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ENREGISTREMENT DE FLUIDE

L'instrument rêvé par le docteur Charpignon et par beaucoup d'autres n'existe pas ; les savants ne sont pas arrivés, malgré les plus généreux efforts, à enregistrer le fluide vital d'une manière certaine, indiscutable. Atteindront-ils jamais le résultat si ardemment poursuivi? Nous ne savons" mais la tâche est si rude, si complexe, hérissée de tant de difficultés qu'il est permis de douter et même de désespérer du succès.

Tous les appareils imaginés par les magnétiseurs, même celui de M. de Puyfontiiine, d'ailleurs si remarquable, ont le

même défaut capital, essentiel : ils ne remplissent pas les conditions nécessaires, ils n'éliminent pas les causes d'erreur, c'està-dire les influences calorifiques ou électriques. Les effets constatés sont ambigus et peuvent toujours être rapportés à un fluide purement physique, électrique ou autre.

Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un rapide coup d'oeil sur les principales tentatives d'enregistrement qui ont été faites à notre époque.

Dès le milieu du siècle, un magnétiseur connu, Lafontaine, cherchait à démontrer expérimentalement l'hypothèse de Mesmer par les expériences suivantes :

« Il faut prendre, dit-il, une aiguille de cuivre, de platine, d'or ou d'argent, percée au milieu; la suspendre horizontalement par un fil de soie non filé dans un vase en verre de vingt à trente centimètres de hauteur, hermétiquement fermé ; puis alors vouloir agir sur cette aiguille en présentant à une de ses pointes le bout des doigts à travers le verre, à une distance de cinq

à dix centimètres. Sous rinfluence magnétique, on verra Taiguille tourner à droite ou à gauche, suivant la volonté de l'expérimentateur.

« Voulant arriver à prouver d'une manière péremptoire, non seulement l'existence, la force^ la puissance du fluide magnétique animal, mais encore son analogie avec le fluide magnétique minéral, avec lequel il présentait le plus de similitude par les attractions que j'obtenais sur les corps vivants, j'ai pensé qu'il devait avoir aussi une action sur la matière. J'ai fait, dès 1840, des expériences sur l'aiguille d'un galvanomètre, et j'ai pu alors constater que l'action du fluide magnétique animal est la même sur l'aiguille aimantée que celle du fluide magnétique minéral.

« Ainsi un barreau de fer aimanté attire l'aiguille et la fait dévier; présenté par l'autre pôle, il la repousse.

« Le fluide vital produit le même effet, et, qui plus est, on n'a pas besoin de

changer les pôles pour obtenir les deux effets : le même pôle d'un barreau de fer doux peut attirer et repousser l'aiguille, etc.

€ Voici maintenant une expérience faite sur Teau qui auratoutàTheure les mêmes propriétés que le fer. Prenez un verre, remplissez-le d'eau ordinaire ou mieux d'eau distillée; saisissez les fils conducteurs du galvanomètre aux endroits où ils sont recouverts de soie, de sorte que vos doigts ne puissent les oxyder; plongez le bout dans l'eau : l'aiguille ne remue pas et ne va ni à droite ni à gauche. Cela fait, retirez les fils, magnétisez Teau sans y toucher par quelques passes au-dessus du verre; puis, lorsque vous croirez l'eau saturée de fluide, ploQgez-y de nouveau le bout des fils conducteurs; vous verrez alors l'aiguille parcourir sur le cadran lo, 15, 20 degrés, et quelquefois plus.

« Pour qu'aucune objection ne puisse s'élever, pas même celle de l'oxydation du bout des fils conducteurs par l'eau,

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mettez-les en platine, et vous aurez les mêmes résultats.

€ Toutes ces expériences m'ont prouvé que les deux fluides magnétiques, minéral et animal, ont les mêmes propriétés, produisent les mêmes effets, et que, puisqu'il y a analogie dans leurs eifets, il doit y avoir la même analogie dans leur principe et dans leur nature (i). »

La conclusion- de Lafontaine est très justifiable, et ses expériences auraient une réelle valeur si elles étaient vérifiées et susceptibles de reproduction. Malheureusement elles refusent de se répéter avec succès et, comme celles de M. de Puyfontaine, attestent seulement la /(9r^^ ou, si Ton préfère, l'habileté de celui qui les a conduites. Reprises de nos jours par M. Bonjean, dans les conditions mêmes indiquées par Lafontaine, elles n'ont donné aucun résultat ni pour l'aimanta-

(i) Lafontaine. L'art de magnétiser ^ ou le magnétisme ani^ mal, considéré sous le point de vue théorique^ pratique et thé^ rapeutique, 5* édition, 1886, p. 35-43,

tion des barreaux de fer doux, ni pour le galvanomètre.

« A différentes reprises, raconte M. Bonjean, et notamment les 5, 13 et 19 novembre 1889, nous nous sommes efforcés en vain, les uns après les autres, et chaque fois pendant une période de cinq minutes au moins, d'aimanter un barreau de fer doux, de manière à lui faire repousser ou attirer, selon les pôles, l'aiguille d'une boussole; ou bien, avec les mêmes soins et pendant un même laps de temps, nous avons voulu rendre neutre un barreau de fer aimanté...

« Invariablement, pour chacun d'entre nous, après l'expérience, le fer non aimanté attirait l'aiguille sans la repousser jamais, et le fer aimanté, malgré tous nos efforts contraires, conservait son altération , ses propriétés attractives ou répulsives selon la présentation de l'un ou de l'autre pôle. >

L'expérience du galvanomètre n'a pas été mpins vaine.

« Quand nous eûmes plongé le bout des fils conducteurs dans Teau saturée de fluide, l'aiguille du galvanomètre conserva son impassible immobilité. Non seulement elle ne bougea pas des 10 à 20 degrés annoncés par Lafontaine, mais elle ne bougea même pas d'un degré, d'un seul, ni même d'un dixième, ni même d'un centième*

« Toutes nos expériences ont été marquées du même insuccès, et chacun de nous s'en est rendu parfaitement compte en essayant soi-même à nouveau et à plusieurs reprises (i). »

L*insuccès de M* Bonjean est-il dû à la faiblesse de son galvanomètre et aurait-il été évité avec le galvanomètre perfectionné de M.. de Puyfontaine, comme l'affirme nettement M. Gasc-Desfossés?Nous ne le pensons pas, car il est présumable que rinstrument du magnétiseur qu'il contredit n'était pas meilleur que le sien.

{i)V Hypnotisme, 1890, ji: 57-40.

L^oppositioti de leurs résultats n'en est que plus inexplicable et laisse sans réponse la difficile question du magnétisme animal.

Parmi les appareils enregistreurs plus récents, il faut signaler ceux de Lucas et de Fabbé Fortin. Ce dernier appelé ma" gnétomètre et utilisé par le savant curé de Chalettes pour pronostiquer le temps, est décrit en ces termes parle docteur Foveau de Courmelles :

« A la base, reposant sur le socle, est le condensateur directement en communication avec le sol. Ce sont des feuilles d'étain repliées entre elles, mais séparées par une substance isolante. Au-dessus, est un multiplicateur métallique formé d'unloîig fil dont les tours sont isolés... Enfin, mobile au-dessus d'un cadran divisé, est une aiguille magnétique, mais non aimantée. La mobilité de cette aiguille est extrême, car ses oscillations, souvent peu considérables, ne sauraient être appréciées s'il en était autrement.

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« Si l'on approche un aimant de l'aiguille, on n'a rien sur le moment; mais enlève-t-on l'aimant au bout de deux minutes et attend-on le même laps de temps, on obtient une déviation de quelques degrés. Si Ton opère de même avec la main, on voit également un déplacement de Taiguille se produire... Ces actions après coup, de l'aimant et du corps humain semblent être, sinon identiques, du moins analogues (i). >

Cet appareil est simple et fort ingénieux, mais trop primitif pour répondre aux exigences de la science expérimentale : comme le dit judicieusement M. Gasc-Desfossés, il ne donne pas un enregistrement fixe et régulier et doit être abandonné aux météorologistes. Tel n'a pas été cependant l'avis du docteur Baraduc qui a utilisé le magné^ tomètre de l'abbé Fortin et en a fait le biomètre pour étudier et mesurer ce qu'il appelle la force vitale on psychique. Les

{i) Revue universelle des inventions nouvelles ^ 1890, p. 104.

travaux de notre savant confrère (i) s'inspirent peut-être plus de théories préconçues et de la doctrine occultiste que de la méthode expérimentale, mais ils n'en doivent être examinés que de plus près et sans parti pris.

M. le docteur Baraduc^ nous donne la description suivante de son biomètre.

« L'appareil que j'ai employé est le magnétomètre de l'abbé Fortin, tel qu'il l'a fait fabriquer lui-même, c'est-à-dire composé essentiellement d'un fil de cocon de o'",25 environ de longueur, très fin, non tordu, fixé en haut à un plateau de verre, et terminé en bas par une aiguille de fil de cuivre recuit, autour de laquelle le fil de cocon vient s'enrouler sur la partie médiane sans aucune ligature ou boucle à cet endroit. Le cadran, divisé en 360 degrés, surmonte une bobine de fil fin, entourant un petit cylindre en verre.

« Le tout est contenu dans un cylindre

(i) La Force vitale; Lame humainâf ses mouvements^ etc»

en verre de diamètre suffisant, destiné à isoler l'appareil de tout courant d'air et de la chaleur ; c'est à travers ce cylindre que les phénomènes d'attraction et de répulsion ont lieu, sans qu'il y ait contact, par les doigts placés à o",05 du cylindre. L'appareil est mis dans un coin sur une planchette triangulaire, fixée dans Tangle dièdre de deux murs épais qui ne peuvent être ébranlés par la trépidation des voitures; l'angle dièdre est dans une obscurité relative, de telle façon que le radiomètre de Crookes ne soit pas impressionné, et que la chaleur solaire n'y arrive pas directement.

« L'appareil est orienté dans la ligne sud-nord, de façon à ce que cette ligne passe par le plan médian du corps de la personne observée; ses bras sont appuyés contre le mur, ou mieux soutenus par des accoudoirs, comme M. le professeur Richet en a fait installer dans son laboratoire; la personne présente l'extrémité digitale de la main, soit droite, soit gauche, à Tune

des extrémités de l'aiguille, de telle façon qu'à travers la convexité du verre le plan de la main soit perpendiculaire au plan de l'extrémité de l'aiguille.

« La durée de l'observation est de deux minutes ou de cent vingt secondes; on observe l'écart ou l'angle chiffré par le nombre de divisions, dès que l'aiguille a décrit dans le sens attractif ou répulsif tout son cours, et qu'elle s'est fixée dans un point différent de celui où on l'avait observée, avant l'expérience. Quel que soit le sens du mouvement produit, l'allure de ce mouvement est différente suivant les personnes; tantôt très lente à la fin des deux minutes, tantôt très rapide au début, ou présentant des oscillations, c'est-à-dire donnant dans l'unité de temps, une attraction et une répulsion ; tantôt restant après l'opération plus ou moins fixée au point obtenu, ou revenant de suite au point qu'elle occupait primitivement : l'aiguille reflète d'une façon mathématique le mouvement qui se produit en nous, comme

allure, comme chiffrage, et donne une formule biométrique bien particulière à chaque personne.

€ Il faut avoir soin de prendre la formule en dehors de tout travail digestif, au moment de calme physique et moral où la personne est le plus elle-même. Je la prends d'habitude vers dix heures du matin et de deux à cinq heures du soir, et laisse de deux à cinq minutes entre chaque prise.

€ J'ajoute que la formule biométrique est l'expression de l'état vital, de l'état d'être au moment oii elle est prise; cette formule peut être variable ou fixe, suivant les tempéraments et le$ dispositions, mais il ne faut pas la considérer comme une formule absolument une, invariable; elle peut refléter, au contraire, des états momentanés différents, très variables pour les uns, fixes pour les autres, suivant la caractéristique de chacun, la dominante personnelle. »

M. le docteur Baraduc ne borne pas son

ambition à constater des phénomènes, il veut avant tout corroborer sa thèse favorite. Tout rédifice, nous allions dire le roman psycho-physiologique qu'il a construit, repose sur Thypothèse gratuite d'une force vitale; mais notre confrère, avant de subirla contradiction des philosophes, doit d'abord répondre aux graves objections des physiciens.

La force vitale qu'il imagine et qu'il prétend enregistrer avec son appareil n'estelle pas tout simplement une force physique, de la chaleur ou de l'électricité?

C'est très probable, et alors que devient réchafaudage laborieusement élevé? — Il s'écroule. Le biomètre ne servirait qu'à constater les manifestations physico-chimiques de la vie : voilà ce qu'il est permis de présumer, et la défense embarrassée, sans force et sans vertu, du docteur Baraduc n'est pas faite pour nous détromper.

Notre confrère veut d'abord prouver que sa « force vitale » n'est pas de la cha-

leur, et il institue rexpérience suivante.

Alors même que Ton isole l'appareil dans un bloc de glace de 10 centimètres d'épaisseur, il continue d'être influencé par plusieurs personnes. — L'épreuve est-elle concluante? Nul n'oserait l'affirmer. Tout le monde sait que la glace n'intercepte pas les rayons caloriques : qui ne se rappelle les lentilles fabriquées dans des blocs de glace et capables comme d'autres de concentrer les rayons et de produire le feu à leur foyer?

Une autre expérience n'arrive pas davantage à éliminer la chaleur. On place le magnétomètre sous une cloche où le vide relatif est fait par une pompe à eau, et la déviation se produit encore, bien que, nous dit-on, « la chaleur se propage plus difficilement dans les espaces raréfiés, témoin le froid intense des espaces inter-sidéraux, et la production de glace au contact de vases soumis à une brusque raréfaction. » Ici la méprise est singulière, car si la chaleur ne se propage pas dans

le vide par conductibilité, il est évident qu'elle s'y propage par rayonnement.

Nous n'insistons pas sur une question de physique aussi élémentaire.

Poursuivant son idée d'écarter du champ d'expériences toutes les causes physiques d'erreur, M. le docteur Baraduc croit avoir trouvé dans l'alun une substance capable d'intercepter complètement la chaleur et dans le mica un obstacle invincible à la propagation de l'électricité. En enveloppant son appareil d'une double couche d'alun et de mica, il pense atteindre le but de ses rêves, se mettre à l'abri de toutes les influences physiques et triompher de toutes les objections.

« J'ai définitivement, dit-il, constitué le biomètre avec une double cuirasse d'alun coUodionné adiathermique qui ne laissait pas passer la chaleur, et avec une cuirasse de mica adiaélectrique qui ne laissait pas passer l'électricité, le tout revêtu de soie. — Pour bien confirmer le caractère de la force vitale, comme force indépendante de la

chaleur et de Télectricité avec l'appareil à double cuirasse, j'ai pris pendant 90 jours ma propre formule biométrique; je l'ai comparée avec le méridien cosmique ou magnétismesidéral,exprimépar la position spontanée prise par l'aiguille sur le cadran divisé en 360*, et indiqué en prenant son pôle sud comme point de départ de son mouvement vers l'ouest à sa gauche, vers Testa sa droite; le degré. d'électrométrie, les phases lunaires, la moyenne d'humidité de la journée, la moyenne de la température, la moyenne barométrique et la direction des vents, au moment où ma vie a été péniblement agitée, et où j'ai pu vérifier la valeur de la formule biométrique par la conscience de mon état d'âme, ont été notés en un tableau...

«• ... Il ressort nettement de ces expériences que ce ne sont ni des conditions extrinsèques à nous climatériques, ni les phénomènes intrinsèques caloriques, électrogéniques, de notre corps matériel qui mouvementent l'aiguille, mais bien nos

propres mouvements animiques, ceux dé l'âme dans ses manifestations physiques et psychiques. »

Ces déclarations sont très catégoriques, mais nullement convaincantes : elles ne se concilient pas avec les faits. Ni les influences cosmiques, ni les phénomènes physico-chimiques de là vie ne sont mis hors de cause, ni absolument écartés parles précautions qu'invoque gravement notre confrère. La démonstration des premières ne serait qu'un jeu pour le moindre physicien. L'interposition d'un écran de mica n'empêche nullement l'action de l'électricité parânfluence. Quant au pouvoir adiathermique de Talun dans les mêmes conditions, il est très discutable.

Mais, en supposant écartées ces deux influences extérieures, la force vitale, de M. Baraduc ne serait pas encore prouvée par les mouvements de l'aiguille aimantée :

elle ne serait surtout pas isolée au point d'être mathématiquementmesurable. Comment notre confrère pourrait-il séparer et

distinguer les mouvements animiques des mouvements physiques, caloriques ou autres, de notre corps matériel qui en sont le substratum constant et l'accompagneinent nécessaire? Cest là un grave problème qui ne nous paraît nullement résolu, car il ne suffit pas d'une affirmation de M. le docteur Baraduc pour le trancher.

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