‹ Spiritualisme et spiritismeChapitre 11 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

EXPERTENXES ANCIENKES.

Le fluide vital ou magnétique est admis

sans discussion par nombre de gens et ne paraît pas discutable aux yeux des magnétiseurs. Il existe si bien^ nous dit-on, qu'il se dégage visiblement du corps de certaines personnes, exceptionnellement douées, sous forme à^ effluves lumineux^ et qu'on en a ainsi la démonstration expérimentale. L'existence des effluves magnétiques est-elle établie? Sur ce point, il faut s'entendre pour éviter toute équivoque. — Tous les sujets magnétisables se distinguent par une hyperesthésie sensorielle extrême et affirment voir sortir des mains,

de la bouche, des yeux du magnétiseur des effluves lumineux qui pénètrent dans leur corps et y produisent de merveilleux effets : voilà le fait acquis. Mais les magnétisés sont seuls à voir ces lueurs que M. de Rochas compare témérairement à l'auréole des saints, et les auteurs ont longtemps cherché à fournir une démonstration expérimentale, visible pour tous, des effluves magnétiques, sans arriver; à un résultat positif.

Un des premiers, le docteur Charpignon a étudié avec soin cette question difficile et imaginé des moyens de vérification d'abord pour le fluide électrique physique, puis pour le fluide électro-magnétique.

« Mettant en jeu, dit-il, une machine électrique, et priant les somnambules de regarder ce qui se passe, ils déclarent voir le cylindre se couvrir d'une vapeur brillante... Chaque fois que nous avons empêché l'accumulation du fluide électrique sur le conducteur, les somnambules ont cessé de voir ce conducteur devenir étin-

f8S spiritualisme et spiritisme

celant; On sait que, accumulé sur le conducteur d'une machine, le fluide électrique n'est pas visible pour nous; et les sujets avec lesquels nous avons expérimenté étaient loin de soupçonner la théorie de l'électricité...

« Ayant posé devant des somnambules quatre petits barreaux de fer, parmi lesquels un seul était aimanté, ils signalèrent tçujours le barreau aimanté. Ils le reconnaissaient aux deux extrémités qu'ils voyaient enveloppées d'une vapeur brillante. La vapeur de chaque extrémité était difiérente, l'une moins brillante que l'autre. Or, cette différence dans la force du fluide magnétique correspondait aux deux pôles, de telle sorte que l'extrémité indiquée comme la plus lumineuse était le pôle austral. Jamais je n'ai pu mettre en défaut ces somnambules qui reconnaissaient immédiatement la nature des pôles, bien qu'ils fussent sur ce sujet d'une ignorance absolue...

« Nous présentâmes à ces somnambules

des pièces d'or, d'argent, de cuivre, de zînc, de fer, de bois, et chacun de ces objets fut reconnu sans que la vision ordinaire ou le toucher des doigts y eussent quelque part. La distinction avait lieu par la nature de la vapeur lumineuse qui entourait chaque objet. Cette vapeur était plus ou moins brillante, suivant tel ou tel métal, en sorte que je fus fort surpris de voir ces somnambules mettre Tor au premier rang, et le bois en dernier, intercalant par ordre l'argent, le cuivre, le fer et le zinc. C'était le véritable ordre électro-magnétique des métaux...

« Ayant quatre fioles de verre blanc, j'en magnétise une à l'insu du somnambule. Pour cela, tenant la bouteille d'une main, je charge son intérieur de fluide magnétique, en tenant pendant quelques minutes les doigts de l'autre main rassemblés en pointe sur l'orifice; puis, bouchant immédiatement, je mêle cette fiole avec les autres. Présentant ces quatre flacons au somnambule, il en distingue

un comme étant rempli d'une vapeur lumineuse. C'est en effet celui qui a été magnétisé. Cette expérience, répétée un grand nombre de fois avec des sujets diifférerits, a toujours donné les mêmes résultats (i). :s^

Un chimiste autrichien, le baron de Reichenbach, a fait aussi vers la même époque sur des sensitt/s de curieuses expériences qui semblent confirmer les précédentes. Ces expériences n'ont donné de résultats qu'après avoir tenu les sujets dans une obscurité complète pendant plusieurs heures. « De chaque bout d'un barreau aimanté se dégage une flamme lumineuse, ardente, fumante et jetant des étincelles, bleue au pôle nord, jaune rouge au pôle sud... Si vous posez le barreau verticalement, le pôle sud en haut, le sensitif vous dira que la flamme grandit.

Si l'aimant est d'une force suffisante, la flamme s'élèvera jusqu'au plafond, et y

(i) Physiologie^ médecine fi méfafhysiqHe dt^ magnétisme y 848, p. 35-30.

produira un cercle lumineux de un, deux, jusqu'à trois pieds de diamètre, si clair que le sujet, s'il est assez sensible, pourra nous décrire les détails du plafond...

« Un jour, je posai un vase de fleurs devant M. Endlicher, professeur distingué de botanique, qui était un sensitif moyen; il s'écria avec un étonnement mêlé de frayeur : « C'est une fleur bleue, c'est une gloxinie. n^ C'était effectivement une glocinia speciosa, var. cœrulea, qu'il avait vue dans l'obscurité absolue et qu'il avait reconnue par la forme et la couleur. Mais sans la lumière, on ne peut rien voir dans l'obscurité; il a fallu la présence de la lumière pour apercevoir la plante avec une telle évidence qu'on a non seulement pu reconnaître la forme, mais encore la couleur. D'où arrivait cette lumière? Elle sortait de la plante elle-même qu'elle éclairait : germes, anthères, pistils, corolles, tiges, tout apparaissait finement illuminé; on pouvait même apercevoir les feuilles, quoique plus sombres. Tout pa-

19a SPIRITUALISME ET SPIRITISME

raissait comme dans une douce incandescence : les parties génitales étaient les plus brillantes, puis la tige et enfin les feuilles...

« Bientôt le sensitif déclarera qu'il vous voit vous-même... Fixez son attention sur les mains, d'abord elles auront une faible ressemblance avec une fumée grise, ensuite elles ressembleront à une silhouette sur un fond faiblement éclairé, enfin les doigts paraîtront avec leur propre lumière; il verra à chaque doigt un prolongement luisant, qui pourra parfois paraître aussi long que le doigt lui-même... Vous l'entendrez peut-être dire, avec une nouvelle surprise, que les couleurs dans les différentes parties du corps ne sont pas semblables, que la main droite luit d'un feu bleuâtre, pendant que la main gauche apparaît jaune-orange, et que par suite la première semble plus sombre que la seconde, que la même différence existe pour les deux pieds, que même tout le côté droit de votre figure et même du corps

sf^jprn

entier est bleuâtre et plus sombre que le gauche, qui est jaune rougeâtre et paraît sensiblement plus clair que Tautre (i). »

Ces observations sont étranges, fantastiques et ne sauraient être admises à la légère sur la foi àtsensitifs plus ou moins exacts ou sincères. Elles appellent le contrôle et la discussion scientifiques, et un partisan décidé du magnétisme, M. le colonel de Rochas, s'est lui-même refusé à les admettre sans vérification. Le problème se pose nettement dans les termes suivants : « La sensation est-elle purement subjective, c'est-à-dire le simple résultat de l'imagination du sensitif, ou est-elle objective, c'est-à-dire l'action d'une cause matérielle externe, et dans cette dernière hypothèse quelle peut être cette cause? > M. de Rochas a étudié le problème : a-t-il eu la chance de le résoudre et de démontrer la certitude de Tob-

(i) Lettres odiques et magnétiques^ Ï856, 4* et 5* lettres.

jectivité des effluves? C'est ce qu'il nous paraît impossible d'affirmer en présence des résultats qu'il signale.

« Le sensitif était placé devant un électro-aimant, dont le commutateur (soigneusement dissimulé, ainsi que les fils de communication, pour ne lui donner aucune indication sur le. sens du courant) avait été tourné préalablement daris une position quelconque, « sans chercher à déterminer cette position ». Lé sujet faisait sa description, aussitôt enregistrés, puis à l'aide d'une petite boussole dissimulée au sujet, on voyait si le courant passait, et dans ce cas on déterminaitle sens du courant et la naturç des pôles. Vingtdeux fois sur vingt-deux, les résultats ont été exacts : les descriptions indiquaient «dans chaque série, c'est-à-dire pour un même état du sujet : un effluve bleu aune extrémité du noyau de fer de l'électroaimant, et un effluve rouge à l'autre, toutes les fois que le courant passait dans la bobine; un mélange de bleu et de rouge à cha-

que extrémité, lorsque le sens du courant était brusquement inverse; puis, au bout de quelques secondes, un renversement de coloration de$ effluves, c'est-à-dire la substitution d'un effluve bleu à un rouge, et réciproquement; enfin, plus rien si le courant était interrompu.

< L'interruption fut produite aussi plusieurs fois sans toucher au commutateur, en détachant, àTinsu du sujet, uiî des fils de communication : aussitôt le sujet déclara qu'il ne voyait plus rien.

« On chercha encore à supprimer le courant en relevant les zincs de la pile de façon à les amener au dehors du liquide :

on pensait ainsi dérouter le sujet : puisque le courant ne devait plus exister, le sujet ne devait plus rien voir. Or, celui-ci déclara qu'il voyait toujours les deux effluves. La boussole fut approchée, et indiqua qu'il y avait en effet une polarisation encore énergique du noyau de fer, et par conséquent un courant très appréciable. On examina alors la pile, et il fut

facile de constater que ce courant était dû à des gouttes de liquide qui avaient été entraînées par le zinc, et qui étaient restées adhérentes aux pièces d'ébonite destinées à séparer les zincs des charbons; ces gouttes étaient en contact avec les zincs et les charbons, et suffisaient pour prolonger l'activité de la pile, ainsi que le montrait bien nettement le jeu du commutateur (i). >

Quelque intéressants qu'ils soient, ces résultats sont très discutables, font l'objet de graves objections. D'abord, ils ne sont pas directement vérifiables et nécessitent le concours intermédiaire de sensitifs, c'est-à-dire d'hommes impressionnables, mobiles, plus exposés que les autres à la suggestion, au mensonge et à l'erreur.

La suggestion est particulièrement ce qui fausse les observations; et M. de Rochas en a lui-même reconnu toute l'influence :

il remarque qu'elle altère de plusieurs

(t) Extériorisation de îa sensibilité^ p. 15-16.

manières la description de Teffluve et qu'on ne saurait prendre contre elle trop de précautions. Mais comment empêcher cette suggestion, comment surtout en mesurer la force et l'étendue? C'est une tâche bien difficile, d'autant plus que la simulation et l'erreur s'y ajoutent souvent pour dénaturer les faits et égarer l'observation.

Admettons cependant que toutes ces occasions de perturbation soient écartées, que les sujets soient absolument sincères et que l'objectivité des effluves lumineux ne laisse plus place à aucun doute : le fluide xxital sera-t-il démontré? — Ici il faut s'entendre. Les observations signalent bien une cause matérielle externe, mais, pour nous servir des expressions mêmes de M. de Rochas, elles ne nous disent pas la nature de cette cause. Or, il est permis de croire — et c'est notre sentiment personnel — que les effets signalés sont exclusivement dus à une cause physique, à l'électricité. Le fluide vital ne

serait autre que le fluide électrique, inhérent au fonctionnement organique, subordonné à l'exercice delà vie et de la sensation. Sans doute les manifestations de ce fluide se distinguent par des caractères spéciaux, extraordinaires, mais il serait étrange qu'elles ressemblassent à celles du fluide physique, puisqu'elles évoluent sur le terrain vital. Elles ne s'en éloignent pas cependant d'une manière assez radicale pour en être séparées et justifier l'attribution d'une cause à part. A quoi bon faire appel à une forcé nouvelle, mystérieuse, si les forces physiques connues arrivent à rendre compte des phénomènes, si la nature vitale suffit à expliquer les différences observées?

L'étude attentive des expériences que nous avons rapportées montre que le fluide magnétique n'est pas assez distant du fluide électrique pour mériter l'invocation d'une force inconnue et supérieure; et tout porte à croire que son explication nous sera bientôt donnée complète parles physiciens,

Page 1