CHAPITRE VIII
FLUIDE MAGNÉTIQ.UE.
Qu'est-ce que le fluide magnétique?
On entend généralement sous ce nom un fluide subtil, impalpable, analogue à celui du magnétisme minéral, mais spécial aux êtres vivants, qui dépend de la volonté et est susceptible, de notre propre mouvement ou par l'application des mains et l'exécution de mouvements rapides appelés passes, d'être communiqué à autrui. Les effets varient suivant les cas et les personnes : ce sont une douce chaleur, de la somnolence, un sommeil profond, l'insensibilité générale ou partielle, le som-
SPIRITUALISME ET SPIRITISME l6l
nambulisme, bref tout ce que d.onne aujourd'hui V hypnose.
La nature exacte du fluide magnétique est obscure, et les recherches dont elle fait l'objet depuis fort longtemps n'ont pas encore abouti à la faire découvrir. Comme on le constatera au cours de ce chapitre, les uns y ont vu un fluide vftal, plus ou moins spirituel, les autres ont cherché à l'assimiler au fluide électrique ou magnéto-électrique ^ mais aucune des nombreuses hypothèses émises n'a eu le don de rallier les auteurs et de conquérir l'opinion. Tant d'efforts ne resteront pas indéfiniment stériles; et nous croyons pour notre part qu'ils arriveront à établir que le fluide magnétique n'est autre que le fluide électrique vital. Les phénomènes vitaux s'opèrent par le jeu des forces physiques et notamment de l'électricité. Il n'est donc pas étrange qu'on constate dans l'être vivant l'existence d'un fluide électrique.
Mais ce qui différencie le fluide vital du fluide minéral, c'est précisément la vie
qui donne aux forces physiques dont elle use une allure propre et spéciale. Si le magnétisme animal présente des particularités singulières, mystérieuses, il le doit non pas au fluide lui-même, mais au terrain vital qui lui sert de base et relève d'une cause supérieure.
Le magnétisme animal ne date pas de Mesmer, comme Ta prétendu ce célèbre médecin du siècle dernier et comme beaucoup tendent à le croire encore. L'existence du fluide magnétique ou vital est aussi vieille que le monde. Dans les temps anciens, on la trouve attestée par Pline, Galien, Arétée. Au quinzième siècle, Pomponace remarque que « certains hommes ont des propriétés salutaires et puissantes qui sont poussées au dehors par l'évaporation et produisent sur les corps qui les reçoivent des propriétés remarquables, ^ De son côté, Ficin dit que « l'âme, étant affectée de désirs passionnés, peut agir non seulement sur son propre corps,
mais encore sur un corps voisin, surtout si ce dernier est le plus faible. > Enfin c'est Paracelse qui donne un premier corps à la doctrine en admettant un fluide vital émané des astres et mettant en communication les êtres, ainsi qu'une vertu attractive qui permet aux personnes saines d'attirer les personnes malades (i) : il compaxe x^tte vertu à celle de Taimant et VsL-pipellemagnale. Telle est la constitution fondamentale du magnétisme.
Après Paracelse, nombre d'auteurs propagent et développent sa doctrine : citons Bartholin, Hanmann, Goclénius, Roberti, Van Helmont, le champion de la médecine magnétique, Robert Fludd, le P. Kircher, qui écrit son fameux traité De arte magnetica, Wirdig, Maxwell, Grieatrakes,Gassner, etc. Tous ne procèdent pas de la même manière : les uns usent de munies (talismans, boîtes magiques) pour diriger le fluide, lesautresopèrentdirectementpar les
(i) De peste.
tl:-
attouchements, les frictions ou lespasses.
Il faut arriver à Mesmer pour trouver une doctrine complète, telle que nous la connaissons aujourd'hui. L'idée de ce médecin viennois se résume dans les aphorismes suivants :
« i*" Il existe une influence mutuelle entre leà corps célestes, la terre et les corps animés.
2** Un fluide universellement répandu et continué de manière à ne souÔrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison, et qui de sa nature est susceptible de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions du mouvement, est le moyen de cette influence...
8"* La propriété du corps animal qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes et de l'action réciproque de ceux qui l'environnent, manifestée par son analogie avec Taimant, m'a déterminé à le nommer magnétisme animal,.. C'est au moyen de ce fluide que nous agissons sur la nature et nos semblables; la volonté lui
imprime un mouvement et sert à la communiquer (i). >
Mesmer vint à Paris en 1778, exposa publiquement son système et conquit rapidement la vogue et la célébrité. Il se posa de suite en guérisseur et obtint quelques résultats. Les malades affluèrent bientôt en telle abondance qu'il ne put arriver à les traiter tous et dut imaginer de les grouper autour d'un baquet pour les magnétiser en grand.
Le baquet magnétique fit merveille et multiplia les succès de Mesmer : c'était une simple cuve, fermée d'un couvercle, et de laquelle émergeaient des branches recourbées de fer poli, terminées en pointe mousse, qui portaient le fluide magnétique et le distribuaient aux malades réunis en cercle. C'était le moyen le plus renommé, le plus populaire pour produire rétat magnétique, ce n'était pas le seul.
Mesmer usait d'autres pratiques très ana-
(i) Mémoire sur la découverte du magnétisme animal.
l66 SPIRITUALISME ET SPIRITISME
logues à celles dont se servent aujourd'hui les hypnotiseurs. « Les malades, observe Bailly, rangés en très grand nombre autour du baquet, reçoivent à la fois le magnétisme par ces moyens : par des barres de fer qui leur transmettent celui du baquet; par la corde enlacée autour du corps, et par l'union des pouces, qui leur communiquent celui de leurs voisins; par lason du piano-forte ou d'une voix agréable qui le répand dans Tair. Les malades sont encore magnétisés directement au moyen du doigt et de la baguette de fer, promenés devant le visage, dessus ou derrière la tête^ et sur les parties malades, toujours en observant la distinction des pôles. On agit sur eux par le regard et en les fixant. Mais surtout ils sont magnétisés par l'application des mains et par la pression des doigts sur les hypocondresetsur les régions du bas-ventre, application souvent continuée pendant longtemps, quelquefois plusieurs heures (i). »
(i) Bailly. Rapport académique de 1784.
Malheureusement Mesmer s'adressait à des malades, et il observait autour de son baquet plus de crises ou convulsions hystériques que -d'états somnambuliques. Mais ces convulsionnaires d'un nouveau genre, loin de nuire au magnétiseur, loin de discréditer sa méthode, ajoutèrent à son crédit et à sa renommée.
Bientôt l'Académie, hostile au novateur et à sa bruyante réclame, dut céder à la pression de l'opinion publique agitée et enthousiasmée. Une commission fut nommée en 17 84 pour examiner la doctrine et la pratique de Mesmer : les plus illustres savants, Bailly, Lavoisier, Franklin, de Jussieu, en faisaient partie. Il fallut se rendre à l'évidence et reconnaître la réalité des faits; mais tous les commissaires, à l'exception d'un seul, de Jussieu, [refusèrent de leur attribuer une autre cause que l'imagination ou l'imitation.
Ce coup droit porté au mesmérisme D'en retarda pas les progrès. Il fit de nom^
l68 SPIRITUALISME ET SPIRITISME
breux adeptes, parmi lesquels il faut rappeler Deslon, le P. Hervier, et surtout le marquis de Puységur, le fondateur de l'Harmonie, une des plus célèbres sociétés de magnétisme.
Cest dans sa terre de Busancy, autour de V arbre magnétisé, que M. de Puységur obtint les plus beaux succès et renouvela les merveilles du baquet de son maître. Il fit mieux: il découvrit le curieux phénomène du somnambulisme. Mais l'heure n'était pas à la science ; et malgré des résultats positifs, en dépit de guérisons incontestables, la vogue ne revint pas au magnétisme qui fut négligé ou oublié pendant la Révolution et l'Empire.
Il était réservé à un prêtre indien-portugais, d'allure étrange, à l'abbé Faria dé ramener l'attention publique sur le magnétisme animal et de renouveler la science. Le premier, l'abbé Faria battit en brèche la thèse du fluide magnétique y mit
en relief la valeur de la suggestion et démontra Texistence de M auto-suggestion :
il établit encore que le sommeil nerveux ne relève que de Tordre naturel. Ni fluide, ni diable, telle fut sa devise. Dès ses premières séances de magnétisme, en 1814, il développa hardiment sa doctrine. — Rien ne vient du magnétiseur, tout vient du sujetet se passe dans son imagination. Le magnétisme n'est qu'une forme de sommeil.
« Les procédés, disait-il en 181 9, que j'emploie en public pour endormir sont très simples. C'est une vérité démontrée pour moi qu'on ne fait pas à^époptes (somnambules) de ceux qui ne le sont pas naturellement; on ne cherche donc qu'à développer ceux qui le sont naturellement, toutes les fois qu'ils s'y prêtent de bonne foi. Je prends toujours la précaution d'endormir d'abord des époptes déjà habitués au sommeil. Le but de cette mesure ne tend qu'à encourager ceux qui, ayant des dispositions, désirent en faire l'épreuve, parce qu'en voyant le
calme dont les anciens... jouissent, ils ne peuvent plus s'inquiéter sur le sommeil auquel ils se préparent...
« Je m'assure d'avance de ceux qui ont des dispositions requises à la concentration, et en les plaçant commodément sur un siège, je prononce énergiquement le mot dormez, ou je leur montre à quelque distance ma main ouverte, en leur recommandant de la regarder fixement sans en détourner les yeux et sans entraver la liberté de leur clignotement.
« Dans le premier cas, je leur dis de fermer les yeux, et je remarque toujours que, lorsque je leur intime avec force l'ordre de dormir, ils éprouvent un frémissement dans tous leurs membres et s'endorment...
« Dans le second cas, si je m'aperçois qu'ils ne clignotent pas des yeux, je rapproche graduellement ma main ouverte à quelques doigts de distance...
« Lorsque les procédés que je viens d'exposer ne produisent pas les effets at-
tendus, je touche légèrement les personnes aptes au sommet de la tête, aux deux coins du front, au nez sur la descente de l'o^ frontal, au diaphragme, au cœur, aux genoux et aux deux pieds ; cela provoque toujours une concentration suffisante à l'abstraction des sens (i). »
On remarquera que Faction magnétique de Tabbé Faria n'est pas seulement d'ordre moral, mais qu'elle est souvent aidée par des moyens physiques ou plutôt physiologiques, la fixité du regard et la fatigue cérébrale. C'est dire que ce novateur, trop méconnu aujourd'hui, est le véritable créateur de l'hypnotisme : la plupart des prétendues découvertes de nos savants contemporains lui sont dues. Rappelons seulement qu'il a réalisé les suggestions à l'état de veille et les suggestions à terme ou posthypnotiques.
Le général Noizet, disciple immédiat de l'abbé Faria, était lié d'amitié avec un
(i) Abbé DB Faria., "De la cause du sommeil lucide ^ ou étude sur la nature de Phomme, Paris, 1819, t. I, p. 193.
jeune magnétiseur, le docteur Alexandre Bertrand, qui professait l'existence du fluide magnétique (i).
Entre les doctrines extrêmes et exclusives de son maître et de son ami, il eut l'intelligence et le courage de se faire une opinionmoyenne, reconnaissant également la^jart de l'imagination et celle du fluide magnétique. « L'abbé Faria, écrit-il, était tout aussi exclusif dans son opinion que les autres magnétiseurs : ceux-ci ne veulent reconnaître d'autre cause dans la production des phénomènes qu'ils observent que l'action d'un prétendu fluide magnétique particulier mû par la volonté; lui de son côté, répudiait entièrement l'action de tout fluide étranger. J'ai adopté une opinion intermédiaire propre à concilier autant que possible ces deux opinions divergentes (2). ^ Nous sommes tout porté à croire que l'opinion du général Noizet est
(i) Traité du somnambulisme et des différentes modifications qu* il présente^ 1833.
(a) Général Noizet. Mémoire sur le somnambulisme et le magnétisme animal^ Paris, 2834, p. 212-313.
juste. Sa position est excellente et de nature à préparer la solution définitive.
Grâce aux travaux précédents, la renaissance du magnétisme était assurée. De nombreux auteurs, Virey, Deleuze, le baron du Potet, Robouam, Georget, etc., remuèrent l'opinion par leurs livret, leurs conférences, leurs expériences; et l'un d'eux, le docteur Foissac, arriva, en 1826, à faire nommer par l'Académie de médecine une commission chargée d'examiner et de contrôler les faits étranges, mais positifs du magnétisme.
Cette seconde commission de l'Académie prit son rôle au sérieux et étudia consciencieusement la question pendant cinq ans. Le docteur Husson fut chargé du rapport qui parut en juin 183 1 . Très impartialement, il décrit longuementles données du magnétisme, en proclame les vertus et conclut en demandant que l'Académie en encourage l'étude comme importante pour la physiologie et la thérapeutique.
174 SPIRITUAUSMB ET SPIRITISME
Cette victoire du magnétisme sur un terrain où il n'avait encore essuyé que des dédains et des échecs, était précieuse, mais elle n'eut pas de lendemain. Les académiciens eurent peur de la vérité, et le rapport de Husson fut enfoui dans les archives sans obtenir les honneurs de l'impression.
Peu de temps après, une critique violente du magnétisme* par Dubois (d'Amiens) reçut le meilleur accueil de l'Académie, malgré les protestations de Husson.
Enfin le i*' octobre 1840, à la suite de vaines expériences, la docte assemblée enterrait définitivement la question en déclarant que désormais aucune réponse ne serait faite aux communications sur le magnétisme animal.
« Ainsi brisé par l'illustre compagnie, dit très justement un récent auteur, le courant magnétique se divisa, se déversant à droite dans le spiritisme et sur les tables tournantes, à gauche dans le commerce ; des débits de fluide s'établirent à Paris,
avec succursales en province ; l'intention tout au moins des débitants était de soulager les maux de Thumanité. » (Schneider.)
Cependant les idées de l'abbé Faria n'étaient pas abandonnées, elles avaient été recueillies et éclaircies par de nombreux adeptes, et elles trouvèrent bientôt en James Braid un commentateur intelligent. Reprenant les expériences anciennes, ce simple* praticien de Manchester prétendait détruire complètement l'édifice mesmérien, il ne fit que le développer.
Sans doute il rejette absolument toute transmission de fluide magnétique ou vital, mais il reconnaît que le sommeil magnétique est principalement d'ordre nerveux. La plupart des auteurs ont cru, et l'on répète partout qu'il attribue ce sommeil à la seule suggestion : c'est une grave erreur contre laquelle Braid a énergiquement protesté. On le reconnaît généralement comme le fondateur de l'hypnotisme, et ce beau titre suffit à sa gloire.
« Prenez, dit le docteur Braid, un ob-
jet brillant quelconque (j'emploie habituellement mon porte-lancette) entre le pouce, rindex et le médius de la main gauche; tenez-le à la distance de 25 à 45 centimètres des yeux, dans une position telle au-dessus du front, que le plus grand effort soit nécessaire, du côté des yeux et des paupières, pour que le sujet regarde fixement ]'objet...; les pupilles se contracteront d'abord; peu après, elles commenceront à se dilater, et après avoir pris -un mouvement de fluctuation, si les doigts indicateur et médian de la main droite, étendus et un peu séparés, sont portés de l'objet vers les yeux, il est très probable que les paupières se fermeront involontairement avec un mouvement vibratoire (i). »
Les contemporains de Braid n'apprécièrent pas à sa valeur sa doctrine : ils refusèrent de voir dans la concentration sensible et nerveuse la cause du sommeil
(t) Neurypnoîogie . Traité du sommeil nerveux ou hypnotisme^ traduction sur l'édition de 1843, par J. Simon.
et prétendirent que, tout comme Faria et Bertrand, le chirurgien de Manchester n'agissait que sur l'imagination des sujets.
Voici la réponse décisive de Braid à ses détracteurs : « Faria et Bertrand agissent ou prétendent agir à l'aide d'une impression morale; leur moyen est d'ordre mental; le mien est purement physique, il consiste à fatiguer les yeux, et par la fatigue des yeux amener celle du cerveau (i). »
En fait, comme Ta justement remarqué le docteur Durand (de Gros), Braid est un novateur ingénieux qui n'a pas su faire valoir sa découverte : il a apporté à l'art des Mesmer et des Faria son complément, son couronnement et l'a véritablement transformé. Il a reconnu que l'acte de regarder attentivetnent un point de mire pendant un certain temps détermine non seulement le sommeil, comme l'avaient remarqué avant lui les physiologistes, mais
(i) Op,cit,
une modification profonde de tout notre être qui le rend apte à subir f influence magnétique et la suggestion mentale.
Depuis Braid jusqu'à nos jours, Thypnotisme n'a fait que grandir et se développer. Les partisans du magnétisme, un instant confondus, n'ont pas désarmé et, tout en acceptant les idées nouvelles de fatigue nerveuse et de suggestion, ont continué à soutenir l'existence du fluide magnétique. Les théories de Grimes sur V électro-biologie (1848) et du docteur Philipps (pseudonyme du docteur Durand, de Gros) sur V électro-dynamisme vital (1855) méritent à ce point de vue d'être rappelées. Mais la plupart des auteurs se sont établis sur le terrain expérimental et ont multiplié les expériences pour reconnaître le vaste champ de l'hypnose :
citons le docteur Liébeault de Nancy, le docteur Azam de Bordeaux, le professeur Charcot de Paris, le docteur Bernheim de Nancy, etc., etc.
Les discussions théoriques ne pouvaient rester indéfiniment à l'écart : elles suivirent naturellement la découverte des faits et provoquèrent bientôt une scission retentissante. Deux écoles bien tranchées se partagèrent, comme on sait, le monde savant : l'école de Nancy et l'école de la Salpêtrière ou de Paris.
La première, représentée par les docteurs Lfébeault, Bernheim, Beaunis/ etc., ne reconnaît qu'une cause à Thypnose et à ses différentes formes et la place délibérément dans la suggestion.
La seconde école, dont le chef renommé fut Charcot, attribue l'hypnose à une modification nerveuse ou cérébrale des sujets, qu'elle met au compte d'une maladie du système nerveux, de l'hystérie.
Ces doctrines s'appuient sur des arguments et des faits, et il serait vain de contester leur force et leur valeur. Mais il est aussi incontestable qu'elles s'opposent absolument et sont trop exclusives l'une de l'autre pour être vraies et complètes;
l8o SPIRITUALISME ET SPIRITISME
La suggestion n'explique pas tous les phénomènes de l'hypnose, de même que la névrose laisse plus d'un problème sans solution. Et cependant les maîtres des deux écoles rivales continuent à maintenir leurs positions, à combattre la thèse opposée et à diriger la science dans la voie étroite de l'intransigeance.
Le sommeil nerveux, avec les étranges et multiples phénomènes qui l'accompagnent et le suivent, s'explique-t-il à la lumière de la science actuelle? Il serait plus que téméraire de le prétendre. Ni la suggestion ni l'hypnose morbide ne rendent compte de ces phénomènes et n'arrivent à nous satisfaire. La modification cérébrale ou nerveuse regardée par Charcot comme la condition nécessaire de l'hypnose n'est pas connue dans sa nature intime, et rien n'empêche de la concilier avec l'hypothèse du fluide nerveux ou magnétique. Quant à la théorie de la suggestion, chère à l'école de Nancy, elle est d'ordre psychique et manifestement insuffisante à
SPIRITUALISME ET SPIRITISME l8ï
explique les troubles physiologiques du sommeil nerveux. Le professeur Beaunis lui-même n'hésite pas à avouer sa faiblesse.
« Les phénomènes hynoptiques, écrit-il, ne sont pas autre chose qu'un déplacement de force nerveuse accumulée dans l'encéphale, et soumise à la direction imprimée par l'hypnotiseur. Ce déplacement se fait sous l'influence d'une idée suggérée... J'admets facilement cette influence de l'attention et de la concentration de la pensée sur les phénomènes de l'hypnotisme, spécialement pour ce qui concerne les sensations. Mais il est cependant certains faits qui sont difficilement explicables avec cette théorie... Ni la volonté seule, ni la suggestion seule ne suffisent pour expliquer ces phénomènes; il faut qu'il y ait en outre un état particulier du sujet, une modification de son innervation cérébrale.
« Cet état cérébral particulier, en quoi consiste-t-il? Il est bien difficile de répondre à cette question. Tout ce que nous sa-
l82 SPIRITUALISME ET SPIRITISME
vons, c'est que nous pouvons le déterminer en produisant le sommeil hypnotique ; mais nous pouvons encore le déterminer d'une autre façon ; je veux parler ici de la veille somnambulique... Or, si on analyse la façon dont s'établit cet état de veille somnambulique, on remarque de suite qu'il y a pour sa production une condition essentielle. Lorsque sur un sujet je veux faire une suggestion à l'état de veille...^ j'imprime à son système nerveux un choc inattendu, j'arrête, pour ainsi dire,... le cours de ses pensées et l'évolution de son activité nerveuse...
« Ce choc cérébral, si l'on peut s'expritner ainsi, me paraît la condition sinequâ non de la réussite; il se produit une sorte de modification cérébrale, d'état particu-lier inconnu dans son essence, mais hofs duquel les suggestions ne pourraient avoir leur effet utile. Est-ce une action d'arrêt, et le mouvement nerveux ainsi enrayé subitement se transforme-t-il en quelque chose, chaleur, électricité,... que
sais-je? qui modifie l'excitabilité et la réceptivité de la substance cérébrale? On ne peut, jusqu'à nouvel ordre, faire làdessus que des hypothèses (i). »
Dans ces conditions, il serait temps de rechercher si les deux écoles ennemies de Paris et de Nancy, incapables à elles deux d'expliquer Thypnose, ne trouveraient pas plus de lumières et une conciliation désirable sur le terrain du magnétisme animal, trop vite déserté par la science. Elles ont poussé très loin l'analyse scientifique, mais se sont trop étroitement cantonnées dans une partie spéciale, qu'elles ont, il est vraii, minutieusement scrutée. L'une a exactement décrit les formes cliniques de l'hypnose; l'autre a montré toute l'étendue de la faculté imaginative et la valeur de la suggestion. Ne serait-il pas avantageux, à cette heure, de réunir les éléments épars de leur vaste enquête,, de combiner et d'harmoniser les résultats
(1) Lé Somnambulisme provoqué ^ 1886, p. 228-231.
acquis et de faire enfin la synthèse de rhypnose. L'influence de la suggestion étant admise de part et d'autre, l'accord étant fait également sur la part indéniable qui revient à l'élément nerveux, il serait utile de rechercher si derrière les forces psychique et sensible ne se dérobe pas un agent mystérieux qui en est inséparable et qui leur sert de substratum matériel. Cet agent physique ne serait autre que le fluide magnétique.
C'est dans cette voie que la science est appelée à faire de rapides progrès et peutêtre à trouver la lumière. Le sommeil nerveux n'est pas étranger à la volonté et obéit aux mouvements de l'imagination ; mais il reste sous la dépendance de l'organe cérébral. Tout nous oblige à croire qu'il n'y a pas d'action nerveuse sans la participation effective des forces physiques et particulièrement de l'électricité, qui revêt dans l'organisme animé une allure spéciale. Si le fluide électrique vital se comportait comme le fluide électrique
minéral^ il serait connu et admis depuis longtemps par tous sans la moindre contestation; mais ses manifestations étranges ont jusqu'à présent dérouté la science.
Nous sommes persuadé que \e fluide magnétique des auteurs n'est que le fluide électrique vital dont l'existence sera prochainement reconnue et démontrée.