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CHAPITRE VI

Influence de Spinoza.

Il eût été intéressant Ide montrer l'influence de Spinoza sur la pensée théologique, de citer des noms, des doctrines de théologiens pénétrées de celles de notre philosophe, mais le champ restreint de cette thèse ne permet pas de se livrer à une étude aussi détaillée. 11 suffira de jeter un rapide coup d'oeil sur l'influence de Spinoza.

En lisant les œuvres du maître, presque à chaque page je me disais: Les idées sont d'un théologien et capables de rendre plus claires et plus précises celles de beaucoup de théologiens. Je ne me trompais pas. Spinoza a eu une influence théologique et même religieuse. De son vivant, il a fait école et son école s'est transformée en une secte religieuse secrète.

Réunis autour de lui, de nombreux disciples, des jeunes, buvaient les paroles du maître, recueillaient ses enseignements et réclamaient de lui plus que la science, le bonheur, la béatitude, la paix de l'âme. Spinoza a été un guide spirituel des âmes.

Ces disciples avaient des réunions qui ressemblaient à nos réunions de prières ; on y lisait la doctrine du maître, on la commentait et jon élevait son âme à Dieu.

Influence

de Spinoza

sur ses

contemporains

^.^ Si^^jX ^-M

Simon de Vries, un des disciples de Spinoza, nous livre le secret de ces réunions dans une lettre quMl écrivit au grand philosophe expuisé d'Amsterdam par ses coreligionnaires juifs: « Voici sur quel pied est instituée la conférence; Pun de nous, chacun à son tour se met à lire ton traité et commente selon sa pensée et dans leur ordre, toute la suite de tes propositions. . . Nous avons décidé de prendre note des passages que nous ne comprenons pas et de t'en écrire afin d'éclaircir nos doutes, afin qu'avec toii secours, nous puissions défendre la vérité contre les superstitieux et les chrétiens. » Cette secte était fermée et Ton ne pouvait y entrer qu'après de longue années d'études et d'épreuves. Spinoza était soupçonneux et ne se confiait pas facilement au premier venu. Les malheurs de sa vie avaient été pour lui une dure leçon; il en avait profité et ne livrait le secret de ses écrits qu'à ceux dont il était moralement siir. Du reste, il n'était pas sans danger pour lui de dévoiler indistinctement sa doctrine ; il se méfia toujours de Leibniz, et il est à peu près certain que jamais Leibniz, Spinoza vivant ne connut exactement sa pensée philosophique.

Tschirnaus, disciple de Spinoza, rencontra Leibniz à Paris, et après quelques entretiens, dans lesquels il constata que le philosophe de Leipzig « était libre dus préjugés vulgaires de la théologie et versé dans toutes les sciences », il fit demander à Spinoza la permission de lui livrer le secret de sa doctrine. Spinoza répondit: « Je désirerais d'abord savoir ce que fait ce Leibniz en France. . . je crois le connaître, mais étant conseiller à Francfort^ que fait-il à Paris... Je juge imprudent de lui confier sitôt me-^ écrits. >

En revenant de France, Leibniz passa par la Hollande pour voir Spinoza; il le vit, mais n'apprit rien sur sa philosophie. Dans sa Théodicée, Leibniz l'avoue: « J'ai appris

léf-

Influence

de Spinoza

sur le

de lui (de Spinoza) quelques bonnes anecdotes sur les affaires de ce temps-ci. » On dit qu'il n'en fut pas de même de Spinoza, et qu'il apprit beaucoup de choses du verbeux Leibniz, qui, paraît-il, lui aurait fait comprendre la philosophie de Descartes et saisir les eneurs de la pensée du philosophe français. Comme c'est Leibniz qui parle, il est permis de douter un peu de son affirmation et de croire Spinoza capable de comprendre Djscartes.

Après la querelle entre î'Arminanisme pélagien et le Gomarisme prédestinatien et supralapsaire, lorsque le Synode de Dordrecht, en 1618, eut étouffé l'arminanisme et XVIP siècle que sur ses ruines Coccéius eut édifié une doctrine similaire, le spinozisme fit son apparition dans la chaire chrétienne.

Friedrich van Leenhof, né à Middelbourg en 1647, et pasteur réformé à ZvvoUe en 1681, fut le premier théologien spinoziste. Pour Leenhof, la sagesse est la connaissance de Tabsolue nécessité et la résignation au déterminé. Le péché ne doit pas être entendu dans le sens ordinaire de ce mot, le repentir est une faute et Fimperfection naît de la tristesse. Le sage ne redoute pas la mort, parce qu^il meurt avec la certitude de vivre toujours et avec une connaissance adéquate qui le rend joyeux.

Les Arminiens et les Gomarist:s le condamnèrent en 1708. Leenhof continua cependant à prêcher sa doctrine et mourut en 1712.

Pontian van Hattem, de 1461 à 1703 fut le fondateur d'une branche très importante du Spinozisme théoîogiqje. 11 avait étudié à l'académie protestante française de Saumur, et à son retour il (ut pasteur à Philips'aîid en Zceland. Sa doctrine fut condamnée comme «paradoxale, hérétique athce, libertine et sacrilège ». Sa doctrine est identique à celle de Leenhof; il va cependant plus loin, et le seul péché, à son avis, est de croire au péclié. La vraie vertu est de se

savoir sans péché, car le seul péché possible, c'est Terreur, l'idée inadéquate sur Dieu et sur Thomme.

A la mort d*Hattem, Dina Jans, sa servante, travailla avec ardeur à la propagation de la doctrine de son maître. Un certain nombre de pasteurs versèrent dans THattemisme. M. van der Linde, un admirateur de Spinoza affirme qu'encore aujourd'hui il existe en Hollande des cercks obscurs et isolés où le spinozisme mystique est la seule consolation de Pâme.

Attaqués de tous côtés, les Spinozistes durent sj cacher. Tout ce qui de près ou de loin avait quelque affinité avec la philosophie de Spinoza fut implacablement poursuivi par TEglise catholique. Massillon, dans son sermon « Des doutes sur la religion», du haut de la chaire anathémathisa Spinoza, et Malbranche dont la doctrine est presque sœur de celle de Spinoza, priait Jésus « de ne Tabandonner jamais », tant il avait peur de glisser sur ia pente du Spinozisme. Fénelon et Bossuet ne furent pas plus doux pour « Tathée Spinoza ». Tout le XVIInie siècle eut en horreur « le petit juif ».

Influence de Le XVIIIme siècle, pourtant un siècle de rationnalisme

XvnT* et k^ ^* d'athéisme, ne connut pas mieux Spinoza que le XVIImc. XIX* siècle. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire les vers de Voltaire sur Spinoza.

Schleiermacher fut un des premiers qui réhabilita Spinoza, qui le défendit et le remit en honneur: « Sacrifiez avec moi, s'écriait-il, une boucle de cheveux aux mânes du saint

et inconnu Spinoza! » Il fut suivi par Goethe et Her-

der. En France, au XlXme siècle, Victor Cousin fut le grand défenseur du Spinozisme et publia « Les rapports du cartésianisme et du spinozislmei ». Un disciple de Cousin, Th. Jouffroy, donna à la Sorbonne un cours sur la métaphysique de VEihiquc. Depuis, en France, en Allemagne surtout, l'influence de Spinoza s'est fait sentir autant en théologie qu'en philosophie.

Ce trop court exposé de Tinfluence de Spinoza suffit à prouver que le grand philosophe fut aussi un grand théologien. Ses conceptions ont pu ne pas concorder avec la tradition ecclésiastique, mais la critique modernle a confirmé la plupart des conclusions auxquelles il était arrivé par la seule raison.

Spinoza est le précurseur du rationnalisme et du libéralisme religieux.

La

Substance- Dieu.

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