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TRAVAUX DE M. DE PUYFONTAINE

La question du magnétisme animal ou vital a été récemment remise à Tordre du jour de la science par un livre très intéressant et très suggestif d'un distingué professeur de l'Université, M. Gasc-Desfossés (i). Longtemps négligée par les savants ou absorbée par des doctrines étrangères à la science, elle renaît aujourd'hui à la faveur d'expérimentations positives qu'il est nécessaire de connaître et de discuter.

Ces expérimentations, auxquelles Mon-

(i) Magnétisme viiaî^ expériences récentes (fenregistremeni, Paris, 1897.

Ûl8 SPIRITUALISME ET SPIRITISME

sieur Gasc-Desfossés a pu participer, ont été faites avec un galvanomètre perfectionné par M. le comte de Puyfontaine, amateur curieux et érudit plutôt que savant de profession : elles ne prouvent certes pas l'existence de la force psychique ni même celle du fluide vital, mais on ne saurait contester leur vif intérêt d'actualité.

Déjà, il y a vingt ans, dans le service de'Charcot, à la Salpêtrière, M. -de Puyfontaine avait donné des séances de magnétisme et montré les analogies du fluide magnétique et du fluide électrique.

Mais ces premières armes ne l'avaient pas satisfait. Désireux de trouver une démonstration matérielle, visible, incontestable de l'existence du fluide magnétique vital, il avait fait construire par Ruhmkorfî deux galvanomètres astatiques à fil d'argent de 30 kilomètres pour Fun et de 80 kilomètres pour l'autre. Leun sensibilité e$t nécessairement de beaucoup supérieure à celle des galvanomètres ordinaires à fil de cuivre

d'une longueur de 3 à 400 mètres, et les résultats qu'elle permet de recueillir sont parfois surprenants et toujours dignes d'une sérieuse considération (i).

« M. de Puyfontaine met une source électrique très faible, une petite pile à un seul élément, en communication avec son galvanomètre par l'intermédiaire de deux fils métalliques, entourés de soie isolante, et aboutissant chacun à une borne munie d'une vis à pression ; l'aiguille dévie rapidement, et va presque aussitôt buter, soit à droite, soit à gauche du o**, selon que l'on fait passer le courant positif ou le courant négatif à Taide du commutateur; toutes les indications connues se produisent si l'on introduit dans le circuit établi un régulateur, un interrupteur ou un commutateur.

« M. de Puyfontaine supprime alors la source électrique, et fixe à l'extrémité dé-

(i) Nous empruntons à M. Gasc-Desfossés les principaux éléments de ce chapitre, renvoyant à son livre très documenté les lecteurs désireux d*étudier à fond la question du magnétisme vital.

nudée de chacun des deux fils conducteurs une électrode; ces électrodes sont des cylindres métalliques creux dont le diamètre a 3 ou 4 centimètres environ ; une extrémité est ouverte, et l'autre, par où se fait la communication avec Tappareil, est fermée; cette extrémité fermée est munie d'une vis à pression, par laquelle est adaptée et fixée l'extrémité dénudée du fil. Il prend alors dans chaque main une des électrodes : aussitôt l'aiguille commence à accuser des déviations plus ou moins fortes soit à droite, soit à gauche du o*". Donc le corps humain se comporte à l'égard de l'appareil comme une pile, et il est possible de constater de visu l'émission extracorporelle d'un fluide très semblable au fluide électrique, et qui semble bien être de nature électro-magnétique. » (Gasc-Des-

TOSSÉS.)

Ces premiers résultats n'ont rien d'extraordinaire : ils révèlent l'existence d'une force physique et nullement celle d'une force vitale ou psychique. On doit croire

que l'organisme ne fonctionne pas sans dégager des forces électriques ou caloriques suffisantes pour actionner un galvanotnètre très sensible. L'important serait non pas de constater, mais de mesurer l'émission de ces forces, et c'est ce qu'on n'arrive pas à fijire avec l'appareil de M. de Puyfpntaine. Tout le monde ne produit • pas la même déviation de l'aiguille, et bien mieux, la même personne obtient, à des jours différents, des résultats très variables, qui ne sont pas encore expliqués et que l'on attribue, jusqu'à plus ample informé, à l'état nerveux, aux circonstances extérieures, etc.

« Le dégagement fluidique, écrit M. Gasc-Desfossés, est plus ou moins actif, selon l'état général dans lequel se trouve l'organisme, et particulièrement selon l'état nerveux, selon la température extérieure, etc. J'ai pu le constater moimême dans les diverses séances d'expériences que j'ai faites avec M. de Puyfontaine; car on pense bien que je ne me suis pas

contenté d'être simple spectateur, et que j'ai tenté de reproduire pour mon propre compte ce que j'avais vu faire. A ma première et à ma seconde séance, le 21 novembre et le 9 décembre 1894, je produisis des courants très appréciables, la seconde fois même plus que la première; le 21 novembre, M. de Puyfontaine avait développé des courants très intenses, et comme je le voyais pour la première fois à son appareil, j'avais été extrêmement frappé; le 9 décembre, ses courants étaient encore très appréciables, mais un peu plus hésitants et incertains. Le 21 décembre, je retournai chez lui; il était un peu fatigué, et ne produisit que des courants assez faibles. De mon côté, je me sentais peu dispos; j'avais eu plusieursjours de travail cérébral continu, je m'étais couché la veille au soir assez tard, et relevé le matin de très bonne heure; de plus il faisait un froid sec, notre salle impossible à bien chauffer était froide, au point que je sentais un petit tremblement intérieur : je ne fis

rien de bon ce jour-là, et je crois pouvoir l'attribuer à la dépense cérébrale et nerveuse que j'avais faite précédemment, et à la basse température qui me causait un peu de malaise. Le 22 janvier 1895, j'étais à peu près dans les mêmes dispositions, la température était froide et humide, et je ne pus produire que des courants très faibles. ^ L'hypothèse de notre auteur est peut-être juste, mais elle est appuyée sur de trop faibles bases pour s'imposer à la science.

M. de Puyfontaine ne se borne pas à produire des courants assez intenses dans son galvanomètre : il manifeste la singulière faculté de diriger volontairement ces courants dans un sens déterminé. « Il annonce à l'avance le sens dans lequel il veut faire dévier l'aiguille, et la fait dé« vier en effet; bien plus, il peut, sans changer de mains les électrodes, faire passer à son gré le» courant négatif ou le courant positif, à la demande du spectateur : c'est donc la volonté seule qui fait

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changer le signe du courant. La volonté peut régler aussi le courant avec une grande précision : M, de Puyfontaine me demande, raconte M- Gasc^Desfossés, sur quelle division du cadran je veux qu'il arrête Taiguille, et si c'est à droite ou à gauche du 0*"^ il conduit effectivement son aiguille, soit immédiatement, soit après quelques légères hésitationSj là où je le lui avais indiqué^ et maintient la position de Taiguille aussi longtemps que je le lui demande. La volonté dispose donc de la source fluidique qui est dans Torganisme, et joue à son égard tout à la fois le rôle d'excitateur, de commutateur, de régulateur, d'interrupteur; elle en ouvre ou en ferme les écluses à son gré, et en règle le débit comme bon lui semble* >

L'expérience réussit presque aussi bien si l'on prend les deux électrodes dans la même main, sans aucun contact entre elles, ou si, plongeant les deux extrémités, dénudées des fils dans un verre rempli

d'eau pure, on met les doigts dans l'eau en face des fils : l'aiguille dévie seulement moins franchement, et la direction volontaire paraît plus laborieuse.

« Mais, puisqu'il s'agit de magnétisme vital, observe M. Gasc-Desfossés, il y a une bien autre démonstration expérimentale à donner : il faut prouver que le fluide passe d'une personne dans une autre, il faut faire voir son transfert d'un organisme dans un autre. Rien n'est plus simple : M. de Puyfontaine me donne la main, puis, prenant une électrode de son autre main libre, il me donne à tenir l'autre électrode ; il me demande alors de n'avoir aucune volonté, de ne faire mentalement aucun effort qui puisse tenir en échec sa volonté à lui; il m'indique à l'avance dans quel sens et de combien de degrés il veut faire dévier l^aiguille, et les déviations annoncées se produisent.

Mon corps est donc traversé par son fluide avant d'arriver au galvanomètre, le passage est donc prouvé de la manière la

moins contestable... Il va sans dire que la chaîne vivante peut comprendre plusieurs personnes; mais plus le nombre en sera grand, plus l'efficacité de la volonté de la part de l'expérimentateur producteur du fluide sera douteuse, à cause du nombre plus grand des résistances possibles, conscientes ou inconscientes, pendant que le fluide traverse successivement les diverses personnes. Le 20 décembre 1895, il y a eu une séance d'expériences chez M. de Puyfontaine, à laquelle j'ai pris part avec trois de mes amis que j'avais amenés, M. B., M. Ch., M. M.-D. La plus intéressante a été l'expérience de la chaîne de transmission, que nous avons faite tous les cinq; M. de Puyfontaine se tenait à droite avec une des électrodes dans la main droite, M. B., à gauche, avait pris dans sa main gauche l'autre électrode; M. M. -P., M. Ch.

et moi, pour les relier l'un à l'autre, avions formé la chaîne en nous prenant les mains. La transmission fut très nette : les déviations de l'aiguille demandées par l'un

OU Tautrs d'entre nous se produisaient aussitôt à la volonté de M. de Puyfontaina. -^

Il n'y a dans ces expériences qu'un fait dont on ne se rend pas compte et qui paraît déconcertant : c'est l'action personnelle de M. de Puyfontaine. Comme on l'a vu. il possède seul le pouvoir de diriger volontairement les courants. Comment expliquer son singulier et exorbitant privilège? 11 n'est pas sorcier, il n'a pas la prétention d'être thaumaturge, et cependant il opère comme un véritable magicien. On ne saurait croire qu'il a tellement pratiqué son galvanomètre qu'il est arrivé à le discipliner et à régler à son gré les mouvements de l'aiguille. Si son action est purement physique comme il est permis de le supposer, pourquoi n'est-elle pas susceptible de reproduction? Pourquoi les amis, les disciples de M. de Puyfontaine ne partagent-ils pas plus ou moins son pouvoir? Il est difficile de comprendre une telle particularité, et il est impossible

de tirer de son exemple le moindre argument en faveur du fluide magnétique ou vital, tant que l'expérimentation restera aussi étroitement bornée. Testis unus, testis nullus.

M. Gasc-Desfossés n'a pas vu que la faculté extraordinaire de son maître est plus inexplicable que le fluide vital luimême : il a constaté sa propre inaptitude à diriger le courant, . et il l'avoue avec candeur, sans la moindre surprise.

« J'ai fait, écrit-il, quatre longues séances chez M. de Puyfontaine ; chacune a duré d'une heure et demie à deux heures, mais il en faudrait vraisemblablement un bien plus grand nombre pour que je puisse arriver à diriger mes courants : car, si dans les deux premières j'ai produit des courants appréciables, je n'ai pu me rendre maître de leur direction, tandis que je voyais M. de Puyfontaine faire évoluer l'aiguille à son gré. J'ai d'ailleurs fait avec lui une expérience qui m'a fait voir de la façon la plus évidente la dif-

férence énorme qui sépare une volonté entraînée d'une volonté neuve et inexpérimentée : il a pris une de mes mains, nous avons pris chacun de nôtre autre main libre une des électrodes, et j'ai voulu faire dévier l'aiguille dans tel ou tel sens, en le lui anonçant à l'avance ; il était convenu qu'il opposerait sa volonté à la mienne, et s'efforcerait de faire dévier l'aiguille dans la direction opposée à celle que je lui avais indiquée. Le résultat fut tel qu'il était facile de le prévoir ; chaque fois ma volonté fut contrariée par la sienne, et les déviations de l'aiguille se firent dans le sens opposé ; je fus battu à plate couture dans chaque rencontre. »

Les expériences de M. de Puyfontaine ne sont ni concluantes ni décisives : elles veulent être reprises et développées avant d'être définitivement reçues dansla science; mais, nous le répétons, elles ont une étrange singularité et accusent plutôt la force de leur auteur que l'existence du fluide vital.

Ce n'est pas le sentiment de M. Gasc- Desfossés qui, plein d'un ardent enthousiasme, attribue aux résultats obtenus une immense portée et ne veut pas voir les nombreux desiderata qu'ils laissent au jugement des savants impartiaux. « L'intérêt des expériences faites sur le galvanomètre de M. de Puyfontaine nous paraît considérable pour la démonstration expérimentale du magnétisme vital : il est difficile de nier après les avoir vues que le corps humain soit un réservoir de fluide présentant des propriétés analogues à celles du fluide électro-magnétique ordinaire, que ce fluide puisse passer d'un corps dans l'autre, et que la volonté soit capable de diriger et de régler l'émission de ce fluide hors de l'organisme : trois points dont la démonstration nous semble d'une importance non seulement capitale, mais décisive pour établir la thèse du magnétisme vital.

« Quand on aura, disait le docteur Charpignon, construit un instrument ca-

pable de faire apprécier le fluide magnétique humain, comme Télectromètre rend sensible le fluide électrique, comme le galvanomètre révèle le fluide électro-magnétique, comme Taiguille aimantée est sensible au fluide magnétique du globe, alors la physique du magnétisme animal révélera des secrets de la nature encore incompréhensibles par les théories actuelles (i). »

«: Cet instrument existe, et le rêve de Charpignon est réalisé. ^

Telle est la conclusion hardie et décisive de M. Gasc-Desfossés. Le chapitre suivant nous montrera qu'elle est vaine et illusoire.

(i) Physiologie t médecine et métaphysique du magnétisme^ 1848, p. 63.

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