Ibid., 1899, XIE, p
J'ai dit, page 12, que Cruveilhier, le premier, avait rejeté cette théorie de l'hydrorachis primitif et attribué comme origine au spina bifida un arrêt de développement remontant aux premiers temps du développement embryonnaire.
En revanche, Virchow distingue : 1° une hydroméningocèle simple, ou hydrorachis externe; »° une hydroméningocèle se compliquant de myélocèle, dans laquelle la moelle pénètre dans le kyste, s’insère à sa paroi externe et y détermine une sorte de fossette infundibuliforme, au fond de laquelle le” canal médullaire peut même s'ouvrir par un fin canalicule; 3° enfin une hydromyélocèle, ou hydrorachis interne kystique. Quant aux formes où on trouve la pie-mère et l’arachnoïde à nu, elles ne peuvent être dues qu'à la rupture d'un hydromyélosac :. En somme, Virchow adhère à la théorie de l’hydrorachis, et ses idées sont beaucoup moins avancées que celles de Cruveilhier. Il convient d’ajouter que peu de temps après la publication du Traité des Tumeurs, dans un mémoire, Virchow concluait, à propos de la part que la moelle peut prendre à la constitution du spina bifida, par les lignes suivantes 2 : « Quelques-uns des rapports entre l’hydromyélie et le spina bifida sont connus, mais d’une manière bien insuffisante au double point de vue de la théorie et de la clinique. La plus grande partie de ces rapports est encore totalement inconnue. Je tiens d'autant plus à insister sur ce point que la genèse du spina bifida est encore très obscure et qu'elle ne pourra être éclaircie que par des recherches ultérieures et l’utilisation de nouveaux cas. » Mais les premiers travaux de ceux qui répondirent à l'appel de Virchow, Ahlfeld, Fürster, etc., ne firent que confirmer la théorie alors en faveur, de l’hydrorachis primitif.
Comme nous l’avons vu dans l'historique général, c’est Dareste qui, le premier, revint aux idées précédemment émises par Cruveilhier, mais en leur donnant une extension, une amplitude surprenantes. Le chapitre consacré par Dareste au spina
1. Vincnow. — Die krankhaften Geschwülste, À. 1, p. 178. >, VircHow. — Die Betheiligung d. Rückenmarks an der S. B. (Arch, f. pathol, Anat., 1863, XX VII, p. 575).
bifida est des plus remarquables 1. (« On a, dit-il, expliqué cette anomalie par une hydropisie de l’axe cérébro-spinal, ou de ses annexes, dont la distension aurait violemment écarté ou partiellement détruit les moitiés, primitivement continues, de l'arc vertébral, et même, dans certains cas, aurait déchiré les parois du tube nerveux. La fissure spinale serait donc toujours d'origine pathologique.
» Mes recherches me conduisent à une opinion toute différente. La fissure spinale résulte d’un arrêt de développement complètement étranger à la pathologie. L’hydropisie, quand elle existe, n’est qu’un fait consécutif. » Dareste résume ensuite le développement de l’axe nerveux cérébro-spinal, la transformation de la souttière médullaire en tube fermé, qui conserve pendant quelque temps sa continuité avec l’ectoderme, mais finit par s’en séparer. Puis, il continue : « Les lames dorsales restent isolées tant que la lame médullaire est continue avec l'ectoderme. Et il ne peut en être autrement, puisque les deux replis de l’ectoderme forment une barrière que les prolongements des lames dorsales ne peuvent franchir. Lorsque cette continuité a disparu, les lames dorsales émettent des prolongements supérieurs, qui, pénétrant dans l’espace devenu libre entre le tube nerveux et l’ectoderme, s'unissent l’un à l’autre sur la ligne médiane, et forment la couche blastématique désignée par Rathke sous le nom de membrana reuniens superior (membrane unissante supérieure).
» Gette couche blastématique est elle-même le point de départ de trois couches différentes, le derme, l'arc vertébral, les méninges, couches qui apparaissent d'emblée avec leurs caractères définitifs. L'arrêt de développement frappe les lames dorsales pendant leur état blastématique, et avant qu'elles puissent se réunir par leurs prolongements supérieurs sur la ligne médiane. Les parties définitives qui résultent de cette transformation et,-par conséquent, les deux moitiés de l’arc vertébral se constituent alors isolément. Or, cet arrêt de développement des
1. DARESTE. — Recherches sur la production artificielle des monstruosités, Paris, 1"° édit., 1877, 2° édit., revue et aug., 1897, p. 323.
lames dorsales est lui-même le résultat de l'arrêt de développement de la lame médullaire et de la permanence de sa continuité avec l’ectoderme. C’est ainsi que je me représente depuis longtemps le mode de formation de la fissure spinale. Mais cette conception, purement théorique, devait être confirmée par les faits. Je l'avais mentionnée dans la première édition de ce livre, publiée en 1877. » Dareste cite alors le cas de Tourneux et Martin, dont nous allons reparler, et développe ses idées sur l’évolution formative des différentes variétés du spina bifida.
Lorsqu'en 1879, Ranke : appela l'attention sur l’adhérence que l’extrémité inférieure de la moelle conservait, dans un certain nombre de cas, avec les téguments extérieurs, et prenant cette observation pour point de départ, arriva à cette conclusion que le spina bifida était dû au défaut de séparation entre le feuillet ectodermique et le tube médullaire (das Ausbleiben der Abtrennung des Hornblattes von dem Medullarohr), il établit un point d’une importance, certes, capitale. Mais il ne faut pas oublier que bien avant Ranke, Cruveilhier et, plus récemment, Dareste avaient montré toute l'importance de ce fait.
Je signale seulement le mémoire d'Hofmokl?, où l’auteur, admettant la rupture de l'hydromyélosac, veut que l’extrémité médullaire, au moment de la rupture, se trouve projetée entre les lèvres de la déchirure et contracte avec elles des adhérences, et la communication de Lannelongue 3, qui divise les spina bifida en trois groupes : « Dans un premier groupe, le spina bifida a pour enveloppe la peau, et ce tégument est intact. Dans une seconde catégorie de faits, la tumeur n’est recouverte par la peau qu'à sa périphérie, tandis que dans toute la portion centrale une membrane mince transparente limite la tumeur, en se continuant d’ailleurs directement avec la peau à la périphérie. Un troisième groupe, enfin, présente de nouveaux caractères ; dans les parties plus ou moins centrales, on trouve une mem-
1. RANRE. — Jahrbuch d. Kinderheilk., 1879, XII, p. 116. 2. HormokL. — Wien. med. Jahrbuch, 1878, p. 443. 3. LANNELONGUE. — Bull. et Mém. de la Soc. de Chir., 1884, 5 mars, p. 218.
brane mince et transparente, et tantôt une membrane plus épaisse, inégale, et des îlots de peau, séparés, sont plus ou moins perdus au milieu de ce tissu de nouvel aspect. Or, s’il est plausible d'admettre que le spina bifida des deux premiers groupes a pour origine une hydropisie partielle du canal médullaire à une période primitive, qui a empêché la formation des arcs vertébraux postérieurs, il n’en est plus de même pour la troisième catégorie de faits. Il faut en chercher l’origine à une période primitive de la vie embryonnaire. On peut supposer qu'à cette époque, il y a eu à ce niveau un arrêt partiel dans le développement de l’amnios. Un pliamniotique est resté adhérent, et cette interprétation est d'autant plus acceptable que dans la région lombo-sacrée où le spina bifida se montre avec une beaucoup plus grande fréquence que partout ailleurs, l'extrémité caudale de l'embryon présente une inflexion saillante en arrière favorable à cette adhérence... La soudure de l’amnios au tégument en modifie le développement et exerce une compression qui empêche la formation de l'arc vertébral postérieur. On peut expliquer de la sorte le trouble de nutrition du tégument externe en vertu duquel la texture de la peau est non seulement modifiée, mais même arrêtée dans son développement. » Ce sont là des processus dérivant de l’hydromyélie primitive, et je n’y serais pas revenu ici si je n'avais tenu, avant d'aller plus loin, à écarter définitivement, en même temps que les théories relatives à l’hydropisie, celle des adhérences amniotiques. Recklinghausen reconnaît que dans quelques observations, très rares il est vrai, comme celle de Jensen:, la. tumeur du spina bifida paraissait avoir été tirée hors de la gouttière vertébrale par une adhérence du capuchon caudal de l’amnios, mais, dans son observation personnelle n° XXXIE (p. 434), il y avait une adhérence amniotique, il y avait bien une fissure vertébrale, mais il ne s’était fait aucune tumeur au niveau de la fissure, et ni la moelle ni les méninges n’avaient été tirées, d Nous avons cité ce fait (p. 451). Et il conclut qu'aucune
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