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CHAPITRE XI

Savants et spirites*

Après les aveux si concluants de Home, après Téchec retentissant d'Eusapia Paladino à Cambridge, le spiritisme n'a pas lieu d'être fier. Les médiums auxquels il avait lié sa fortune défaillent et se dérobent. Il nous semble que, dans de telles conditions, l'incrédulité des sceptiques est justifiée et que la confiance des plus fidèles doit être ébranlée.

Ces derniers, il est vrai, se retranchent derrière leur expérience personnelle et le témoignage conforme de nombreux observateurs.

Est-ce suffisant pour asseoir la moindre conviction? Tous ces observateurs ou prétendus tels sont prévenus en faveur du spiritisme et prêts à subir l'initiation, s'ils ne sont pas déjà spirites convaincus et aveugles. Quelle valeur

gardent leurs affirmations ? Et si Ton veut les contrôler, comment s'y prendre, quand les séances spîriles n'ont lieu qu'à huis clos, dans l'obscurité et le mystère, entre fidèles et, pour mieux dire, en famille.

Mais, dit-on, les spirites ne sont pas seuls à déposer en faveur de la réalité des merveilles médiumniques, il y a aussi des savants, et des savants dont la valeur est considérable, dont la notoriété s'impose. On ergote devant les profanes, on se tait devant la Science. Quand elle a parlé, la cause est entendue. Or, ici, la Science s'est prononcée par la bouche des maîtres. Oseriez-vous vous insurger contre son verdict?

L'argument a l'apparence de la force ; et, circonstance curieuse, il est employé de différents côtés. Naturellement les spirites désireux d'être pris au sérieux s'en servent à satiété : c'est leur refrain. Il est répété par des auteurs catholiques qui voient dans les faits spirites les esprits mauvais et veulent y établir une démonstration de la foi chrétienne. La concor-

dance des uns et des autres est frappante.

On lit dans une revue spirite : « Aujourd'hui un certain nombre de faits, non encore admis par la science ofticielle, ont attiré Tattention de beaucoup d'esprits, même de grands savants^ tels que WiUiain Crookes, li. Wallace, Aksakoff\ Albert de RochaSy Flammarion et Charles Bichet (1). »

Tel catholique que nous pourrions nommer remarque que le spiritisme n'a pas été seulement étudié par des fanatiques, mais par des maîtreSy tels que William Crookes, Lombroso, Gibier, Biche t, Rochas , Aksakoff. Ces savants ont conduit leurs investigations avec un désintéressement parfait, en usant de tous les procédés de la science.

Comment ne pas se rendre devant un si parfait accord?

Les « savants » qu'on nous oppose sont-ils aussi garantis qu'on le prétend de part et

(1) Le Mouvement psychique y novembre 1900, p. 8.

d'autre? La plupart sont d'abord et avant tout spiriles : ils mettent la science au service de leurs idées et sont absolument sujets à caution. Tels sont, nous n'hésitons pas à le dire, W. Crookes, Wallace, Gibier, Aksakoff et M. de Rochas même.

W. Crookes a un brillant passé scientifique, c'est un physicien de valeur. Mais qu'est-il aujourd'hui? Un spirite ardent dont on exploite le nom respecté au bénéfice de la secte. Les expériences qu'il a faites avec les médiums et notamment avec Home n'ont pas un caractère scientifique : qui voudrait les comparer à celles dont la science a tiré gloire et profit?

Parlerons-nous du D' Gibier et de ses élucubrations spirites, du D' Aksakoff dont les mérites nous échappent et qui n'est en réalité qu'un rêveur, de M. de Rochas qui n'est pas spirite de profession, mais qui a si utilement servi la secte par ses théories extravagantes et non vérifiées?

On remarque que ces savants se défendent

tous, à qui mieux mieux, d'être spirites. — Nous n'en doutons pas, le spiritisme étant suspect et en somme très mal porté. Mais ces dénégations sont-elles sincères et surtout sontelles justifiées? On ne se vante pas de servir une mauvaise cause. Mais ceux-là sont spirites, qui pensent plus à propager la théorie qu'à la confirmer et qui servent la secte en ne forçant pas l'entrée du temple pour y établir un contrôle sûr et expérimental.

Les savants qui s'associent aux spirites acceptent leurs procédés, participent à leur exclusivisme, à leur culte du mystère, et ne sauraient nous inspirer qu'une défiance profonde.

Lombroso, le fameux criminaliste d'Italie, qu'on invoque en leur faveur, n'est pas aussi affirmatif qu'on l'a dit; mais le fût-il, nous demandons ce que vaut le témoignage de ce juif franc-maçon qui est aujourd'hui disqualifié et ne compte plus.

M. le professeur Charles Richet, quoique matérialiste, offre plus de garanties ; mais il est

utile de noter qu'il n'avance dans l'étude des faits spirites qu'avec une relative prudence et qu'il n'a jamais porté un jugement d'ensemble sur ces faits. Une telle réserve est digne de la science ; elle est à recommander.

Mais les autorités du spiritisme se gardent de l'observer. Les Crookes, les Aksakoff, les Gibier acceptent de confiance toutes les merveilles des médiums et prétendent les imposer à la science : c'est excessif, et personne ne se rendra. En dehors de ces initiés, répétons-le, le spiritisme ne saurait se réclamer d'aucun savant digne de ce nom. La science ne s'est pas prononcée en sa faveur, comme on ose le dire, elle lui est directement contraire, car elle n'a jamais pu y appliquer ses méthodes claires et rigoureuses sans révéler le néant ou la futilité des faits annoncés ou sans découvrir des fraudes trop fréquentes. 11 faut décidément choisir entre le spiritisme qui s'appuie sur l'ignorance et la supercherie et la science qui vit de faits, de raison et de lumière.

Il y a longtemps que cette lumière serait faite si les spiriles ouvraient toutes grandes les portes du temple, s'ils conviaient les vrais savants à leurs réunions, s'ils ne s'obstinaient pas à fuir le grand jour et à agir dans des cénacles choisis et fermés. S'ils persistent dans leur exclusivisme, c'est qu'ils y trouvent leur compte, la condition de leur succès. Les profanes sont rigoureusement écartés de leurs séances, et c'est merveille quand on arrive à y pénétrer et à voir clair. Ceux qui ont eu cette bonne chance et ont prétendu faire une étude sérieuse et impartiale n'ont pas tardé à sortir des réunions spirites instruits, écœurés et désillusionnés.

C'est le cas, nous l'avons vu, de MM. Hodgson et Lodge à Cambridge ; c'est celui de Schiaparelli en Italie ; c'est enfin en France le cas de M. Flammarion qui a été très commenté et mérite une mention spéciale.

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