m'attira Tanimad version dé Tainiral, qui bôU^ seulement ne m'adressa plus la parole dej^Ui^ lors ^ mata refuiâa même dé recevoir léS noUibreui approvisionnements que J'avais déjà achetés ^ cé qui m'occasionna Une perte dé 4;,000 livres sterling. Peu dé jours après cette échaufltourée, l'amiral Drury retourna à Macào, y rembarqua ses troupe^ et partit. Si dans ces circonstances il dépassa ses instrUCtioUs , je dois avouer pourtant qu'en refusant de faire feu sur les Chinois il a fait preuve d'une grande ssgesse; car une conduite opposée eât ruiné eoUiplétemeut le commerce atiglàis qui est si avantageux à la Compagnie dés Indes.

* Quaat à aïoî cependant j€^ n'en fus pa$ quiltè poilr âveur encouru là déaapprobatiob de Tamirali )eat à peine ftil^il parti que Je reçus Toi-d^b de quictel* Canton; vail^ement M. Robèr ts parlakA ëtt taia faveur, allégilant que je n'avais pu me «Kspenser d'agir comnie je l'avais fait à bauie de ma qualité d'Anglais ; je dus vendre ma maiften^ et me retirai môtnentanéitoient à Maeao pou<^ y attendre l'époque Où de nouveaux maddal^ins së-^ raîeAt envoyés de Pékin pour remplacer ceuil ëont lés Ibuctions éllaient eiprrer. ^

Je vais rapporter une aventure (|ni ta'arrivà eti route lorsque je toie rendais à Macaô: Mon désir était de faire ce trajet par le détroit intérieur, eë qui ahrége la rbute^ et cohnaissant ititè personne qui se disposait à partir jiour Maeao avec soiiheveu, nous convînmes delonër une èortëi dé bar<|ue éliinoise fort commode: Cœ embarcalions ont une galerie couverte et élevée qui règne le long dés bords oâ Ton peut s'bsseoir et se promener lorsiclué la fraîcheur du soir vient tempérer l'extrême chaleur du jour. En nous embarquant j'eus soin de me munir de treize fusils et d'autk*eà armeè que j'avais^ ce qui excita Thilarité de mon compagnon de voyage qui trouvait ces précautions super^

tfues. Le motif qui me les faisait prendre était pourtant réel , car j'avais failli devenir victime d'une attaque des pirates qui dans un précédent voyage m'enlevèrent un bateau chargé d'argenterie, pendant que privé de moyens de défense j'étais obligé de me sauver dans une barque de pécheur.

L'en^barcation entièrement disposée, nous partîmes de Canton par un excellent vent qui nous At avancer rapidement, et lorsque nous fûmes près du dernier village du détroit intérieur, je donnai l'ordre aux rameurs de s'arrêter et de tout disposer pour passer la nuit en cet endroit; mais mon compagnon de voyage, qui désirait être rendu à Macao le plus tôt possible, me témoigna l'envie de continuer le voyage sans s'arrêter. Je me rendis à son désir et nous avançâmes jusqu'à l'embouchure du détroit, où un vent de mer s'éleva qui nous obligea à nous arrêter. Durant le trajet je m'étais occupé à préparer mes fusils, ce qui avait beaucoup diverti mon compagnon de voyage ; néanmoins je n'en continuai pas moins mes dispositions et me préparai à tout événement.

La nuit vint sur ces entrefaites , mais le temps était si beau que nous continuâmes à noi^s pro-

mener en plein air. Enfi» je me préparais h me retirer lorsque j'aperçus trois bateaux qui, profitant de la clarté de la lune^ se dirigeaient sur nous ; c'étaient des pirates ! J'ordonnai aussitôt d'apporter les armes, sans écouter les conserls de mon incrédule ami, qui m'assurait que ces forbans prétendus n'étaient autre chose que des bateaux de mandarins. Manœuvrant avec dextérité, les trois bateaux s'approchèrent à pleines voiles de nous, puis ils les plièrent et firent force de rames. A peine nous approchèrent-ils que mes domestiques répondirent à leur attaque en leur lançant des bouteilles dont ils s'étaient munis pendant <iue je ne cessais de leur tirer des coups de fusil. Le premier bateau ainsi contenu n'osa pas en venir à l'abordage; mais le second, plusixmrageux, tenta de nous jeter un gi^ppin ; aussitôt un coup à bout portant punit IV ^esseur et le bateau s'éloigna. Un bateau restait enoore, et celui-là attaqua notre barque du côté c^osé; mais ce fut encore le plus mal avisé des trois, car pour le coup il eut affaire à mon cuisinier qui inonda les assaillants de charbons enflammés, d'eau et de riz bouillant. Enfin nos rameurs, qui jusque-là n'avaient pas voulu prendre part au combat, accoururent aussi avec leurs

portes rames, et déci(|èrent la yîcioire à courojD-^ Der lai bonne cause. Ainsi se termina cette es? carmouche qui dura pourtant près d'une demir? heure. J'apfffis plus tard qqe ces pirates apparrr tenaient à \ Escadre uoire, fioltille commandée par une femme sanguinaire qui ne faisait grâce à aucun de ceux qui tomhai^it entre ses mains. L'on me dit aussi que nous leur avions lue beau? coup (je monde , ei pçla a dû être à cause 4^ la hauteur de notre bord ; cependant il fallait que nous eussiottiS eu aflEaiire à des. pirates ohÂneis pour nous en être tiré^ aussi bien. liC courage n'est réellement pas au nombre ^ qualités de œ peuple , je vais en ci^er ^n nouvel exem"pie:

Je me prouvais un soir seul dans fine des rues de Canton, lorsque je fo^^ attaqué par cinq hommes, dont ^eux étaient armésde sabres.etle$ tr^is autres de bâtons ;. je n'avais qu'une for^ canne à la nuiin, et pourtant j'en fis ui^ si bon usage que je parvins à gagner la portç de 19a maison. Le concierge vipt alors à mon aide, mais on le jeta à terre; alors j^assénai ^n fort coup de canne à celui qui Tavait renversé ; il prit la fuite, ei les ^ulres maliaite^rs riçailèrenU L'un d'eux fut arrêté quelques îours après ^ ruder

ment puni , et condamné à avoir la tête passée dans une forte planche sur laquelle le motif de sa condamnation était écrit ; il fut amené chaque jour ea cet état, et durant un mois, à la porte de la factorerie, pour y faire amende honorable. Je ferai observer que c'est probablement le premier exemple de punition infligée à un Chinois pour méfait commis contre vtn Européen'.

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