EXPERIENCES NOUVELLES
En présence des objections graves et inévitables que suscitent les expériences faites avec les sensitifs, les savants se sont mis en quête d^ine autre méthode. Un Russe, M. Narkowietz lodko et, à sa suite, le colonel de Rochas ont eu Tidée ingénieuse de remplacer le sensitify récepteur conscient, mobile et faillible par la plaque sensible photographique qui a l'avantage de se présenter comme un récepteur inconscient, fatal et sûr. Les empreintes photographiques ne sont susceptibles d'aucune émotion et ne sont dues qu'à
l'action de la lumière : elles devaient, semble-t-il , démontrer matériellement l'objectivité des effluves. Voici, d'après M. de Rochas, le manuel opératoire de l'expérience :
s< Dans une chambre, on installe une bobine de Ruhmkorff actionnée par une pile suffisamment puissante. L'un de ses fils est laissé en communication avec l'air ambiant; l'autre, beaucoup plus long, se termine par une éprouvette en verre dans laquelle son extrémité est scellée. Une personne placée dans une chambre voisine complètement obscure prend dans une de ses mains cette éprouvette, et approche un doigt de l'autre main d'une plaque photographique que lui présente, du côté coUçdionné, une seconde personne sans communication directe avec la pile; quand le doigt est suffisamment rapproché de la plaque, il s'en dégage un flux électrique qui s'inscrit de lui-même sur la pellicule sensible, et qui ressemble tout à fait aux effluves que les sensitifs voient se déga-
ger des doigts d'un individu à Tétat normal (i). »
Ce rayonnement de la main ou des doigts n'est pas contestable, mais ne nous paraît nullement extraordinaire. Il ne démontre pas l'existence du fluide vitale encore moins Textériorisation de la sensi^ bilité ou la sortie du corps astral^ car il nécessite remploi d'une bobine de Ruhmkorfif et peut très bien résulter d'un simple dégagement de force physique, électrique ou autre. La question qu'il soulève est mince et d'ordre purement physique.
Mais ce n'est pas l'affaire des magnétiseurs et des spirites. Ils s'emparent avidement de l'expérience et y voient de suite le dégagement de la force neurique ou vitale : c'est aller trop vite et dépasser outrageusement les bornes de la logique et les données de la science.
M. Narkowietz lodko a fait plus de
(i) Extériorisation de la sensibilité^ p. 45-46.
20i SPIRITUALISME ET SPIRITISME
trois mille épreuves photographiques et en a tiré les conclusions suivantes :
1° Il y a un rayonnement spécial qui émane de l'être humain et diffère suivant les individus et les tempéraments.
2** Certains objets, entre autres les plantes et les aimants, manifestent aussi ce rayonnement qui est toujours photographiable.
3** Ce rayonnement varie dans l'état de santé et dans l'état de maladie, à tel point qu'il peut révéler plusieurs jour s à l'avance une maladie qui va se déclarer et indiquer le point particulièrement faible de l'organisme.
4° Lorsqu'on met en présence sur la même plaque le% mains de deux personnes, les doigts de chacune opposés aux doigts de l'autre par leurs pointes, la direction du rayonnement est tout à fait différente si les personnes sont antipathiques, si elles sont neutres, si elles sont sympathiques l'une vis-à-vis de l'autre. Dans le cas d'antipathie, les deux émanations se repous^
sent; dans le cas de neutralité, elles restent séparées; dans le cas de sympathie, elles se précipitent Tune vers Tautre.
Telles sont les conclusions de M. lodko.
Elles donnent à la médecine magnétique un regain de force et d'actualité et lui prédisent un brillant avenir, mais sontelles acceptables? Les savants, les magnétiseurs eux-m*êmes hésitent à les adopter et formulent les plus expresses réserves.
Elles se distinguent par une haute fantaisie et ne nous paraissent pas assez sérieuses pour être discutées.
Laissons donc M. lodko à sa médecine magnétique^ et revenons aux expériences qui ne tombent pas dans le domaine commercial et prétendent rester exclusivement scientifiques. L'existence cm fluide vital on du corps fluidique qu'attesteraient les effluves lumineux vus par les sensiti/s est-elle décidément prouvée? Occultistes et spirites s'accordent à le prétendre; et l'un d'eux écrivait récemment : «: Il n'est plus possible aujourd'hui de nier l'exis-
tence de cette troisième partie de notre moi, qui, servant de moule à notre corps terrestre et de point d'appui à nos facultés mentales, à notre âme, peut être appelée corps fluidique; corps vital des vitalistes, corps astral des théosophes, périsprit des spirites, etc., les noms ne lui manquent certes pas, et son existence est admise de tous (i). » La prétention est excessive et fausse. Pour notre compte, fidèle àTesprit scientifique, nous n'admettons pas du tout le corps fluidique qui n'a pour base que les expériences très contestables de M. de Rochas, et nous connaissons nombre de praticiens réfractaires aux vaines théories du spiritisme.
Mais, dit-on, l'existence du fluide vital n^est-elle pas matériellement établie par un fait positif : la reproduction du corps fluidique par la photographie? Cette démonstration ne nous paraît pas faite par les expériences de MM. lodko et de Rochas,
(i) G. IzAMBARD. LaTéUpathie et sa démonstration par Vi mage^ Chronique médicale^ 15 juillet 1897.
et nos lecteurs estimeront qu'elle ne Test pas davantage par les travaux originaux de M. le docteur Baraduc.
Notre confrère, qui s'est voué à l'étude ou plus exactement à la recherche àM fluide vital, prétend avoir découvert le moyen de le fixer sur les plaques sensibles : c'est V iconographie y c'est-à-dire la ^ra/>/t/^ des formes des images ou des vibrations invisibles, bien différente del'électrographie. «En iconographie, dit-il, que je mesois servi ou non dans mes nombreuses expériences d'un vulgaire appareil photographique, je n'ai pas recherché la lumière solaire reflétée par les objets photographiés comme agent d'impression de la plaque, j'ai toujours au contraire tenté d'impressionner cette même plaque par les effluves, les émanations, la vibration intime de l'objet invisible ou visible dans beaucoup ou peu d'obscurité, pour en extériorer, en avoir V intime vibration, son âme; souvent cette âme s'est d'elle-même iconographiée ; sou-
aoô SPIRITUALISME Et SPIRITISME
vent j'ai eu recours à la tension du vent électrique positif ou négatif, pour aider l'issue de la lumière interne, obscure et vivante de l'objet humain ou non que je voulais extraire. J'ai surtout cherché à obtenir les signatures de forces cachées, forcés vitales et psychiques, niées jusqu'à présent. Par le fait, j'ai été entraîné, à la suite des recherches électrographiques, beaucoup plus loin que je ne le pensais de prime abord, dans ce domaine inexploré des graphies, électrographies, vitographies, odographies, psychographies, qu'on peut appeler photographies fluidiques. »
Arrêtons-nous ici pour remarquer que la doctrine de notre confrère est plus obscure encore que la lumière interne, fluidique dont elle doit nous donner la preuve, et rendons-lui la plume pour le développement compliqué de sa thèse.
« La question technique est la suivante :
1° emploi de plaques-lumière, non pointillées; opération à la lumière rouge dans
l'obscurité; précaution prise contre les lueurs de la machine statique, dans les cas où Ton se sert de l'électricité; 2° bain diiconogène de 5 à 10 minutes avec agitation; lavage et mise -dans Thyposulfite à 10 0/0. Lorsque la réduction des sels d'argent a été faiblement produite par des vibrations peu photochimiques, il faut couper le bain par moitié et surveiller l'action de l'hypo, pour arrêter à temps et laver. Agitation et lavage pour éliminer les sels de soude; résultat acquis observé par transparence...
« L'impression de la plaque est faite par une force émanée de nous, relative à notre propre vitalité, c'est-à-dire par la lumière invisible et' intime de notre âme vitale.
Ni la chaleur, ni l'électricité, qui a sa graphie propre, n'influencent la plaque d'une façon similaire ; nous nous trouvons bien, par conséquent, en présence de forces extra-mécaniques, spontanées, en dehors des modes connus de l'énergie. J'ai donc été obligé d'admettre, comme déduction lo-
gique, une lumière humaine invisible^ différente de ces différents modes de l'énergie, comme des rayons découverts par le professeur Rœntgen. Ces derniers ont leur point de départ dan3 un centre électrique produit dans le vide, tandis que les manifestations impressives de la plaque, que j'apporte, ont leur point de départ dans la vitalité humaine.
« Notre âme doit être considérée comme un centre de force lumineuse entretenant son existence par un double mouvement d'attraction et de répulsion de forces spéciales puisées et rejetéés dans le Cosmos invisible. Ce double phénomène dî'Aspir attractif et à'Expir expansif constitue V atmosphère fluidique qui entoure la surface cutanée de notre être; sous la dénomination d'A^^/r, à'Od, àe force vitale cosmique^ je désigne la partie induite ou attirée par nous; la partie rejetée VExpir, VOb est la partie rendue, à l'invisible. Les deux forment l'ensemble de la respiration flui-dique de Tâme humaine et présentent,
chacune, leur signature particulière qui les différencie Tune et l'autre des modes connus de rénergie. Les sels d* argent sont donc non seulement réduits par la lumière solaire, la fulguration électrique, mais en-core par la lueur de Vâme humaine invisible. Ils nous révèlent les vibrations de notre atmosphère fluidique, dans laquelle nous puisons et rejetons des forces par une réelle respiration...
« La différence entre l'attraction droite par exemple et Texpir gauche constitue la somme de force vitale incorporée, condensée pour former le corps fluidique, Vâme vitale, notre vibration intime et latente (Somod, corps odique) que Von peut extériorer. C'est cette nuée de vivante lumière^ c'est la substance avec laquelle l'imagination créera les images-pensées y les formes intentionnelles ou spontanées, les psy chicanes images-lumière que l'esprit produit et que la volonté projette.
« Le psichicône est donc la nuée odique de force vitale imaginée en forme par l'i-
magination psychique ; c'est une création de V esprit indépendante du corps matériel dont elle sort, pour se manifester sur la plaque.
« Les psy chicanes sont caractérisés par l'absence de traits, de lignes, ils sont une relation de lumière, une forme nuageuse de nuées odiques, par points, pois, estompages, picturages; la pellicule impressionnée ne présente pas le relief des portraits photographiques ordinaires...
« Comment obtient-on un psy chicane^ — En dehors de son emploi habituel en photographie, la plaque photographique ordinaire est un agent de réception des vibrations vitales invisibles à l'œil, que l'on obtient dans l'obscurité, ou avec la lumière rouge. Avec ou sans effluve électrique, on peut projeter sur une plaque, dans l'obscurité, une image bien imaginée, façonnée, modulée par la pensée. Celle-ci doit donc concevoir mentalement, avec puissance et netteté, l'image à laquelle elle •va donner un corps fluidique avec notre
"^yr^TT"
propre corps fluidique; sous une douce pression de la volonté, cette image s'évaeue par la main et vient se graphier sur la plaque.
« Pour aider son extériorisation, une faible tension, comme le souffle ou le vent électrique, peut être employée intermédiairement entre la main (le corps se trouvant dans un bain d'électricité statique positive) et la plaque, située en dehors à rétat neutre.
« Le fait semble comparable à l'issue d'une bulle de savon, produite dans un tube de paille, par une légère pression expiratrice : si le souffle est trop fort, la bulle crève; si l'électricité est trop intense, la plaque recueille les fragments épars de l'image et les éclats de la signature électrique. Il faut exprimer de soi avec une tension suivie l'image formée, ou qui nous possède; c'est une saignée de notre substance vitale, qui sort de la main toute modelée et impressionne la plaque.
4c II ne faut donc pas, durant l'opération.
a 12 SPIRITUALISME ET SPIRITISME
apercevoir dans l'obscurité une gerbe électrique au bout des doigts. L'électricité n'est pas nécessaire pour les personnes dont l'imagination et la volonté sont puissantes. Certaines personnes dans l'obscurité complète projettent des images qu'elles créent et souvent leurs propres formes, ou celles des personnes auxquelles elles pensent. La plaque reçoit et garde l'image produite. Un certain degré d'entraînement est nécessaire.
« Le mode opératoire se fait par des traînées ou lignes de forces, qui réduisent les sels d'argent d'une façon plus ou moins intense, suivant les points qui produisent sur répreuve les parties plus ou moins éclairées. Ces bandes forment une sorte d'estompé démontrant le dispositif opératoire, et sont nettes sur certains clichés.
« Quant à la vibration lumineuse en elle-même, c'est de la force vitale-anù miqucy dont la graphie est nettement différente des forces voisines électrique,
électro-neurique, et que Ton peut obtenir indépendamment d'elles.
« En résumé, la pensée imagine une image, la module avec la force vitale humaine, la met dans une vibration-forme qui V exprime et Vextériore; sous cette forme, elle se graphie sur la plaque, à laquelle la main l'abandonne, dans un effort soutenu de création et de vo^ lonté(i).'s^
Les psy chicanes, les photographies d* effluves psychiques ou àe fluide vital obtenus par M. Baraduc et ses imitateurs ont eu cours, ont fait leur chemin jusqu'au jour où un savant de bonne foi, M. Guebhard, a voulu s'en rendre compte. Ce jour-là, l^ photographie spirite s'est évanouie comme une nuée odique du plutôt comme un vulgaire fantôme, car le docteur Guebhard a démontré qu'elle n'accusait pas le moindre esprit ou le moindre
(i) D' Bàraouc. La, Foret vitale.
fluide^ mais tenait simplement au procédé opératoire] « Nos praticiens, déclare-t-il, omettent uniquement d'agiter leur révélateur. Tout révélateur ou à peu près, abandonné sur une plaque capable de noircir, donne, sans la moindre impression « odique >, et si seulement le bain ne dépasse pas quelques millimètres de hauteur, un tachetage, non pas lumineux, , malgré les apparences, mais, en réalité, tout chimique, orienté suivant des lignes, non pas d'effluves éthérées, mais de flux liquide, et simulant, par son action sur la gélatine, au cours de ses phases successives, tous les aspects divers que nous avons vus mirifîquement décorés de si beaux noms.
« Rien de plus facile que de suivre tout le processus à l'œil, sans plaque et même sans révélateur, avec un liquide trouble quelconque, pourvu que les particules en suspension ne présentent pas, avec le liquide, une différence de densité telle que l'action de la pesanteur para-
lyse le libre jeu des actions moléculaires. » Le docteur Guebhard donne toutes les indications nécessaires pour produire l'image des effluves... du liquide et conclut en ces termes : « Sauf réserve pour le phénomène des auréoles et pour le truc de la plaque mouillée, sur lesquels nous aurons à revenir, je défie le plus énergique des extériorisateurs d'âme et des sécréteurs d'effluves de faire résister une aura à la petite balançoire photographique. Agitez donc, messieurs, agitez vos cuvettes, avant de nous servir de pareilles découvertes, et qu'on n'agite plus l'opinion de ce nouvel avatar qui risquerait de compromettre à toujours la cause, après tout défendable, de la recherche, en l'être vivant, d'une modalité particulière de l'énergie échappant à la gamme trop restreinte de nos sens, mais destinée à n'échapper peut-être pas toujours aux instruments des physiciens (i). »
(i) La Vie scientifique^ 9 octobre 1897, Cf. Revue scienit» fique, 14 novembre 1897.
5l6 SPIRITUALISME ET SPIRITISME
Il est impossible de ne pas se rendre au sentiment si juste, si bien fondé, du docteur Guebhard- La cause de la photographie spirite est entendue. Les 'psy chicanes ont vécu, et ils ne meurent pas seuls : ils entraînent avec eux dans la tombe et dans Toubli la thèse du docteur Baraduc aussi merveilleuse que fausse.
L'existence du fluide vital, toute problématique qu'elle est, serait gravement exposée et définitivement compromise par des conceptions aussi aventureuses que celles dont nous venons de parler :
elle s'appuie encore, il faut le reconnaître, sur des expériences positives^ scientifiques. Les travaux de M. de Puyfontaine ont droit à une mention spéciale et feront Tobjet du chapitre suivant.