‹ Spiritualisme et spiritismeChapitre 16 sur 19 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LE SPIRITISME

Le spiritisme est une doctrine à double face et par suite fausse et trompeuse.

Pour les uns, gens simples et crédules, elle caractérise la croyance aux esprits^ le spiritualisme le plus pur et se borne à permettre la communication avec les âmes des défunts. Mais on ne peut évoquer et interroger ces esprits que par le ministère des médiums, prêtres attitrés de ce nouveau culte.

Pour les autres, ce n'est plus une religion, mais une philosophie et une science qui en prennent la place : la doctrine n'a

pas les timidités ni les ignorances de ses aînèds, elle connaît tout, ce monde et l'autre, les lois de la vie et de la mort, la constitution 4e l'homme et de l'univers.

Une telle prétenti<m n'en impose pas aux esprits scientifiques qui savent admirablement les étroites limites de nos connaissances, leurs lacunes et leur desiderata, mais elle est faite pour séduire et entraîner les esprits moins élevés, quoique cultivés, désireux de pénétrer les mystères de la nature. Le charlatanisme a toujours du succès. Aussi ne faut-il pas être surpris des progrès et de la vogue du spiritisme à notre époque, d'autant plus qu'il se présente d'ordinaire sous des allures religieuses et accuse le plus grand zèle pour la défense de Dieu, de l'âme et de l'immortalité.

Le spiritisme ne ment-il pas à son titre et à ses promesses? Le spiritualisme trôuve-t-il en lui un soutien et un allié?

La question vaut la peine d'être examinée :

elle n'est pas facile, car les nombreux ou-

vrages où se trouve exposée la doctrine sont pleins d'une phraséologie vague et obscure où l'expression masque la pensée et où les mots ont double sens. Essayons de nous orienter dans ce ténébreux dédale, et résumons succinctement le sentiment des spirites sur Dieu et V homme.

Dieu est éternel, immuable, immatériel, unique, . tout-puissant. Tel est l'enseignement commun qui rassure les simples. AUain Kardec, le grand théoricien de la secte, professe même que Dieu est le créateur de l'univers. Mais allons au fond des choses, et la notion s'altère gravement. — Dieu n'est plus personnel. Le créateur se fond en quelque sorte avec la créature, la cause première avec les causes secondes. Il n'y a plus entre eux de distinction substantielle. Dieu est dans Thomme, comme l'homme fait partie essentielle de Dieu. Le Grand Esprit^ comme on l'appelle, devient la synthèse des mondes visible et invisible.

Un grossier panthéisme, tel est le fond

de la doctrine spirite qui s'accuse plus ou moins nettement partout et traduit la foi matérialiste la plus accentuée. L'unité substantielle de tout l'univers embrasse le monde vivant, l'homme et Dieu ; et les notions de matière et à'esprity de matérialité et à' immatérialité s'y rencontrent et s'y perdent. C'est du moins l'avis d'un spirite déterminé, le docteur Baraduc, qui croit aveuglément à la force vitale et l'identifie avec le grand tout. « Toute la nature, écrit-il, est dans une admirable adaptation, avec une seule substance, la force vitale, par la volonté à* Un seul qui comprend tout (i). » Il est permis de douter que Dieu comprenne tout, car notre pauvre intelligence, reflet de l'intelligence infinie, ne comprend rien... à ce galimatias superbe que le spiritisme ose nous présenter comme le dernier mot de la science.

L'enseignement des spirites sur l'homme

(i) La Force vitale^ ia fine.

n'est pas meilleur ni plus clair que celui qu'ils donnent sur le Créateur. Ils rejettent dédaigneusement le traditionnel dualisme et prétendent que /r^/^ principes distincts s'unissent pour nous composer.

Ce sont : le corps matériel, support et organe des deux autres ; Vesprit, cause de l'intelligence et de la volonté; enfin une sorte d'intermédiaire entre l'esprit et le corps, lien fluidique qui tient de l'un et de l'autre, les relie ensemble et suit l'âme après la mort. Ce troisième principe, décoré de noms très divers : âme, périsprit^ corps astral, double^ est l'objet de toutes les sollicitudes des spirites qui lui attribuent un rôle considérable, prépondérant dans la vie et même au delà de la tombe.

A l'état latent chez la plupart des hommes, il peut sortir du corps. Quelques personnes privilégiées ont l'avantage de l'émettre en plus ou moins grande quantité : ce sont les médiums, ainsi désignés parce qu'ils servent d'intermédiaires entre le monde visible et le monde invisible. Les esprits

du monde invisible ne sont le plus souvent que les âmes des défunts, esprits séparés, des corps et enveloppés du fluide subtil, le périsprit, qui leur permet d'agir sur le monde matériel et de communiquer avec les médiums.

La destinée de Thomme n'est pas celle qu'enseignent la raison et la foi : elle est étroitement limitée à cette terre et à l'union transitoire que réalise le périsprit entre le corps et l'esprit. Lés spîrites prétendent gravement que les esprits s'incarnent successivement dans les corps humains. Après la mort, l'âme erre à l'aventure jusqu'à ce qu'elle prenne corps de nouveau soit sur la terre, ^oit dans une planète. La métempsycose qui a eu cours autrefois n'est plus guère acceptée. Les esprits s'incarnent toujours dans le corps d'êtres raisonnables ; mais on admet que l'esprit doit réaliser une certaine perfection pour devenir homme.

Le progrès est d'ailleurs la loi suprême des réincarnations : sa rapidité est variable et ^n rapport aveo 1^9 libres efforts quenoud

SPIRITUALISME ET SPIRITISME 26y

► faisons pour arriver à la perfection. Il n'y a ni ciel ni enfer : c'est la conséquence logique de la théorie des réincarnations qui supprime la personnalité consciente, le devoir et la responsabilité.

Mais laissons là la fausse et dangereuse morale du spiritisme et revenons à sa théorie philosophique de l'homme pour tâcher de la comprendre et de l'expliquer.

Voici les compendieuses notions que nous fournit un maître de la doctrine : « L'âme humaine est mouvement, vibrante lumière et création par la pensée de V esprit. Vego, l'intelligence et la lumière réunis sont ce que l'Église appelle couramment l'âme, sans distinguer la lumière de vie de l'esprit d'intelligence, de Vego divin dans le composé humain. Le corps est un vêtement de chair pour l'âme, qui, elle-même, est le vêtement de force et de lumière, qui voile l'esprit, lequel constitue Vego supérieur persistant, immortel, non dissociable. En analyse scientifique, dans l'homme tribun, fait dç matière^ dç fçrçe vitalç ç^ d'esprit-

intelligence, il faut distinguer le corps, la lumière-vie {âme physique et psychique intermédiaire entre le corps et l'esprit et tirée de la lumière cosmique invisible) et V esprit supérieur. Je me sers du mot âme parce que toujours, partout, de tout temps, le mot âme, anima, amour, aour, aor ou roua^ a voulu exprimer deux choses identiques : la vie et la lumière de vie; c'est ainsi qu'on désigne l'âme vitale, la force vitale, dans l'homme et l'Univers.

L'âme humaine, d'après les données de l'Église, c'est-à-dire l'âme volontaire et responsable, est non l'âme instinctive, physique, animata, immédiate au corps, mais l'âme psychique, animans, immédiate à l'esprit, qu'elle contient; c'est réellement Vego; tandis que l'âme physique n'est que de la matière subtile; entre l'esprit immatériel et le corps matériel, il y a Vâme, la lumière de vie, qui subit toute la graduation d'immatérialité et de matérialité, pour remplir son rôle d'intermédiaire entre deux choses qui sans elle

SPIRITUALISME ET SPIRITISMf 265

n'auraient pu avoir de point de coutact{i).»

A travers les obscurités voulues ou non de son langage, M. le docteur Baraduc est plus explicite que beaucoup d'autres et révèle nettement la pensée spirite, contraire à la doctrine de l'Église et à l'enseignement de toute la philosophie. Très idéaliste en apparence, elle est foncièreipent positiviste : son objectif constantestde mjtérialiser toutes choses sous le couvert d'expressions spiritualistes. C'est le jeu ordinaire du panthéisme. On divise et on mutile l'âme pour mieux la supprimer : on exile au loin, dans une sphère inaccessible, Vesprit àî' intelligence y Vego divin^ et on donne tous les attributs de la puissance au prétendu périsprit qui n'a pas la moindre base dans les faits et qui n'a jamais existé. Vesprit se confond avec Dieu même, et Vâme^ découronnée de ses facultés distinctives, psychiques et spirituelles, réduite à

(i) D*" Baraduc. La Force vitale.

a 66 SPIRITUALISME ET SPIRITISME

rhumble rôle de principe vital, est assimilée à un fluide vulgaire de même nature que le fluide cosmique.

Le but avéré du spiritisme est de ma^ térialiser Tâme comme Dieu même et de confondre dans une seule substance tous les êtres visibles et invisibles, les corps et les esprits.

Page 1