CHAPITRE I
Aspect des terres à Test de Macao. — Le comprador et sa . suite. — Singulier idiome anglais employé par les Chinois. -^ Fonctions du comprador. — Bateaux hoppo. — Exactions des Mandarins. —'Rade et île de Macao. — Boca- Tigris.— Préposés des douanes. — Ile des Tigres. — Rade — de Wampoa. Sampanes, bateaux dirigés par des femmes. — Sam-Tcheu, boisson pernicieuse. — Rapport des femmes de Wampoa avec les vaisseaux européens.
Lorsque je visitai la Chine pour la première fois, les autres contrées de l'Asie m'ëtaient encore complètement inconnues. Ce lîit au mois d'août que nous vîmes terre, un peu à l'est de Macao, non loin de l'écueil nommé Pedra - Branca ( le ro-
cher blanc). Mon attention fut ensuite captivée par un grand nombre d'objets nouveaux et intéressants ; des îles , des coteaux , des canaux et des rivières bordés et embellis par la plus riche végétation, du sein de laquelle s'élevaient de nombreuses habitations, déroulaient à mes yeux les tableaux les plus variés. Des flottes entières d'innombrables bateaux, différents de forme et de dimension, se mouvaient dans tous les sens» tandis que les rayons du brûlant soleil de ces contrées rehaussaient encore la magie de ce magnifique spectacle. Tant d'objets divers et nouveaux étaient bien faits pour produire sur un étranger rimi»*ession la plus vive. Les arbres et l'aspect général de la végétation de cette contrée différaient entièrement de ce que j'avais vu dans les autres parties du globe.
Bientôt un pêcheur se présente, monte à notre bord, et nous offre ses services pour conduire le bâtiment dans la rade de Macao, en nous prévenant toutefois qu'il lui serait impossible de nous suivre plus loin^ à cause du mandarin qui, s'il parv^oait à l'arrêter, lui ferait infliger la bas^ tonnade pour le punir d'avoir servi de pilote sans s'être muni d'un tchope ou permis. Le costume et les manières de ceux qui nous vinrent
voir différaient tellement des nôtres qu'ils me ^rprirent infiniment.
Peu de temps après^ un nouveau personnage Tint se présenter à nous sous le titre de coni^ prador ; OU verra tout à l'heure en quoi consistaient ses fonctions* Lui, ainsi que les geQs composant sa nombreuse suite , et qui étaient venus dans l'intention de s'engager, avaient de longues robes de soie ou de nankin blanc et bleu \ mais leur aspect était si efféminé que je me crus involontairement au milieu d'une réu-^ nion de femmes.
Ce qui attira aussi notre attention, ce fut la construction particulière des bateaux de ces gens , ainsi que leurs voiles en nattes, formées de plusieurs pièces attachées ensemble. La manière de ramer différait aussi de la nôtre; c'est-«à-*dijfe que les rameurs, au lieu de ramer €9t même temps, ramaient l'un après l'autre.
Nos visiteurs se servaient d'un singulier lan<^ gage pour se faire entendre de nous; c'était pourtant de l'anglais, mais tellement corrompu dans la prononciation et la construction que les Anglais eux-mêmes ne parviennent à le parler qu'après avoir séjourné au moins un an à Canton. Aussi leur semble-t-il bien étrange
d'être obligés d'étudier leur propre langue pour se faire comprendre des Chinois qui Font défigurée. Il n'y a pas un seul Chinois qui soit en état d'entendre le pur anglais.
Le comprador, en nous offrant ses services, tira de dessous sa robe un énorme portefeuille plein de certificats Aes personnes qu'il avait servies. Notre capitaine l'arrêta comme comprador près le navire, et il fit aussi un accord avec un des gens de sa suite qui is'engagea comme comprador près le comptoir. Tous nous exhibèrent des liasses de certificats. Voyons maintenant en quoi consistent les fonctions des compradors ; on verra en même temps que les Européens ne peuvent se dispenser de les employer
pendant toute la durée de leur séjour en Chiite. Le nom de comprador atteste son origine portugaise ; il signifie acheteur ; d'ailleurs toutes les nations l'emploient indistinctement. Ils sont de deux espèces : les uns approvisionnent les navires stationnés à Wampoa et les autres approvisionnent les factoreries de Canton. Ces deux classes se soutiennent mutuellement ; ceux qui fournissent aux vaisseaux habitent près du port de Wampoa et les autres vivent à Canton. Ceux qui ont des associés à Wampoa sont pré-
férés a,iix autres, parce qu'en général la vianjcle (le boucherie qu'ils fournissent est de meilleure qualité. La viande qui se vend habituellement à Canton est de la chair de bulEe ; comme on emploie ces animaux.au travail des. champs et qu'on ne les abat que lorsqu'ils sont hot*s de service, leur chair, qui est dure de sa nature^ est alors tout-à-fait mauvaise; aussi les Européens n'en font-ils aucun cas. Mais si le buffle ne procure qu'un mauvais aliment, c'est du reste un animal précieux pour la culture du riz qui croît dans des champs inondés une partie de l'année. Il faut donc un amphibie pour pouvoir labourer ces terres; aussi, loin de craindre l'eau, le buffle s'y complaît et savoure avec délices les plantes aquatiques qu'il parvient à arracher du fond en plongeant la télé à une assez grande profondeur.
Les compradors reçoivent du hoppo , percepteur des droits du port de Canton, des tchopes ( ^) t ou permis de fournir aux étrangers les objets dé consommation qui leur sont nécessaires.
Aucun salaire déterminé n'est affecté à leur emploi, quoiqu'ils soient obligés de payer une
(1) Voir les notes à la fin de l'ouvrage.
forte taxe pour le privilège dont ils jouissent ; aussi s'en dédommagent - ils aux dépens des étrangers dont ils sont les pourvoyeurs. Sans cesse exposés aux vexations des mandarins subalternes et environnés de dangers réels, ils parviennent cependant à s'enrichir en surmoQ<tant tous les obstacles. Les capitaines , les officiers et même les matelots se servent de compradors pour tous les achats qu'ils ont à faire, et comme ceux-ci ont des magasins à Canton et à Wam* poa , le commerce qu'ils font est très lucratif. C'est dès huit heures du matin que leurs bateaux, chargés de denrées, viennent s'embosser près des navires, et il leur est permis d'y rester jusqu'au coucher du soleil. A la sortie de Wampoa, la douane visite ces bateaux; mais comme le com^ prador a soin de se r^idre le douanier favorable, on conçoit que rien ne s'oppose au commerce subreptice ; aussi la contrebande se fait-elle sur une vaste échelle.
Dès qu'un bâtiment entre dans le port de Wampoa , deux bateaux de la douane , appelés bateaux hoppo, viennent se placer à sa poupe. Les deux douaniers qui les montent, [et qui doivent demeurer auprès du bâtiment, sont chargés de veiller à ce qu'il ne se fasse pas de la contre-
bmd^ ; mais leur vigUaiice n'est qu'apparente, et, sans s'inquiéter de ce qui se fait autour d'eux, ils passent paisiblement leur temps à jouer et à fumer ; dormir est encore une de teur^ occupations fkvorites.
Comme ces douaniers s'entendent avec le comprador du bâtiment, toutes les ibis qu'il y ^ contestation entre ce dernier et quelque maur darin subalterne, ils ne manquent jamais, quoique officiers publics, de se ranger du parti d« .comprador. C'est ainsi que les délégués du pouvoir en agissent en Chine , et il serait diffî^ cile de donner une juste idée de Teffronterie
avQC laquelle la contrebande se fait en plein jour à Wampoa.
Les bateaux hoppo contiennent de petite boutiques où Ton ne vend que des objets de peu de valeur , des fruits, des légumes et du samr icheu^ boisson enivrante et même dangereuse; aussi les capitaines doivent- ils exercer une surveillance sévère sur les hommes de leurs équipages, car l'action du sam-tcbeu sur l'économie animale est si terrible qu'elle peut occa*sionner la mort.
Les dépenses d'un séjour à Wampoa se sont considérablement accrues par Favidilé des em-
ployés du gouvernement; aussi serait-il difficile maintenant de se procurer un comprador qui se chargeât d'approvisionner. un fort bâtiment, à moins de 200 à 250 piastres d'Espagne (de 1080 à 1350 francs). Aussi les petits bâtiments qui arrivent à Wampoa, et qui ne sont point en état de soutenir de pareilles dépenses, ont-ils recours aux douaniers des bateaux hoppo qui leur tienn^it lieu de comprador. Mais si ces gens négligent en pareil cas d'acheter le silence du mandarin, ce moyen devient très dangereux, car on risque d'avoir bientôt son bâtiment mis en interdit.
En Chine, tout, jusques aux moindres bagatelles, se vend au poids et au moyen d'une balance très fausse et d'une espèce particulière, qui se nomme titchine. Ce mode de vente favorise extrêmement la fraude, et comme les Chinois sont d'ailleurs à cet égard dans les meilleures dispositions du monde, il est bien rare qu'un Européen ne finisse pas par être dupé ! En voici un exemple entre mille : il m'est souvent arrivé, en achetant diverses denrées, qui toutes se vendent dans des corbeilles où on les pèse, sans tenir compte du poids de la corbeille, d'y découvrir ensuite des pierres qui
avaient été mises au fond pour ajouter au poids.
Si je me suis un peu étendu sur ce qui concerne rapproYJsionnement des navires dans le port de Wampoa, c'a été dans Fespoir de fournir d'utiles renseignements aux voyageurs qui se proposent de visiter la Chine.
Un vent frais et favorable venait de s'élever ; on en profita pour continuer la route et entrer dans le port de Macao, où nous jetâmes Fancre, à six ou sept milles de la ville (^). Aussitôt, pour se conformer à l'usage établi , un de nos officiers partit pour aller complimenter le gouverneur portugais , et pour prier le mandarin de nous fournir un pilote qui dirigeât notre navire, en remontant la rivière, jusqu'à Wampoa. Quant au pécheur qui nous avait servi de pilote jusquelà, il s'empressa de se retirer dès que nous eûmes dépassé les îles Ladrones ( îles des brigands). Nous lui payâmes ce qui lui était dû, et il partit en faisant paraître les signes de la plus grande frayeur. C'était le bâton du mandarin que le pauvre homme redoutait !
Macao est, comme on sait, une petite île voisine de la côte; les Chinois la nomment Omunn. Cette île a été décrite tant de fois que je crois
pouvoir me dispenser d'une vaine répétition ; je me bornerai donc à remarquer que c'est l'endroit où les étrangers vont passer la belle saison, k moins que leurs afiisiires ne les retiennent à Canton , d'où cette île est distante de 90 milles anglais, dans la direction du sud-ouest. Elle est bien approvisionnée en poisson , en viande et en légumes. Rien n'est beau comme la vue dont on jouit en gravissant la rive élevée du port intérieur ; c'est là sans contredit un des sites les plus pittoresques du globe. On y trouve aussi Casa de Horta , lieu célèbre par la grotte où le Camoëns composa ses Lusiades. Nous y trouvâmes un jardin dont les embellissements sont dus à deux Anglais, MM. Drummond et Roberts , qui y ont consacré bien des soins. Le caractère ferme et les vertus hospitalières du premier vivront longtemps dans le souvenir xles habitants; quant à M. Roberts, une tombe isolée reposait silencieuse dans le lieu même qu'il s'était plu à embellir!
Six heures s'écoulèrent pourtant avant que nous eussions pu obtenir la permission de prendre un pilote pour nous rendre à Wampoa ; il arriva enfin. Quelque longue qu'eût été notre attente, on m'apprit que nous étions bien heu-
reux qu'elle n'eût pas duré plus longtemps , ce qui nous serait infailliblement arrivé si notre navire n'avait pas eu de chargement. Le pilote, avant que d'en prendre la direction, nous pria instamment de lui dire s'il n'y avait point des femmes européennes à bord, les règlements défendant de les laisser dépasser Boca-^Tigris , à l'embouchure de la rivière de ce nom. Cette défense ne date cependant que d'une certaine époque; car lorsque les Hollandais arrivèrent à Canton, il leur fut permis d'y amener leurs femmes ; mais des désordres en étant résultés , il fut défendu aux femmes européennes de dépasser Macao. Malgré la rigueur du règlement , les dames de Macao se permettent d'aller à la rencontre des bâtiments qui quittent Canton pour retourner en Europe; elles montent en pa* reil cas des bateaux européens qui s'avancent jusqu'à l'endroit nommé le second banc, afin d'éviter le danger qu'ils auraient à la rencontre des bâtiments qui entrent à pleine voile dans le port de Macao.
Le vent étant devenu favorable, on leva l'ancre et nous entrâmes bientôt dans un détroit formé par un groupe d'îles verdoyantes, ( ^ ) qui s'étendent de Test à l'ouest. Celles d'entre
ellejs qui avoisinent Macao né sont pas aussi bien partagées ; on n'y voit au lieu de végétation qu'un sol rougeâtre ; en un mot l'aspect de ces îles est sauvage et inculte. En arrivant au petit golfe de Boca-Tigris, à l'einbouchare de la rivière , nous aperçûmes sur les deux rives quatre forts , si tant est que ces fortifications liliputiennes méritent ce nom.
Les Chinois les estiment cependant beaucoup; ils sont même convaincus qu'il n'existe pas au monde d'ouvrages aussi formidables. Je les ai vu affirmer que si un bâtiment avait la hardiesse de passer devant ces fortins sans en avoir obtenu la permission du mandarin impérial de Macao, il serait infailliblement détruit (^). Nous jetâmes l'ancre en cet endroit , pour donner le temps au pilote d'échanger son tchope contre un permis valable pour se rendre à Wampoa.
'Deux heures se passèrent à attendre, après lesquelles le pilote revint en compagnie de deux douaniers, qui, après avoir attaché leurs ba-« teaux à la poupe du bâtiment , montèrent à bord ; à peine sur le pont, ils se mirent à le parcourir avec gravité et en affectant un air d'importance. Ils avaient des robes de soie , leurs bonnets étaient ornés de houppes, et d'élégantes boucles
reluisaient à leurs ceintures ; mais malgré cette recherche apparente, tout ce qui s'apercevait des vêtements de dessous dénotait la plus dégoûtante malpropreté. Après avoir régalé nos hôtes de biscuit, de viande et de rhum, dans l'espoir de nous en débarrasser , nous vîmes , à notre grand désappointement, qu'au contraire leur projet était de s'établir sur le bâtiment : comme ils n'en avaient pas le droit, je conseillai au capitaine de leur enjoindre de regagner leurs bateaux, conseil qui fut suivi et couronné du plus grand succès. Ces sortes d'individus sont nonseulement d'une impudence extrême , mais en outre fort disposés à s'approprier les objets à leur convenance qui leur tombent sous la maio ; il m'est arrivé plus d'une fois d'en surprendre qui mettaient ainsi différents objets dans les poches de leurs amples robes.
Après avoir dépassé les forts et Vile des Tigres^ ainsi nommée à cause de sa forme qui approche de celle de ce quadrupède , nous traversâmes la rivière et suivîmes le rivage oriental presque jusqu'à Wampoa. Le pays, sur les deux rives, quoique plat , ne laissait pas que de présenter de l'intérêt par les vastes rizières qui le couvraient en grande partie, et que l'industrie des habitants
est parvenue à dessécher à volonté , au moyen de nombreuses digues. L'éclatante verdure des champs était agréablement coupée par la couleur foncée de ces digues, qu'ombrageaient des pêchers et des platanes chargés d'une multitude de fruits. La rivière n'est pas partout également navigable ; deux bancs de sable s'opposent au passage des grands bâtiments , à moins qu'ils ne soient favorisés par une très haute marée ; quant à ceux de moindre dimension, ils peuvent les franchir en temps ordinaire. Les pilotes chinois, toujours avides de gain , mettent ces obstacles à profit pour rançonner les capitaines , auxquels ils font accroire qu'il leur faut un plus grand nombre de bateaux remorqueurs que cela n'est réellement nécessaire. Bien que le salaire du pilote s'élève à près de 60 piastres d'Espagne (324 francs), le mandarin de Macao, ainsi que le pilote en chef, en prennent une si forte part qu'il ne reste au malheureux que très peu de chose; aussi ne subsiste-^t-^il qu'au moyen de gains illicites ! Les hommes qui remplissent ordinairement ces fcmctions sont des pécheurs qui connaissent parfaitement l'art de diriger les na-vires , et savent les noms de tous les agrès , ainsi que |esi termes du commandement en anglais;
cette classe d'hommes est digne d'intérêt par le zèle avec lequel ils accomplissent les pénibles travaux de leur état, tandis que leur chef est habillé de soie et vit dans la plus complète oisiveté.
Les bas^fonds une fois dépassés , nous ne tardâmes pas à entrer dans la rade de Wampoa , où notre navire mouilla en sûreté entre les tleâ Danoise et Française à Fouest, et Ttle de Wampoa à Test. Â peine arrivés, nous nous trouvâmes entourés d'une multitude de sampanes, bateaux que des femmes dirigeaient; ces femmes étaient des blanchisseuses qui venaient nous demander notre pratique. Le bas prix de leur travail est vraiment incroyable. On a peine si croire que le blanchissage d'un matelot ne lui revient qu'à une piastre pour toute la durée de son séjour, qui est de deux à quatre mois ; il est vrai qu'il est d'usage de leur abandonner en partant tous lés restes de provisions. Ces sortes de femmes exercent une fâcheuse influence sur le» matelots et demandent à être surveillées ; elles sont trop souvent les instigatrices des vols qui se commetteiit, et ce sont ai:^i elles qui procurent aux matelots du sam-tcheu^ qui, comme je l'ai dît, éBt très dangereux, li'usage
de cette liqueur occasionne beaucoup de dyssenteries et de fièvres intermittentes, maladies très difficiles à guérir dans ce climat.
Les Européens doivent aussi éviter de s'exposer au soleil ou à la rosée, lorsque la mousson d'est commence à sou£Qer; il faut alors se pourvoir de couvertures, distribuer de bonnes rations d'eau-de-vie aux matelots et les empêcher de dormir sur le pont du 1)âtiment9 même dans le fort de la chaleur. On ne pouvait se procurer autrefois de bonne eau- de- vie à Canton, mais actuellement une distillerie a été établie par un Chinois quia longtemps habité Pennangue (^) ; on y fabrique aussi de bon rhum.
Lés blanchisseuses dont nous venons de parler étaient autrefois les seules femmes auxquelles il fût permis de fréquenter les navires; mais les choses ont tellenient changé depuis lors qu'il règne actuellement, sous ce rapport, autant de liberté en Chine qu'à Londres ou à Porlsmouth. Aussi, dès que le soleil est couché, des bateaux réellement surchargés de femmes quittent le rivage avec l'autorisation du mandarin et viennent entourer les navires. Ces femmes, qui parlent ordinairement un peu l'anglais et le portugais, sont de pauvres filles nées pour la
plupart de parents indigents, et vendues très jeunes à des individus qui spéculent ensuite sur leurs charmes. Leur malheureuse existence est vraiment digne de pitié , car c'est en esclaves qu'elles sont traitées par des maîtres qui ne les considèrent que comme une source de profits ; souvent ils les accablent de coups et ne leur accordent toujours que la plus grossière nourriture et des vêtements insuffisants. Malgré tant de misère, beaucoup parmi elles sont agréables, si ce n'est jolies, c'est-à-dire qu'elles sont bien faites et que leur physionomie est avenante; mais ce qui est surprenant, c'est qu'elles sont toujours gaies, enjouées, et ne paraissent pas souffrir de leur position. D'ailleurs elles ont un attrait particulier aux yeux de tout Européen ; c'est de n'avoir pas les pieds déformés; la petitesse des pieds étant l'apanage des femmes de la classe élevée.
Remarquons en terminant que l'usage de vendre des enfants pour un certain nombre d'années est généralement établi en Chine ; c'est même là le seule genre d'esclavage autorisé.