CHAPITRE XV
La doctrine spirîte*
Oq ne peut contester, chez les médiums, Texistence d'une force psychique ou plutôt vitale, anormalement développée, quî participe à tous leurs tours et contribue à les rendre merveilleux, inexplicables. Sans doute, sa nature n'est pas encore élucidée, mais elle le sera certainement tôt ou tard, car la science a fait, de nos jours, de grands progrès et est sur la voie de la découverte.
A côté de cette force naturelle, il faut noter dans les opérations spiriles l'emploi discret et constant de trucs ingénieux qui lui viennent en aide et créent, grandissent ou complètent l'illusion . Qu'on méconnaisse le rôle de la fraude ou celui de la nature, on demeure également incapable de se rendre compte du jeu des médiums,
à moins qu'on ne fasse appel au surnaturel, c'est-à-dire dans la circonstance à un Deus ex machina.
Le départ entre ce qui est truqué et ce qui ne Test pas est loin d'être clair, il est des plus délicats, des plus difficiles : il sera fait un jour par la science. En attendant ce jour heureux, il demeure établi par tout ce qui précède que le spiritisme est suspect et légitime toutes les défiances, ne s'édifiant que sur des expériences douteuses, indignes de la science. Il n'y aurait donc pas lieu d'insister s'il n'était en même temps et avant tout une doctrine matérialiste, antichrétienne, et si notre premier devoir de catholiques et de philosophes n'était pas de lui barrer la roule et de le combattre de toutes nos forces.
Il y a toujours à distinguer dans le spiritisme les faits et la doctrine, et c'est pour n'avoir pas fait cette séparation nécessaire que la confusion règne dans tant d'esprits. Autant les faits sont suspects, illusoires et faux, autant la doctrine
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est positive, malsaine et digne de réprobation. On peut dédaigner les prestiges spirites qui sont trompeurs et dans leur généralité n'ont pas de valeur ; il n'est pas permis de se désintéresser de la doctrine qui ne vise à rien moins qu'à renverser le christianisme et à gouverner le monde.
Le spiritisme est, à bien dire, une religion, la religion des esprits. Il a séduit, depuis cinquante ans, un grand nombre de personnes simples, crédules, croyantes, et poursuit lentement, obstinément, son prosélytisme dans les masses égarées. Il a été justement condamné parFÉglise, car il n'a qu'un but, se substituer à elle pour dominer et conduire les âmes. Son action est d'autant plus sûre, d'autant plus dangereuse qu'elle s'exerce sournoisement, hypocritement, en faussant toutes les idées, en détournant les mots mêmes de leur acception naturelle et commune.
Toute sa force est là.
Et c'est pourquoi le devoir pressant est de
iDODirer à tous que le spirilisme est une doctrine à double face, c'est-à-dire fausse et trompeuse.
Que de braves gens se persuadent encore que tout se borne à la coaimunicalion avec l'autre monde! A leurs yeux, le spiritisme caractérise la croyance aux esprits et consiste dans les relations des vivants avec les âmes des défunts.
Ces relations, il est vrai, ne sont possibles que par le ministère des médiums; mais il est si facile d'en user! L'évocation des morts se fait à volonté, et les interrogations curieuses peuvent porter sur le passé, sur le présent et sur l'avenir, sans lasser la patience et sans déconcerter la science des prêtres attitrés du nouveau culte.
En fait, le spiritisme, qui se donne pour une religion, est une philosophie et une science dont les prétentions n'ont pas de limite. Sa doctrine n'a pas les timidités et les ignorances de toutes celles qui l'ont précédée : elle connaît tout, ce monde et l'autre, les lois de la vie et de