‹ Spinoza (volume 5)Chapitre 5 sur 68 · I»1EU · texte numérisé non relu

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fragment de dialogue qui est sans doute le pins ancien des écrits qu'il nous a laissés, Spinoza montre que l'effort de l'esprit pour comprendre Dieu doit consistera unir dans un même acte de pensée les deux concepts d'unité et de totalité (II, 275). Dans la dernière lettre qui reste de lui, il dit que la conception intégrale de Dieu se tire de cette définition qu'il est l'être à l'essence de qui appartient l'existence (II, 258 ; cf. II, 135, 142). C'est que cette unité totale, qui est Dieu, n'est autre chose que la substance, dans toute la plénitude de sa réalité. Aussi Dieu est éternel : « L'éternité est l'essence môme de Dieu, en tant qu'elle enveloppe l'existence nécessaire » (I, 269; cf. II, 413). Dieu est infiniment infini (I, 139) ; les attributs qui expriment son éternelle essence expriment également son éternelle existence I, 57). Il est donc vrai que Dieu existe nécessairement, a priori d'abord parce que son existence ne fait qu'un avec son essence, a posteriori ensuite, parce qu'aucune détermination de l'être ne peut être posée comme existante

sans impliquer la forme intelligible de l'existence pure, l'éternité et l'infinité; si quelque être existe, l'Être existe. Ces deux preuves, toutefois, n'ont pas une égale valeur: la première est adéquate au concept de Dieu, parce qu'elle est toute positive et que Dieu est l'être qui exclut toute négation : l'essence, en vertu de son efficacité interne, pose l'existence; et, comme cette essence est l'essence totale en dehors de laquelle rien ne peut se concevoir, il est impossible qu'aucun obstacle à l'être survienne jamais du dehors (I, 41). La seconde preuve, au contraire, par

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d'une existence quelconque, admise par l'esprit sans déduction préalable, et s'élève par voie de comparaison jusqu'à L'existence de Dieu : si ce qui est conçu comme fini et comme imparfait, c'est-à-dire ce qui a le moins de force pour être, existe en réalité, comment admettre que l'infini et le parfait puissent ne pas exister ? (1, 47 ; cf. II, 265) mais cette démonstration demeure con ditionnelle et par suite inadéquate, puisqu'il est impossible d'atteindre complètement l'Être absolu à l'aide d'un concept relatif. Dieu est donc tour à tour considéré par rapport aux créatures, ou en lui-même absolument; or, suivant le point de vue où il est envisagé, les propriétés qu'il est légitime de lui attribuer ne sont plus les mêmes. C'est ainsi que, relativement aux variations des êtres qui sont dans le temps. Dieu est dit immuable (I, 57 ; cf. II, 483) ; relativement à la multiplicité des êtres qui sont dans l'espace, Dieu est dit unique (1.49). Mais ce sont là des formules provisoires qui, entendues à la rigueur, seraient tout à fait impropres. En effet, pour déterminer Dieu comme immuable, il faudrait distinguer en lui différents moments; pour le déterminer comme unique, il faudrait le comparer à d'autres êtres el conclure qu'il forme une classe à part (cf. II, 473). La catégorie du changement et la catégorie du nombre sont dues à L'imagination, qui s'attache tour à tour aui différents aspects que revêt une môme essence, aux différentes parties de l'univers où elle se réalise ; là où l'existence se confond avec l'essence, en Dieu, elles n'ont plus d<- s. mis II. 185).

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De même, la causalité divine est essentiellement causalité de soi. Dieu seul existe en raison de sa propre suffi, sance (II, 142) ; sa puissance n'est autre chose que son essence (1,68); c'est l'essence passée à l'acte, car il est aussi impossible de concevoir un Dieu qui n'agirait pas qu'un Dieu qui n'existerait pas (I, 79). En même temps aussi, comme toute chose réside en lui et existe par lui, Dieu est cause de toutes choses (Ij 60), cause absolument première (I, 54), cause efficiente (1, 53) et cause immanente (I, 56). Mais, de ce point de vue, la causalité prend un caractère nouveau : en effet, elle cesse de se ramener au rapport d'homogénéité, qui lie la substance à elle-même, ou un mode à un autre mode ; il ne s'agit plus du passage éternel de l'essence à l'existence, ni de la détermination d'existences successives au sein d'une même essence. De Dieu, qui est la cause, aux affections particulières, qui sont les effets, ce n'est pas seulement l'ordre de l'existence qui diffère, c'est la nature de l'essence (I, 56 ; cf. II, 218). 11 n'y a donc rien de commun entre Dieu et les créatures : à cause de cette différence absolue, Dieu est cause absolue. Il n'est pas seulement la cause originelle par laquelle elles ont commencé à exister, il est la cause continue qui les produit à chaque moment de la durée, il est la cause des essences enfin aussi bien que des existences (1,60). Tout dépend donc de la puissance de Dieu (I, 68); tout ce qu'il y a d'activité dans la nature est Dieu. Dieu se distingue de la nature, en tant que Ton considère la nature comme un effet, en tant que Tony voit l'enchaînement

sans fin des modes qui reçoivent du dehors leur être et leur loi, régis par l'inflexible nécessité qui pèse sur eux comme une contrainte, qui les appelle à l'existence et détermine leurs modifications (cf. II, 239). Mais en tant que la nature est non plus effet, mais cause d'elle-même, non pas « nature naturée », mais « nature naturante » (I, 63 ; cf. II, 295), alors elle se développe par cette infinité d'attributs étemels qui se conçoivent par eux-mêmes dans leur fond substantiel ; alors elle est Dieu : Drus seu natura (1, 188). Dieu, c'est la nature en tant que la nature agit, ou, plus exactement, en tant qu'il agit en elle, il est l'action universelle, l'efficacité souveraine : rien n'agit qui ne tienne de lui la raison et la fécondité de son activité. Parce que toute chose est à quelque degré l'expression de la puissance divine, toute chose participera à cette activité (I, 284; et c'est précisément dans lajnesure où elle contiendra Dieu, que d'elle résultera quelque effet dans la nature (I, 09).

Cette unité de Dieu et du monde, sans laquelle ni Dieu ne peut être conçu comme auteur du monde, ni le monde comme l'œuvre de Dieu, suppose qu'une même nécessité lait découler de l'essence do Dieu l'existence de Dieu, ot de l'existence de Dieu l'infinité des attributs et l'infinité des modes. Dieu existe nécessairement en raison de son essence : le monde existe nécessairement en raison de sa cause. Donc, suivant qu'on l'applique ou à Dieu ou à ses affections, la nécessité présente un double caractère : par rapport à l'être qui existe par la seule nécessité de sa

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