‹ Spina bifidaChapitre 33 sur 144 · PAT QU · texte numérisé non relu

PAT QU

concerne l’état de l’épithélium du canal central à ce point de passage, voici ce que j'ai pu constater sur quelques coupes particulièrement heureuses. Le revêtement épithélial régulier s’arrête soudain, et des deux rangées épithéliales opposées, on voit l’une cesser, tandis que l’autre s’étale sur la portion de la moelle qui va en s’élargissant.

Il faut noter que c'est la rangée dorsale, celle qui est en connexion avec la peau, qui se continue, de telle sorte que, selon toute apparence, l'épithélium forme une gouttière ouverte en avant, vers la paroi ventrale. (Les coupes transversales qui auraient pu témoigner de cette disposition n'ont pas pu être faites après coup.) Aussi loin que-va ce prolongement unilatéral de l’épithélium, on voit se continuer la lumière du canal central sous la forme d’une mince fente. Plus loin, sur le prolongement du canal central, on trouve encore sous forme de lignes, soit droites, soit courbes, en forme de fer à cheval, des trainées épithéliales qui ne paraissent présenter aucune communication ni avec le Canal central ni les unes avec les autres. Elles tapissent des fentes interrompues, que l’on trouve surtout dans la partie dorsale de la substance médullaire, celle que le tissu conjonctif a le plus envahi, de sorte que c’est au-dessous de cet épithélium que s’épanouit la majeure partie de la masse médullaire.

J'ai, en outre, recherché comment la peau qui recouvrait la substance médullaire s’unissait à la paroi du sac. Comme je l’ai dit plus haut, on pouvait à l’œil nu reconnaitre que la dure-mère cessait au point où la moelle s’infléchissait en arrière, à angle obtus, pour aller s'attacher à la paroi postérieure du sac. Au microscope, on voyait très bien que les faisceaux de la dure-mère, au sommet de cet angle, se continuaient avec ceux de la pie-mère et de l’arachnoïde; mais, comme leur disposition caractéristique n'existait plus, on peut dire que la dure-mère cessait à ce niveau et ne prenait aucune part à la formation des parois du sac.

En résumé, une collection liquide a pu se faire sous la paroi ven-

trale du segment inférieur de la moelle, soulever celui-ci, l’éloigner

de la surface postérieure des corps vertébraux; ce segment s’est étalé sur la paroi convexe du sac et a donné naissance à des racines

- nerveuses, qui tantôt traversent la cavité du sac et tantôt rampent le

long de la paroi à laquelle elles adhèrent, pour gagner les trous sacrés. La pie-mère et l’arachnoïde recouvrent la moelle et les nerfs, et forment ainsi la surface interne de la moitié postérieure des parois du

sac, tandis que la paroi antérieure du sac est tapissée par la dure-

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mère... Et Neumann conclut que son cas, comme celui de Tourneux et Martin, «est bien une myéloméningocèle due à la non-fermeture de la Plaque médullaire embryonnaire, et par-dessus l'area, que cela ne modifie en rien, la peau s’est refermée normalement jusqu’à la ligne

médiane.» Et il ne prévoit qu’une seule objection : « Pourquoi l’épithélium forme-t-il des traînées plus ou moins étendues, mais qui, pour la plupart, sont incluses dans l’épaisseur même de la substance nerveuse ? Cette circonstance ne serait-elle pas de nature, ajoute-t-il, à jeter un doute sur notre interprétation? » Voici en quels termes Neumann se tire de cette difficulté, dont il a bien senti toute l’importance: «Au temps où le mésoderme s’est étendu par-dessus l’area, cette dernière, très vraisemblablement, devait être recouverte par une couche continue d’épithélium. Cet épithélium, comme cela se passe dans bien d’autres cas analogues, a dû s’opposer à l’union de la substance médullaire avec le revêtement connectif. Il y a donc eu au début, entre le derme et la substance médullaire, un espace fissuraire aplati dans lequel le canal central venait déboucher et sur la paroi inférieure duquel l’épithélium se continuait. Plus tard, l’épithélium a pu tomber par places, et l’adhérence s’est faite en ces points dépourvus d’épithélium. L’espace fissuraire s’est donc réduit de plus en plus, à mesure que les soudures dues à la chute de l’épithélium se multipliaient, et n’a plus consisté qu’en fentes ayant persisté aux points où l’épithélium n'était pas tombé et ne communiquant pas les unes avec les autres. Et dans le fait, nous avons trouvé l’épithélium persistant seulement dans de petites fentes.

«Nous aurions dû nous attendre, d’après la description que nous venons de faire, à ce que cet épithélium siégeàt exclusivement sur le bord profond de ces fentes, et que le bord supérieur füt toujours formé de tissu conjonctif. Or, il n’en était rien dans notre cas, et nous avons vu que l’épithélium, souvent, était enfermé dans l’épaisseur de la substance médullaire. Il nous faut donc chercher une autre explication, et je crois qu’on la peut trouver dans l’état embryonnaire de cet épithélium. On ne peut mettre en doute, dans les processus pathologiques sa tendance à proliférer, et son énergie vitale se manifestant

dans la direction que lui prescrira le processus physiologique de son

développement. C’est ainsi que cet épithélium, provenant soit de la surface de l’area, soit de l’orifice d'ouverture du canal central, pourra proliférer et s'étendre sur le toit de l’espace fissuraire, et là, finalement, procéder à la constitution de véritable substance médullaire, ce qui n’a rien d’extraordinaire, puisque, après tout, l’épithélium en question est la véritable matrice normale de ce tissu médullaire... Je laisse aux chercheurs qui me suivront le soin de démontrer que le processus que je viens d'étudier est bien le processus véritable donnant lieu à l’établissement des myéloméningocèles sous-cutanées. »

Je crains que les chercheurs en question n’aient bien de la peine à

établir la réalité de ce processus. À mon avis, la myélocèle sous-cutanée du professeur Neumann n’est pas autre chose qu’une myélocystomé-

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