‹ Spet années en Chine; nouvelles observations sur cet empire, l'archipel Indo-Chinois, les Philippines et les Iles SandwichChapitre 19 sur 36 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Nation chinoise éminemment commerçante et manufacturière. •— Tous les éléments d'industrie s'y trouvent. •-*- Contrées avec lesquelles la Chine a des relations de commerce. *^ Chemins , canaux et portages. — Origine des habitants. — Occupations. — Malais ; leurs brigandages. — Colonies chinoises. — Objets de commerce et profits des commerçants. -^ Habitants de Bugis-Yajo; analogie avec les Arabes*

— lies Malais se distinguent des Chinois. — '■ Gouvçrpemeot de Bugis-Vajo. — Courageuses explorations des habitants.

— Pèche du beache-de-mer.

Je ne suis point, je Tavûiie, de Topinion de ceux qui admettent qu'un Etat peut s'enrichir et marcher dans la carrière du progrès sans manufactures ni commerce. Les partisans de cette opinion ont cité la Chine comme un Etat purement agricole, et c'est en quoi lis ont certes commis une grave erreur, car la Chine est au contraire habitée par une nation éminemment manufocturière et commerçante. .

En effet, aucun pays ne renferme des sources aussi abondantes de précieux produits qui y at*-

tirant une foule d'iicbeteurs de toutes les parties du monde. Je doute qu'aucune autre contrée possède un commerce intérieur aussi vaste , et Tagrioulture y prospère en même temps que r industrie manufacturière. Sans doute que cette industrie est arriérée dans ses procédés > bien qu'on y emploie des machines plutôt pour faci* Kter le travail que pour le perfectionner ; mais ses produits n'en sont pas moins variés et at^ t^gnent quelquefois à une rare perfection, ce qui provi^it alors de oe qu'ils sont faits à la main i les cotonnades en offrent l'exemple^

Les ccoitrées que fréquentent les bâtiments de commerce chinois attestent par leur nombre rétendue du commerce extérieur» car ils vont au Japon, à la Cocbîncfaine, à Siam, Tonquin, Camboge, Manille, Bornéo, Macassar, Gilolo, Célèbes , et fréquentant presque iputeç les îles de rOcéan Pacifique où les Chinois ont d^s établissemenl», P^r terre, le commei'ce s'étend aux Birmane (**) et a d'autres cations voisines. Tout ce mouvement commercial est facilité par une infinité de voie^ d^ trapsport; des canaux sillonneat la Chine dans tous les sens 9 et dans les portages d'un canal à l'autre, ce sont des hommes qui transportent les marchaudises à dos, ce

qui n'est assurément praticable que dans une montrée aussi populeuse.

C'est dans les provinces méridionales de l'empire que se trouvent les véritables sources des richesses du pays; ce sont celles qui fournissent le thé, le sucre, le coton et une infinité d'autres produits qui s'en écoulent et se répandent ensuite de toutes parts et donnent lieu à un vaste commerce d'échange et de cabotage. Il est à regretter seulement que cette contrée n'ait pas un gouvernement plus éclairé sur ses vrais intérêts ; un gouvernement, dis-je, qui favoriserait les progrès de l' ind us trie et qui s' appliquera iten outre à étendre ses relations commerciales à l'ouest comme les Européens l'ont fait à l'est : vu la position géographique de la Chine, il est hors de doute que le commerce se serait alors élevé à un haut point de prospérité dans cette partie de l'empire.

Une description succincte de l'archipel Indo- Chinois a, je crois, sa place indiquée ici; ces observations sont le résultat de mes longs séjours à Canton et à Manille, qui m'ont mis souvent en rapport avec des voyageurs qui avaient visité l'archipel.

Le groupe d'îles qui se trouvent entre l'Inde

et la Chine peut s'assimiler sans aucune exagération aux contrées les plus fertiles du globe; là, la nature s'est montrée prodigue de ses dons^ et les riches productions de ces îles sont maintenant indispensables à l'Europe. A commencer par Âlexandre-le-6rand jusqu'à nos jours, cet archipel a attiré l'attention des commerçants, et les conquérants euxnnèmes le considérèrent souvent d'un œil d'envie. L'Europe a toujours regardé le commerce du Levant ccnnme une des

premières sources de sa richesse , et bien qu'il

se fît dans le principe par l'Egypte et l'Arabie, les dilBcultés des communications ne l'empêché* rent pas de prospérer. Enfin c'est à ce commerce qu'Alexandrie dut sa fondation, l'Italie sa renaissance, l'Espagne et le Portugal leurs richesses, Venise une partie de sa splendeur passée, et de nos jours l'Angleterre et la Hollande leur prospérité ; ajoutons encore que ce fut au désir de prendre part au commerce du Levant, malgré les entraves de l'Angleterre, que les États- Unis d'Amérique sont redevables de leur émancipation.

On supposait autrefois que tous les habitants de cesiles,étantd'origineMalaise,devaient avoir aussi tous le même caractère national, les méme^

coutumes et le méade Ifttigage, et d'autant plus que toutes ces tles se trouvent fiiitnées entre le huitième et le douzième degfré de Jàtitude^ cependant un examen attentif prouve quMl y a eu^ tre euit une très grande dîfiërenoe.

Les habitants se divisent en peuplades qui s'occupent de l'agriculture, de l'industrie, ou s'adonnent à la navigation. Toutes les parties du sol ne conviennent pas également à la culture des nombreux produits, qui consistent principalement en Titj tabac, cannes à sucre, coton et indigo ; des échanges s'établissent entre les diverses peupla* des , d'où il résulte un commerce actif entre tontes ces tles. Parmi les peuplades industrielles et agricoles, il faut citer les insulaires de Luçon, Java, Sumatra, Bali et Lomboe« Les habitants des côtes méritent aussi une motion particulière pour leur activité et leur hardiesse, dont ils sont re^ devables à de fréquentes expéditions maritimes; regrettons que leur caractère turbulent, joint à des habitudes de pirateries, gâtent des qualités aussi précieuses. Un grand nombre de colons habitent ces îles, et principalement Java, Su^ matra, Luçon, Bornéo et Macassar; ce sont pour la plupart des Chinois dont les habitudes d'ordre, jointes à une grande aptitude, les font

bien recevoir partont où ils vont s'établir.

Parmi les autres colons, ceBX que Ton rencoatre le plus fréquemment sont des Européens ^ des Indiens^ et môme des Arabes du golfe Pérsique et de la mer Noire.

Les objets de commerce sont fournis par les habitants de Fintérieur, qui expédient du riz, du tabac , du sel , des cotonnades et d'autres ptoduits vers les cAtes, pour être exportés par Ma^ lacca, Java, Sumatra et les Moluques ; les profits que font les marchands en échangeant ces objets dansd*autresflescontredesdiamants, des perles, de la nacre, dtl sable d'or , des épices et du caoutchouc, s'élèvent souvent à trois fois la valeur primitive* Le cabotage est principalement entre les mains des insulaires de Célèbes, que Ton croit d'origine arabe ou indienne ; mais ceux <)ui sont réellement l'âme du commerce indochinois, ce sont les habitants de Bugis-Vajo.

Maltebrun suppose que la population de cet archipel est originaire de la presqu'île de Malacca, et je crois cette opinion fondée en partie ; mais si d^unautrecôtéonsongeàl'espritentreprenantdes anciens Arabes qui partaient du golfe Pérsique, côtoyaient l'Inde et la Chine et s'avançaient même

jusqu'à Formose (^^), on en conclura qu'ils purent visiter pour la première fois les îles au sudouest de la Chine et y fonder des colonies. Le fait est que les habitants de ces îles diffèrent beaucoup entre eux ; ceux de Gélèbes ressemblent aux Arabes par la couleur de la peau , leurs traits et le caractère de dureté et de fierté qui distinguent ces derniers , tandis que les insulaires de Java, de Sumatra et des Philippines , sont plus doux etont de l'analogie avec les Malais; dans d'autres îles enfin on observe une grande ressemblance avec les Indiens. Des voyageurs qui ont visité les parties intérieures de Java m'ont assuré que ce qu'on disait du caractère farouche des habitants n'était point vrai , et qu'en général ils sont beaucoup plus hospitaliers qu'on ne le pense.

Quant aux Malais, ils différent complètement des Chinois, et il est d'autant plus probable qu'ils ne sont pas de la même origine que le commerce entre les Chinois et les Japonais était autrefois défendu , et que les premiers n'obtinrent la permission de se livrer au commerce maritime qu'à dater de l'invasion des Tartares. Mais revenons aux habitants de Bugis-Yajo, que j'ai

été à même d'observer de près , el dont je parlerai d'autant plus volontiers qu'ils sont encore très peu connus en Europe.

Les établissements de Bugis-Vajo se trouvent dans la partie nord et sud-ouest de l'ile; ils se divisent en six districts d'un tracé bizarrement irrégulier, et les habitations ont été construites sur les bords d'un grand lac , auquel les habitants doivent peut-être la turbulence de leur caractère 9 s'il n'est pas toutefois plus naturel de l'attribuer au sang arabe qui coule probablement dans leurs veines. Le gouvernement qui les régit se fonde sur un système aristocratique.

L^ esprit aventureux de ces insulaires est surprenant; il n'est pas en effet une seule île, depuis la Nouvelle-Guinée jusqu'à Méravi , qui ne soit fréquentée par eux. Les objets qu'ils transportent consistent en produits manufacturés indigènes et en coton, qu'ils se procurent à Bali et à Lomboe ; le moment où les vents périodiques commencent à souffler est la saison qu'ils choisissent pour se mettre en mer. Yoici comment ils se partagent alors. Les uns se dirigent vers l'est, tandis que d'autres se rendent à Java pour y prendre du tabac de l'ile, qui, étant très estimé, se vend avantageusement, et ils donnent en

échange des coionnadeS) du sable d'or et des lingoto d'argeikl: outre le tabac ^ ils eiiif>ortent de Java des indiennes, du drap, de la qurncailierîe d'Europe et de roplum du Bengale* Avec ces objets nos navigateurs font le tour de Celèbes , de Bornéo et de Sumatra , suivent la côle est de Siam et la c6te ouest de Malacca jusqu'à Pennangue, Malacca et Sincapor, où ils se dé^ font de leurs marchandises et prennent du drap, du fer, de l'acier et de l'opium, qui sont les objets les plus recherchés à Java. Pour donner une idée de Timmensité de ces opérations commerciales, je citerai en preuve les droits que les Anglais perçoivent à Pennangue sur l'opium seul, droits qui s'élèv^it à une valeur de 500,000 piastres (2,500,000 fr.) aoquiués en sable d'or, lingots d'argent et numéraire.

Ceux de ces insulaires qui , en partant del Bugis- Vajo, se dirigent d abord vers l'est, s'occupent de la pèche du beache-de*mer, objet de luxe pour les Chinois, qui en distinguent trente espèces^ différentes, et qui donne lieu à un commerce considérable. C'étaient eau autrefois qui transportaient les épiceries à l'entrepôt, mais les Européens s' étant emparés depuis lors de ce icommerce , ib en sont réduits k transporter une petite

quantité de clous de girofle et de noix-muscades. Du reste il faut observer que si leurs épiceries étaient peu estimées jadis parce qu'elles provenaient de plantes sauvages, il n en est plus de même actuellement qu'ils ont appris à les greffer.

Enfin , pour conclure ce chapitre et donner en même temps une idée de la hardiesse de ces navigateurs à demi barbares, ajoutons qu'il part chaque année de Bugis-Yajo de trente à quarante bâtiments pour les côtes de la Nouvelle-Hollande, dans le but de transporter de trois à quatre cents tonneaux de beache-de-mer destiné aux jonques qui fréquentent ces parages.

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