LE SPIRITUALISME
Le spiritualisme grandit, prospère, s'étend de plus en plus au point de défier la critique, d'accaparer Topinion et de surprendre tous les penseurs, amis ou ennemis.
Cette vieille doctrine, que les philosophes soutenaientmoUement et d'une manière inégale, que les savants combattaient avec une si remarquable unanimité, avec tant de fougue et d'âpreté, n'est pas morte
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SOUS la protectipn des uns ni soiis les coups des autres : elle renaît aujourd'hui ou plus exactement elle reparaît pleine de vie, de jeunesse et d'immortalité, et rencontre partout des partisans et des apologistes, même parmi ses anciens détracteurs. C'est qu'elle répond admirablement à l'instinctif et impérieux besoin de l'âme humaine, aux exigences de la raison, à la vérité des faits. Tout proclame qu'il y a dans la nature des êtres immatériels, invisibles, des ^5/>r//5, et au-dessus de ces êtres un Esprit suprême^ Dieu même qui a créé toutes choses, ce qui se voit et ce qui ne se voit pas.
Le spiritualisme vainqueur n'en est pas moins en butte à des hostilités incessantes, sourdes mais actives et d'autant plus vives que son triomphe est assuré. N'est-il pas, par essence, l'ennemi-né des âmes vouées à la matière, aux entraînements coupables et aux viles abjections des sens, l'obstacle invincible opposé aux passions humaines?
Faut-il s'étonner des oppositions qu'il soulève et qu'il soulèvera toujours Sinon dans
les esprits, du moins dans les cœurs, tant qu'il y aura des hommes, c'est-à-dire des êtres intelligents, mais faibles et charnels? Il y a des mouvements naturels qui s'endiguent, mais qui ne se suppriment pas.
Le spiritualisme ne s'en émeut pas, car il ne relève que. de l'esprit philosophique et il ne compte qu'avec l'âme humaine, maîtresse de ses sens, soumise à la raison et docile au devoir.
Dans ces conditions, les matérialistes ne sont pas les adversaires les plus dangereux ni les plus irréconciliables du spiritualisme. Ses ennemis, comme on Ta dit justement, sont peut-être beaucoup moins redoutables que ses maladroits amis, ceux qui veulent faire à l'esprit dans l'économie vivante une part prépondérante , excessive et exclusive. Les idéalistes en effet lui font tort dans l'opinion, gênent son expansion et compromettent trop souvent ses succès. Les matérialistes au contraire, en harcelant ses flancs, en soulevant les objections, en proclamant sans cesse la
nécessité et Timportance du substratum organique, lui donnent le stimulant indispensable, rengagent dans la voie du progrès et lui préparent ses plus belles conquêtes.
Mais le spiritualisme doit encore compter avec des périls intestins, des difficultés de nature. Comme si tous ses ennemis du dehors ne suffisaient pas à le combattre et à lui faire payer sa gloire, il y en a un dans la place qui agit en maître et prime tous les autres : ce serait une erreur de ne pas s'en préoccuper, ce serait une faute de ne pas en avoir raison.
Le plus redoutable et le moins redouté des adversaires du spiritualisme, on Ta nommé, cest nous-mêmes. L'homme n'est pas un ange, c'est un animal raisonnable : la bête qui vit en nous ne subit pas sans contrainte le joug de la raison, et ses instincts vivaces tendent toujours à dominer et à étouffer l'esprit.
Notre existence corporelle, notre activité sensible, nos habitudes nous portent na-
turellement à matérialiser toutes choses.
L'imagination, quoi qu!on fasse, garde un rôle important, inéluctable dans tous les actes de la pensée : c'est la base de l'élaboration psychique, la féconde et nécessaire ouvrière de nos idées, et c'est elle qui nous amène à ces malheureuses aberrations en égarant ou en faussant le raisonnement. Il faut toujours un effort d'attention, une abstraction réfléchie pour concevoir l'immatériel, pour connaître Dieu et l'âme; et même alors les sens entraînent naturellement, fatalement notre pensée à donner aux êtres spirituels une forme visible, palpable et nous empêchent de nous les représenter autrement.
L'instinct vulgaire sommeille en chacun de nous : il est tout disposé à se réveiller, à nous accaparer et à nous dominer. Ses exigences sont impérieuses. Il ne connaît que les sens et réclame avant tout leur satisfaction. Que l'esprit existe, on ne refuse pas de le croire, mais on veut le voir, et on lui donne invinciblement des
apparences, une forme sensible, un caractère corporel. Localiser Vesprity le voir et le sentir, voilà le desideratum commun, constant, aussi enraciné qu'irréalisable.
C'est aussi l'ultimatum que nous posent sans cesse avec une habileté calculée les savants matérialistes : « Montrez-nous Vâme^ disent-ils ironiquement aux tenants du spiritualisme, faites-nous toucher 1'^^prit^ et nous nous rallierons de suite, sans difficulté, à votre doctrine. Notre exigence est modeste : nous voulons voir l'âme pour y croire. Nous étudions depuis longtemps le corps humain, nous scrutons ses plus intimes profondeurs; nous disséquons ses muscles, ses artères, ses viscères, son cerveau, et nous n'avons jamais rencontré l'âme au bout de nos. scalpels.
Pourquoi? Si l'âme existe, elle est quelque part, dans un coin de l'organisme; car nous ne croyons pas aux êtres invisibles et intangibles, aux purs esprits, aux entités métaphysiques, nous n'admettons que
la matière qui se pèse et se mesure, nous ne nous rendons qu'au témoignage de nos sens. »
De telles affirmations sont faciles à réfuter sur le terrain des faits et de la logique^ mais elles ont l'avantage redoutable d'avoir écho dans l'opinion vulgaire et de trouver en chacun dé nous une créance sourde et instinctive, nous pourrions dire une complicité inconsciente et inavouée. Aussi nos adversaires en usent avec un art consommé, quand ils n^'en abusent pas à plaisirl C'est le thème favori, le lieu commun des réunions publiques, des conférences que la libre-pensée organise un peu partout pour prêcher seè doctrines et terrasser l'hydre delà religion. L'audace favorise quelquefois ses bruyants coryphées, mais ils ont souvent fort à faire fet se ti^ouvent vite démontés par les répli^ ques spontanées de l'honnêteté et du boii sens. On connaît celle qui a le niieux raison des vaines objections du matérialiisme et qui obtient toujours le plus vif succès
auprès des foules à cause de sa justesse et de son à-propos.
Un beau parleur est à la tribune et démolit à plaisir le vieil édifice du spiritualisme, demandant à grands cris qu'on lui montre cette âme dont on parle tant et déclarant que, s'il ne la voit pas, il n'y croira pas. Et devantTassemblée houleuse et ébranlée, il suffit qu'un homme d'esprit se lève et parle pour donner jour à la vérité et fermer d'un mot la bouche du matérialiste.
« Vous avez des exigences impossibles, lui dit-il, vous prétendez ne croire qu'à ce que vous pouvez voir et toucher, et tous les jours vous vous donnez des démentis flagrants : vous croyez au témoignage d'autrui, à l'histoire, à la science. Tenez, je vois que vous êtes devant moi, que vous avez des yeux, une bouche, des oreilles, mais je ne vois pas votre esprit. J'y crois pourtant, et je vous tiens pour un homme intelligent. Mais, avec votre théorie, il me serait impos-
siblé d'échapper à cette conclusion \je ne vois pas votre esprit, donc vous n'en ave\ paSy donc vou$ n êtes quune bête. Avouez qu'une telle conclusion serait excessive, déraisonnable, fausse, et reconnaissez enfin que vôtre matérialisme n'est pas acceptable. »
La foule comprend et applaudit :
l'homme d'esprit a raison du sectaire.
Comment ne pas voir, en réfléchissant un peu, en résistant aux illusions sensibles, que l'esprit domine la matière, que l'invisible manifesté dans tant de phénomènes a une évidence qui s'impose? Savants et ignorants se rencontrent ici, dans une saisissante unanimité, pour rendre raison à l'idéal; mais, il faut le reconnaître, tous subissent dans une notable mesure l'influence déprimante et dominatrice des sens, tous doivent se raidir contre elle, réfléchir et se raisonner pour attester l'existence de l'esprit.
Notre tendance à matérialiser toutes
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choses est instinctive, constante et si tenace qu'elle paraît invincible. Rien ne la démontre mieux que l'histoire de la philosophie qui nous signale les penseurs toujours préoccupés de connaître le siège de Vâme. Depuis Platon jusqu'à nos jours, c'est sous des formes diverses la même recherche, inquiète, aussi vaine qu'illogique.
Comment ïâme invisible aurait-elle un siège? Comment r esprit immatériel pourrait-il se localiser y s incarner en quelque sorte?... Les plus graves auteurs ne sont pas arrêtés par cette inconséquence; et l'on voit Platon, le divin Platon, l'idéaliste par excellence, placer sans hésitation l'âme dans la tête. Il est vrai qu'Aristote, son éminent disciple, maître à son tour, corrige l'erreur et enseigne que l'âme, forme substantielle du corps, est immanente et tout entière dans l'ensemble et dans chacune des parties de l'économie vivante. Mais rares sont les penseurs qui sont assez dégagés des préjugés sensibles pour si^ivre Iç Stag^rjtç et se résigner à nç
plus chercher un siège organique àFâmew •Épicure la place dans la poitrine, et les Stoïciens ne font pas difficulté de la mettre au cœur. La plupart n'arrivent pas à comprendre une âme qui est partout sans se localiser nulle part ; et le matérialisme triomphe dans les écoles à la faveur d'une grossière erreur qui devient une grosse difficulté.
Tout le moyen âge, fidèle à sa foi, a résisté au sentiment vulgaire. Le fier génie de saint Thomas, commentateur d'A* ristote, a préservé le spiritualisme de toutes les atteintes. Mais les philosophes modernes n'ont pas échappé à la fentatioil commune, surtout quand ils ont voulu rompre avec le passé et faire œuvré dé novateurs. Descartes lui-même n'a pas réussi à se préserver du matérialisme': tout en professant uii idéalisme outré, il à cherché le siège, de Vâme et a cru le trou- Ver, on le sait, dansla glande pinéale. C'est ce minuscule organe, presque perdu sous I3 masse cérétrgle, quittait, pour l\ii^ J^
centre suprême d*où l'âme rayonnait et portait son action sur tous les points du corps.
Il est bon de remarquer que cette singulière opinion du maître n'a pas été isolée, sans écho : elle a été embrassée avec enthousiasme par ses contemporains et a si fortement imprégné la philosophie du grand siècle qu'on voit Bossuet hésiter entre elle et la doctrine ancienne et chercher un moyei> terme qui les concilie en assignant à l'âme le cerveau pour siège non exclusif, mais principal. « X'empire si libre que j'exerce sur mes membres, écrit l'illustre évêque de Meaux, me fait voir que je tiens le cerveau en mon pouvoir, et que c'est là le siège i^rincipal de Tâme. Car, encore qu'elle soit unie à tous les membres et qu'elle les doive tenir tous en sujétion, son empire s'exerce immédiatement sur la partie d'où dépendent tous les mouvements progressifs, c'està-dire sur le cerveau. En dominant cette partie où aboutissent les nerfs, elle se
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rend arbitre des mouvements, et tient en main, pour ainsi dire, les rênes par où tout le corps est poussé ou retenu. Soit donc qu'elle ait le cerveau entier immédiatement sous sa puissance, soit quelle y ait quelque maîtresse pièce par où elle contienne les autres parties, comme un pilote conduit tout le vaisseau par le gouvernail, ilesicevidàn que le cerveau est son siège principal, et que c'est de là qu'elle préside à tous les mouvements du corps (i). >
La pièce maîtresse dont parle Bossuet, la glande pinéale de Descartes, a eu son heure de vogue, mais combien fugitive!
Les anatomistes modernes ont vite déprécié sa valeur en montrant qu'elle n'a aucun rôle, aucune importance. Sa constitution morphologique n'est pas nette ; ses éléments sont atrophiés, dégénérés ou graisseux. Bien mieux elle est le plus souvent pleine de concrétions calcaires, non
(i) BossuBT. Connaissance de Dieu et de soi-même ^ chap u, p. 15,
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seulement chez le vieillard, mais, chez Tenfant comme chez l'adulte. Les frères Wenzel les ont rencontrées 94 fois sur 100 (Sappey), Il n'est pas présumable qu'un vrgane aussi important que celui de Vâme serait d^une manière aussi constante envahi par le carbonate ds chaux, et il faut croire que lésanatomistes ont décidément raison contre Descartes.
Récemment des auteurs ont signalé rabsènce de la glande pinéale chez des malheureux qui avaient perdu l'esprit^ chez des idiots, chez des fous: mais quelle témérité, quelle erreur serait de conclure ici de cause à effet! Nul n'oserait voir dans le pauvre c:o«arr/ttm la source de l'intelligence. La glande pinéale ne donne naissance qu'à des corps calcaires, elle ne secrète pas V esprit, pas même ' les esprits animaux d'antique mémoire.
L'opinion de Descartes sur la glande pinéale a été pieusement recueillie par l'occultisme, ce qui ne lui assure pas du fçste ur^ breyet4'irninort^lité, Les t^éosg-r
phès enseignent que la petite glande « dédaignée et incomprise par les physiologistes remplit des fonctions capitales dans Vtomme régénéré (i) y>. C'est T organe de la clairvoyance^ ou plutôt de Tintuition et de la vision spirituelles y c'est lui qui transmet au ceryeau les vibrations de la photosphère magnétique. La physiologie n*a pas dé mystères pour les occultistes ; mais, par compensation sans doute, la tbéosophie est une obscure et mystérieuse doctrine que lés initiés seuls comprennent, s'ils le peuvent. Simples profanes, nous n'avons pas la prétention d'expliquer les fonctions />5jv^/^(7-w^^n^7/3'«^5 de la glande cérébrale, et nous laissons les occultistes à leurs rébus et à leurs noires ténèbres.
; Comme pour consoler là glande pinéâle du triste sort qui lui est fait et du pfofond discrédit où elle est tombée, Tévolutionîsme s'en est emparé de nos jours et lui a donné quelque faveur, à rendre jaloux
' (i) Cf. Les sept principes de rhomnteousa, constitution oçcufif 4'afrès la- ihéosbfkie^ par le Ç' Pascal, i8^5î' " ' '
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Dôscartes lui-même. Ce ne serait plus Vœitde Vâme comme le voulait le célèbre penseur, mais ce serait encore un œil, un œil avorté, le troisième œil des vertébrés.
L'hypothèse est ingénieuse, cherchée, mais invraisemblable : nous ne nous en portons pas garant. L'imagination féconde des darwinistes a vu une parenté entre ïœil pariétal des sauriens et la glande pinéale des mammifères, mais ils n'ont pu encore établir le passage de l'un à l'autre.
Pour les naturalistes qui s'en tiennent à l'observation, la glande pinéale n'est qu'un organe atrophié, de formation embryonnaire, sans aucun rôle physiologique : ce n'est pas Vœil de Vâme^ ce n'est même pas Vœil dît corps.
En somme, l'hypothèse de Descartes n'est pas vérifiée. Mais elle n'est pas moins scientifique que celle des matérialistes du jour, elle serait même plus vraisemblable. Au lieu de localiser l'esprit dans le cerveau ou dans l'un de ses lobes, elle admet au sein de la masse encéphali-
que un centre unique, spécial où Tâme réside, et d'où elle dirige les mille ressorts de la vie nerveuse. Il y a là une idée originale, que l'expérience n'a pas confirmée, et contre laquelle la logique impitoyable proteste et protestera toujours* Jamais la raison n'admettra qu'une doctrine spiritualiste cherche et donne un siège et un organe à l'âme. L'âme est spirituelle et ne peut s'incarner : elle ne saurait se localiser sans perdre sa nature même. Descartes ne l'a pas compris :• il a prétendu allier Tantiquespiritualisme à l'organicisme nouveau, et défait, par son dualisme étrange, il a ouvert la voie aux matérialistes contemporains et doit être considéré comme leur véritable précurseur.
« Les savants, déchargés par la révolution cartésienne de toute règle philosophique, ont abordé l'étude de l'homme par tous les côtés. Cette étude leur était livrée tout entière : pourquoi l'auraientils délaissée? Fascinés par leurs propres succès, ils ont voulu tout comprendre et
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tout expliquer. On comprend leur ambition; qui blârmerait leur audace? N'avaitelle pas son excuse et comme sa légitimité dans l'injustifiable désertion des autres?
Alix esprits inquiets qui leur jetaient le reproche de matérialisme, ils pouvaient répondre : « Nous ne nous occupons que d^s corps, nous laissons Vâme aux philosophes. » Si lesspiritualistes insistaient, soulevant encore denouvelles objections, on se retranchait derrière la grande autorité de Descartes : quel philosophe l'aurait contestée? Et c'est ainsi que la science; versant dans un matérialisme presque in> conscient, à la faveur de l'indifférence volontaire des uns et de l'ignorance native des autres, est arrivée à regarder le cerveau comme l'organe de la pensée (i). ,,»
Cette singulière théorie, dont justice a été faite, comme nous le montrerons dans les chapitres suivants, n'est pas res-
(i) D** SuBBLiD. Lt Cérvéau, 1890, p. I9i-ii93.
tée isolée : elle se rattache directement à •une vaste thèse qui ramènetousles phénomènes naturels à Tunité et qu'on a justement caractérisée d'un mot : le monisme.
Les matérialistes prétendaient très habilement satisfaire ainsi la logique, échapper aux objections de leurs adversaires et répondre aux légitimes exigences de là science.
Le monisme, qui a eu longtemps la vogue et la faveur dans l'enseignement officiel, est d'une conception très simple, mais n'a pas le moindre fondement danis les faits. Il suppose que l'intelligence n'est qu'une forme de la sensation, que la sensation n'est qu'une autre forme de la vie et que la vie elle-même résulte du jeu diversifié des forces physico-chimiques.
Toutes les manifestations de l'être pensant, sentant et vivant, de l'homme en un mot se ramèneraient donc à l'action des éléments matériels, au mouvement physique.
Il est vrai que cette conception facile de là pensée, de la sensation et de la vie s'est
écroulée dès qu'on a voulu la vérifier expérimentalement. Le passage de la .matière brute à la matière animée n'a pu être trouvé, et l'hypothèse de la génération spontanée a été définitivement ruinée par les mémorables expériences de Pasteurp II faut désormais s'en teriir au vieil aphorisme: Omnevivum exvivo,\5viQ autre tentative qu'on a faite d'assimiler la force nerveuse au courâ^nt électrique n'a pas eu plus de succès : nous nous faisons un devoir de la rappeler dans un chapitre spécial, car elle est peu connue et mérite de l'être dans ses instructifs détails, La nature propre et spéciale de la vie et de la sensibilité étant ainsi démontrée, le monisme était atteint, fortement ébranlé et n'avait plus, semble-t-il, qu'à disparaître.
Uadernier coup lui était réservé pour l'achever et jeter le discrédit et le ridicule sur ses derniers partisans. Ils avaient mis la physique à contribution et en avaient appliqué avec rigueur les lois
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à toute la nature, montrant dans le mouvement le principe et la fia des choses. Ils avaient compté sans les physiciens qui, soucieux deThonneur de leur science, protestent enfin contre des théories prématurées, inexactes, impossibles et déclarent s'en tenir aujourd'hui à la seule observation. L'unité de la matière, même dans Tordre physique, n'est pas prouvée :
la mécanique n'est pas la loi du monde.
Les savants se préoccupent non plus de faire une vaine métaphysique, mais d'enregistrer les* phénomènes avec ordre et mesure. Comme l'écrivait naguère le savant professeur Duhem, de Bordeaux, « la physique développée selon les idées de Descartes et de Newton, était dominée par une science plus élevée, la mécanique ^ dont les lois étaient la règle suprême de ses théories. Si l'explication des phénomènes physiques ne se réduit pas, en dernière analyse, aux notions de matière, de mouvement et de force, la mécanique tC est plus la suprême gardienne des prin-
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cipes généraux de la physique,.. Les théories mathématiques n'ontplus, comme les théories cartésiennes, la prétention d'expliquer les lois découvertes par la méthode expérimentale, en remontant de cause en cause jusqu'aux éléments métaphysiquement simples et irréductibles des choses matérielles; la qualité, provisoirement regardée comme qualité première, à laquelle elles ramènent un groupe de pro-î priétés, elles ne l'analysent pas; elles se contentent delà désigner par un nom, d'en noter l'intensité par un nombre qui croît ou décroît eji même temps que cette intensité s'exalte ou s'atténue ; elles laissent aur métaphysicien le soin d'aller au delà; elles ne se piquent pas de savoir ce qtCest la lumière^ ce qu'est la chaleur y ce qu'est V électricité y mais seulement quels effets sont attrihuables à la lumièrey quels à la chaleur, quels à r électricité {j). » Voilà le dernier mot de la science.
(i) Revne des quâsiions scientifiques fOCiohiti^tfo, p. 496-49^*
Ainsi trahi et abandonné par la physique qui avait paru lui fournir des armes, le monisme n'a pu avoir raison de l'antique spiritualisme et a succombé honteusement. Les matérialistes eux-mêmes se rendent à l'évidence et reconnaissent le dualisme^ c'est-à-dire la coexistence de rame et du corps, de l'esprit et de la matière. C'est le triomphe du spiritualisme.