‹ Spet années en Chine; nouvelles observations sur cet empire, l'archipel Indo-Chinois, les Philippines et les Iles SandwichChapitre 8 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Canton. — Climat. — Rues. — Respect dû aux mandarins. — Cuisine chinoise. — Barques; mœurs des individus qui les habitent. — Petits-maîtres et gastronomes. — Éducation et coutumes des femmes. — Mal résultant de la pluralité. — Amusements. — Combats de cailles , de grillons. — Bateaux à fleurs. — Singulière coutume à la conclusion des marchés de thé. — Anecdote earactéristique.

Il fait excessivement chaud à Canton durant les mois d'été; le thermomètre y indique alors de 82 à 93* degrés (*^) ; mais dans les environs de la ville Tair circulant plus librement, la chaleur est bien moins intense. Alors il convient de se garantir de l'ardeur du soleil et de soigner son régime, sans quoi on risquerait de prendre des fièvres bilieuses , qui cependant ne dégénèrent que rarement en fièvres chaudes. Bien qu'il ne gèle pas souvent en hiver, il faut pourtant chauffer les appartements dès que la mousson du nord commence à souffler, c'est-à-dire du mois de novembre au mois de mars. Durant les

sept années que j'ai passées à Canton, je n'y ai vu de la glace qu'une seule fois, et encore l'avaiton obtenue en exposant sur les toits une légère couche d'eau versée dans une assiette. La pluie est aussi rare en hiver, mais il règne alors des brouillards épais, et si le vent souffle de l'est, le ciel lui-même se couvre de nuages. On peut dire généralement que le climat de Canton convient aux personnes qui ne redoutent pas la chaleur, pourvu toutefois qu'elles prennent la précaution de se couvrir lorsque l'humidité se fait sentir.

La plupart des rues de la ville sont étroites , car elles ne servent qu'aux piétons ; les chevaux ne s'y montrent qu'à la suite des mandarins de haut grade. Lorsque ces dignitaires sortent, tous ceux qui suivent la même route s'arrêtent et se rangent pendant que le mandarin s'avance, porté suivant son rang par quatre ou douze hommes, dans une chaise à porteurs, couverte et à glace. Au-devant se précipitent des coureurs armés de fouets dont ils frappent impitoyablement les malheureux passants, tandis que d'autres font retentir l'air de cris qui les feraient prendre pour une meute de chiens. Cependant les tamtams et les cymbales résonnent au loin pour an-

noncer au peuple que son excellence honore la ville de sa présence. Plus le mandarin est élevé en grade, et plus ceux de sa suite donnent carrière à leur insolence par le vacarme et le désordre qu'ils commettent , et qu'ils poussent souvent au point de s'approprier les denrées que les marchands vendent dans les rues.

Au nombre des qualités qu'ont les Chinois, il faut compter des habitudes d'économie bien entendue, même dans les hautes classes , chez lesquelles on voit régner le faste et l'opulence sans que leur fortune en souffre. Cette louable habitude est tellement dans le caractère national que le goût même de la bonne chère, qui est excessif en Chine, ne les fait point sortir de leur penchant à l'économie. Le chef fameux du hong, Puhan-Kai-Qua, dont j'ai déjà eu occasion de parler, en fut un exemple; car, malgré les grandes richesses qu'il avait amassées et les repas splendides qu'il se plaisait à donner, l'ordre et l'économie régnaient dans son intérieur. A ce sujet je citerai un trait de ce personnage qui donnera l'idée de la valeur du temps en Chine. Puhan-Kai Qua me raconta donc que lorsqu'il devait sortir de bonne heure pour affaires, son déjeuner avait lieu à bord du bateau sur lequel

il traversait la rivière, et son dîner de même lorsqu'il revenait vers le soir, de sorte qu'il n'y avait point de temps perdu, et qu'à peine arrivé il était tout entier à ses agents d'affaires et pouvait effectuer ses paiements le soir même de son retour. Les repas que ce richard faisait ainsi ne montaient pas à plus d'une piastre! Puhan- Kai-Qua avait amassé de grandes richesses dans le commerce, lorsque l'empereur jeta les yeux sur lui comme sur un homme capable de soutenir là compagnie du hong. Il s'acquitta en effet très bien de cette direction, et mourut lors de mon dernier voyage en Chine, en 1820. Son caractère était un mélange de ruse et de finesse, jointes à une grande capacité et à une instruction vraiment extraordinaire dans un pays où l'état des connaissances est si borné (20). Mais revenons aux usages des Chinois.

L'art de préparer les aliments et d'opérer la cuisson avec économie est poussé à un grand degré de perfection en Chine. On y emploie à cet usage des poêles en argile construits de telle sorte que toute la chaleur se concentie dans la marmite. La nécessité de ménager le combustible est du reste d'une grande importance dans une contrée où la houille est de mauvaise qualité et

brûle à peine , et où le bois est excessivement cher , de 3 à 7 maces le pékuL Le charbon de bois se vend de 5 à 7 maces le pèkuL Le chauffage est donc cher, surtout pour les classes pauvres, et pourtant le climat ne permet pas de s*en

passer.

J'ai plusieurs fois été témoin de la prompti^ tude avec laquelle les habitants des sampanes enlevaient une partiedu pont pour pouvoir cuire leur ri2 et quelque plat de poisson ou de viande, en faisant du feu dans Tintérieur du bateau; toutes ces opérations n'exigeaient que de vingt à trente minutes , et s'effectuaient avec beaucoup de propreté. Ce qu'il y a de remarquable dans leurs habitudes , c'est qu'ils appliquent parfois une propreté recherchée à des objets qui excite^ raient en nous le dégoût , tels que les chiens, les chats, les grenouilles et les souris, dont ils pré*parent des mets qu'ils savourent avec délices. Le riz se lave dans douze eaux différentes avant d'être livré à la cuisson.

Ce qui distingue les habitants des terres de ceux qui vivent sur l'eau dans les sampanes, c'est qu'ils sont en général plus affectés dans leurs manières, moins gais, plus avides d'argent, et surtout bien plus pauvres qu'eux. J'ai deux

rêofàltiiié.^ à sigtiftlér ici : lli première est que le bîM^trè ded habitaiits des ââmpfliies^ aux éttvirond dé Canton^ s'est beaucoop amélioré dans le cours des vingt dernières années, et la se- (sùûâe que les bateliers de Càtitôn dépensent légèrement tout l'argent qu'ils gagtient pour se mettre à l'abri des eicactians continuelles des mandsnriiiSé

Ce que j^ai dit de l'aménité naturelle au ca-* ractère des Chinois m'a été confirmé par l'ex^ përience^ en effet ^ après aroir fait un premier voyage eu Chine en it96y y avoir passé sept an** nées en 18tô et y être enfin retourne une troisième fois en 1820 J'ai dû, certes, me trouver en état de vérifier la justesse de mes observations. Voici donc ce que je remarquai au sujet èa trait caractéristique de leur nature. iPendant mes longues absences, plusieurs petits compradors qui remplissaient des fonctions dedomesti^ cité chez leurs confrères s'étaient enrichis à leur tour au pointd'établir de riches magasins; eh bien! loin de rougir à mes yeux de l'état dans lequel je les avais connus autrefois , ils se hâté-rent à mon retour k Macao de me faire complimenter sur mon arrivée, en m'en voyant de petits présents en thé, fruits confits, etc. ; et cependant

ils n'avaient absolument rien à attendre de moi* Je me plais à signaler ces traits qui contrastent tant avec le caractère vénal des agents de Tau-» torité.

Des personnes qui n'avaient sur la Chine que des notions superficielles ont avancé qu'il n'existait dans ce pays ni petits-maîtres, ni gastronomes, ce qui est de leur part une erreur complète; car il n'y a pas de contrée où ces sortes d'individus soient aussi nombreux, en le cédant pourtant aux élégants d'Europe. Néanmoins la recherche d'un dandy chinois est extrême dans sa mise. Ses vêtements consistent en crêpes et en soieries de grand prix ; ses pieds sont chaussés de bottes à hauts talons, du plus beau satin de Nankin, et ses jambes enfermées dans des guêtres à genouillères richement brodées. Ajoutez à cela un bonnet à gland dans le dernier goût, une pipe élégante richement ornée où brûle le tabac le plus pur du Fo^kien^ une montre anglaise, un cure-dents suspendu à un bouton par un fil de perles, l'éventail en nankin exha*^ lant le parfum delà tchqlane (2^), et vous aurez une idée exacte d'un fashionable chinois. Si, lorsqu'il sort en chaise élégamment décorée, dont les porteurs sont habillés de soie, une connais--

«ance s'offre à sa vue, la physionomie du mer* veilleux exprime aussitôt ce qu'une politesse étudiée a de plus affecté, et s'il lui adresse la parole, c'est en ayant grand soin d'appuyer sur les termes de la politesse la plus exagérée; c'est même en ceci que consiste l'art de la conversation en Chine. Mais si la mise d'un Chinois peut être aussi recherchée quant à l'extérieur, il est plus rare, au contraire, que la propreté s'allie chez eux à l'élégance. Beaucoup d'individus riches ne changent pas de linge durant des semaines entières, et en général il est extraordinaire qu'un peuple habitant un climat aussi chaud n'ait pas contracté plus d'habitudes de propreté.

Après avoir parlé de l'esprit vénal des Chinois et rendu justice à leurs bonnes qualités, nous devons encore ajouter pour être exacts que, sous le rapport des mœurs, le dévergondage est poussé en Chine à un excès incroyable. Nonseulement ils ont un goût prononcé pour tout ce qui peut enflammer leurs sens, mais j'ai assisté moi - même à des représentations théâtrales telles qu'il me serait impossible d'en essayer la plus légère description. Cependant des femmes y assistaient et en paraissaient même satisfaites ;

on peut juger d'après cela à quel poiut le nuw* que <le3 notion» le$ plus élémwtairee de mora*lité leur manquent; en Europe les femmes de Ja itemière clause auraient d^tourué leurs yeu^ d'un spectacle semblable- lorsque les femmes v(«t au théâtre, elles occupent des places particuUèrûs, tout près de la scèue, et séparées 4e^ autres par un rideau; maïs comme elles out rtiabîtude de s'aispeoir toi^our^ e^ avant » il f»t facile de les yoir et 4e juger ce qu'elles éprou^ vent par le jeu de leur physionomie. U est rare que ces femmes apprennent à lire et à écrire^ et , leurs occupations se bornent aux ouvrages d'aiguille et à une soi -^ disant musique : ne pouvant donc occuper leur esprit, elles passent le tem{>s à jouer aujn cartes ou au^ dominos> tandis que la pipe demeure constamment à leur bouche.

Chez les Chinois de la haute classe il n'y a jamais de réunions où les hommes et les femmes soient mélangés , et quant au}^ repas, ils tiennent généralement à déshonneur de dîner avec leurs femmes, qui occupent toujours une partie séparée dans la maison. Je dis leurs femmes, car la polygamie y étant en usage, chaque Chinois en a un certain nombre , ce qui du reste porte un grand préjudice à la moralité publique. J'ai sou-

vent entendu parler d'intrigues entre des fils et leurs jeunes belles^mères qni provenaient de ce que des vieillards, ayant des fils en âge d'être mariés , se mariaient eux-mêmes à de jeunes filles sans songer anx résultats possibles de cette inconséquence.

Je dinai une fois chez an riche négociant chi* nois qui nous fît représenter une pièce dont le sujet roulait sur la tyrannie d'un mari envers ses femmes. La représentation terminée, nops demandâmes à notre h6te de nous faire jouer une pièce où ce seraient les maris qui auraient à sonf^ frir de leurs femmes ; il se rendit à notre désir, f^tdeuxou trois pièoes semblables furent aussitôt r«prés^ptées, Cela égaya beaucoup les convives, et surtout les femmes, qui, contre l'usage gênéraU assistaient au repas; des plaisanteries furent «ebangéesj enfin la gaîté était devenue générale quand lé maître de la maison, qui était un homme marié, s'étant aperçu de l'effet produit, changea de visage et défendit même de prolonger le spectacle. Qn peut conclure de ce fait que, malgré l'autorité absolue des maris dans ce pays, leurs femmes trouvent quelquefois le moyen de secouer le JQUg, et j'ai appris en effet que c'était toujours celle des femmes que le mari affection

Dait le plus qui le gouvernait à son gré* Quoi qu'il en soit, il est certain que la vie intérieure des Chinois n'est guère heureuse^ et comment le serait-elle , là où les affections du cœur sont inconnues ! Ce qui occupe leurs loisirs, dans les intervalles que laissent les affaires, ce sont les théâtres, les réunions sur l'eau , les maisons de jeu et enfin les combats de cailles. Disons en quoi consistent ces divers amusements.

La passion du jeu est extrême en Chine, et malgré les mesures sévères du vice-roi de Canton qui fit fermer les maisons de jeu, les jeux de hasard n'en conlinuèrent pas moins. En outre des cartes et des dés , ils jouent encore à une sorte de jeu de balle que l'on renvoie avec les pieds, et au jeu de quilles où ils excellent particulièrement. Les combats de cailles et de grillons sont des divertissements favoris ; voici comment ils s'y prennent pour forcer deux griUons à en venir aux prises (22). On place d'abord les deux insectes au fond d'une cuvette en terre de 6 à 7 pouces de diamètre , puis chacun des parieurs irrite son combattant en le piquant avec une plume, ce qui les fait courir avec vélocité, de sorte qu'ils s'entrechoquent et se renversent à tout moment. Après quelques rencontres, le

courroux des deux adversaires éclate; ils en viennent aux prises, et plus <i'un membre couvre le champ de bataille avant que la victoire ait prononcé, dans cette lutte acharnée. C'est là le plaisir du peuple; quant au combat de cailles il appartient a la haute classe. Le soin que Ton se donne pour préparer une caille au combat est extrême. Longtemps d'avance un homme en est spécialement chargé, et il porte l'oiseau sur lui dans un sac suspendu à sa ceinture. Si le pauvre prisonnier a besoin d'air ou de nourriture, son gouverneur l'enlève avec soin et le tient entre ses mains durant des heures entières sans jamais ^e lasser; ses soins peuvent se comparer à ceux d'une tendre mère. Lorsqu'il s'agît de faire entrer deux cailles en lice, une table entourée d'une grille est disposée à cet effet, des grains de millet sont répandus sur la table où Ton place les deux oiseaux l'un vis-à-vis de l'autre; enfin les parieurs et le public se placent à l'entour. Si les combattants sont braves, à peine l'un d'eux a-til touché au millet que l'autre l'attaque ; le combat se prolonge alors de deux à cinq minutes, jusqu'à ce que l'oiseau vaincu ait été obligé de prendre son vol. C'est là l'amusement auquel les riches Chinois consacrent une partie de leur ma-

Cillée ; ^ussi ont-ils toujours un certain nombre de ces oiseaux en réserve, et les paris qui se tiennent en pareil cap sont considérables ; mais ce qui forme le principal intérêt dans ce divertissement est l'arraDgement des paris. S'il arrive qu'un oiseau, célèbre par maintes prouesses, ait été vaincu par un jeune adversaire, l'ardeur des joueurs augmente et les paris sont doublés.

Quand on songe à la nullité de ce passe-temps, qui cependant nécessite de fortes dépenjses, ainsi qu'au temps employé à élever lesoiseauî^, on ne peut expliquer le singulier goût des Chinois que par leur passion pour toute espèce de jeu, comme aussi par l'indolenoe de leur caractère,

Les ricbes passent encore une partie de Imr temps sur les b^teau:^ à fleurs, nom qvi leur vient de fleurs scplptées à l'çni^ur des portçs et di^ fenêtres de c«s bateaux qui sont élégamment peints en cQuleur vene entremêlée de dorures.

Ces bateaux sont pariagés en trws parties : celle du c6t^ de la pQupe est bien meublée de divans, avec des rideaux awc fenêtre; la partie du milieu ^t h Vfm marçbe* plus bas et contient un salon à double jour dout le* çrpisées sont garnies de Persiennes contre l'ardeur du soleil ; enfln

la troisièpie partît est élevée sur celle du centre comme la première ^ on y trQuye la cuisii^e, les dépendances et le logement du patron, avec quelques chambres à coucher ; tout auprès est une ^alçrie ouverte où les femmes qui appartiennent à ces bateaux passent leur temp3 jusqu'à l'arrivée du monde^ qui s'y réunit versiez six hçure$ du soir. Les convives rasjsemblés, ils font d'aboxd leur choix parmi les beautés de ce sérail, puis Ton ^e met à table; la chair est excellente^ enfin de$ cartes sont distribuées, et les heures s'écoulent ainsi jusqu'au lendemain matin- Le$ femmes de ces batçaux sont remarqua^ blés par une éducation asseai; soignée. Pour établir up bateau semblable ï\ faut une permission dn mandarin chargé spécialement de cette partie. Ces embarcations sopt amarrées parallèlemeqt les nne$ auprès des autr^ dans uo lieu i$éparé| et étagées en raison d9 leur grandeur et de la dépense qui s'y fait ; de sorte que les personnes de toutes les classes voiept au premier aspect Iç lieu où il leur convient de i$e divertir. Quant aux Européens , il leur est sévèrement défendu d'y aller, sous peine de la bastoQuade et d'une amende de plusieurs milliers de piastres. Un Chinois m'a assuré qu'il s'y dépendait

journellement à Canton de 40 à 60,000 piastres (216,000 à 324,000 francs).

Un négociant du hong m'a appris qu'il était d'usage, à la conclusion des marchés de thé, d'offrir aux acheteurs un repas sur un de ces bateaux. Plus ce repas est somptueux et plus les conditions du marché deviennent avantageuses, d'où il résulte qu'il est de l'intérêt du vendeur de bien traiter ses convives. Si le marché se faisait par l'entremise d'un homme d'affaires, ce dernier devrait aussi se conformer à

l'usage établi , seulement il lui serait permis de le faire plus économiquement. Puisque j'ai cité

un négociant du hong, je vais ajouter une anecdote qui me fut rapportée par l'un d'eux, et qui montrera jusqu'à quel point les malversations sont communes en Chine.

Deux négociants du hong, peu rangés dans leur^ conduite, avaient contracté d'assez forts engagements envers la factorerie anglaise. Le président du comité obtint alors qu'il leur serait avancé une forte somme afin de les mettre à même de conclure des marchés de thé qui devaient les aider ensuite à se libérer de leurs dettes; mais pour assurer une garantie au but qu'il se proposait, les négociants du hong fu-

rent invités à choisir un fondé de pouvoirs qui dirigerait les afiaires des deux négociants. Cette belle et généreuse conduite d u président indisposa tout le hong contre les deux malheureux négociants, et voulant les perdre, ils feignirent cependant d'approuver tes vues du président et choisirent même le fondé de pouvoirs, qui commença à s'occuper de sa commission , mais malheureusement, sans avoir été prévenu qu'il fallait à cet effet une permission du hoppo. Bientôt ce manque de forme étant parvenu à la connaissance de l'autorité, le chargé de pouvoirs et les deux négociants furent arrêtés, et l'argent avancé par la factorerie confisqué. Vainement le président employa tous ses efforts à faire entendre aux autorités que si la permission n'avait pas été demandée, c'était uniquement par ignorance de la loi ; il ne put rien obtenir, et un ordre de Pékin exila bientôt les trois coupables à Ily, sur la frontière russe. L'un de ces deux derniers mourut bientôt de chagrin, l'autre partit pour le lieu de l'exil, et quant au fondé de pouvoirs, après avoir été traîné de prisons en prisons, on n'accorda son élargissement que moyennant 7,000 piastres (37,800 fr.), que ses amis lui avancèrent.

Page 1