‹ Spiritualisme et spiritismeChapitre 15 sur 19 · ESPRIT, FLUIDE ET MATIÈRE · texte numérisé non relu

ESPRIT, FLUIDE ET MATIÈRE

Le fluide vital ou magnétique existe-t-il?

Il est permis d'en douter en présence des faits ambigus et contradictoires que la science a jusqu'ici enregistrés; mais, s'il existe, c'est certainement une force matérielle, d'ordre exclusivement physique.

Or, dans toutes les recherches qu'il a provoquées^ il n'est pas difficile de constater que nombre d'auteurs , peu familiarisés avec la philosophie ou plongés dans les théories spirites, tendent à en faire une sorte de force immatérielle, et à le confondre plus ou moins avec la force psychique ou spirituellei Là est Terreur, là est le danger

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qu'il faut à tout prix éviter, qu'il est urgent de combattre san^ merci.

L'esprit n'a rien de commun avec la matière. Il est inétendu, invisible, intangible, ne se pèse ni ne se mesure, à l'inverse des corps qui sont nécessairement étendus, divisibles et mesurables. Entre l'esprit et la matière, il y a un abîme que rien ne saurait combler au point de vue philosophi- • que. Quelques physiologistes, il est vrai, ont prétendu faire ce prodige en voyant dans l'activité nerveuse un passage naturel et facile des forces physico-chimiques aux forces mentales; mais ils ont dû renoncer à leur chimère dès qu'ils ont voulu la confronter avec les faits. La force nerveuse est d'ordre vital et n'offre aucune ressemblance avec les simples forces cosmiques :

des analogies seules les rapprochent. L'opinion qui assimile l'influx ou fluide nerveux au courant électrique ou à quelque autre agent physique a pu séduire un instant les savants, mais est aujourd'hui absolument controuvée : nous ne reviendrons pas sur

ce point largement traité dans un chapitre spécial.

Mais certains auteurs insistent et se persuadent qu'un fluide particulier pourrait servir de transition entre ce qui se voit et ce qui ne se voit pas, entre le corps et Tesprit. C'est une illusion grave et dangereuse. Quel qu'il soit, de quelque nom qu'on le décore, le prétendu fluide ne sera jamais un moyen terme : ce sera toujours de la matière, ce ne peut être de l'esprit. Qu'il soit invisible, impalpable, impondérable, nous n'y contredisons pas. Mais ces caractères n'appartiennent pas nécessairement à l'esprit. L'influx nerveux les présente, et nul ne songe à le dire spirituel : c'est une force spéciale de la vie qui s'exerce par des organes matériels et emprunte aux forces physico-chimiques tous ses éléments d'exercice. Nul n'oserait prétendre que les forces de la matière brute sont toujours visibles, palpables et pondérables : ce serait une hérésie scientifique. Pour prendre un seul exemple, la force électrique, dont nous

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observons tous les jours les étranges métamorphoses et les merveilleux effets, -est invisible, 5e mesure, mais ne se pèse pas.

Elle contribue certainement pour une large part aux manifestations deTinfluxnerveux, mais n'en est pas la cause : c'est ce qui explique leur analogie.

Le fluide supposé ne serait pas seulement impalpable, invisible, pour plusieurs il serait éthéréy c'est-à-dire qu'il appartiendrait à une essence spéciale, supérieure à la matière. Ne nous laissons pas prendre à une pétition de principe. Il y a ici une étrange illusion que la science dissipe facilement.

L'éther , quelque léger et subtil qu'on le suppose, n'est qu'un état particulier de la matière, caractérisé par une disposition spéciale des atomes : il n'a donc rien de spirituel. C'est, si Ton veut, delà matière raréfiée ou quintessenciée, mais c'est toujours de la matière. Au surplus, de l'aveu même des physiciens et des chimistes, c'est une simple hypothèse, commode, utile, néces* saire même^ mais qui n'est pas démontrée

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expérimentalement et qui ne le sera peutêtre jamais. L'esprit, lui, n'est pas une hypothèsei c'est une certitude, attestée par mille preuves dont une seule suffirait : nous parlons du témoignage de la conscience.

Si la matière n'offre pas de fluide assez subtil pour se confondre avec l'esprit, celui-ci à son tour, ne pourrait-il pas présenter des caractères qui le rapprocheraient de la matière? La supposition répugne manifestement à la raison et ne nous arrêterait pas si elle n'avait été admise par quelques savants contemporains. Leur bagage philosophique était si mince qu'elle ne les a pas rebutés et qu'ils ont délibérément matérialisé l'esprit, admettant des «: ondulations de la pensée humaine » et des « vibrations d*esprits ». N'insistons pas sur de pareilles aberrations, indignes de la science.

La distinction de l'esprit et du corps est facile et serait admise depuis longtemps sans la moindre contestation, si les spirites ne s'étaient pas avidement

emparés de la question et n'y avaient à plaisir semé Terreur et la confusion. La vérité leur importe moins que le succès.

Ils ont accumulé les hypothèses, les inductions, les analogies, sans les appuyer d'un seul fait nouveau, et ils ont eu la prétention de créer une doctrine. Mais l'imagination ne remplace pas la science.

Une théorie sans base n'est pas acceptable. Le fluide vital ou magnétiquCy même sous le nom de périsprit ou de corps astral^ ne constitue pas un rapprochement et un lien entre la matière et l'esprit : c'est un fluide qui n'a rien de spirituel, et dont on ne pourrait contester la matérialité, s'il était jamais vérifié d'une manière certaine.

En dépit des prétentions spirites, ^resprit et le corps gardent leurs nécessaires rapports, leur contraste saisissant et leur opposition fondamentale. L'avenir reste à la science sérieuse, impartiale et à la philosophie spiritualiste.

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