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CHAPITRE III l'esprit selon la science

La science s'est tellement développée de nos jours qu'elle a pris dans l'opinion une incomparable puissance, un ascendant irrésistible : une doctrine qui ne trouverait pas en elle sa base et son appui risquerait fort d'être impuissante et délaissée, même avec l'assentiment des meilleurs penseurs, même sous le patronage de toute la philosophie. Si l'esprit n'était attesté que par lui-même et n'avait pas dans les faits une démonstration claire, complète et triomphante, le spiritualisme serait sans force, sans vertu, condamné au dépérissement et à la mort. Mais il

n'en est pas ainsi, et la science vient lui fournir une confirmation décisive. Ses conclusions, que nous allons faire connaître, sont capitales et priment, à notre point de vue, toutes les autres : elles répondent aux préoccupations du jour, à rétat d'esprit moderne et nous sont d'autant plus précieuses qu'elles s'opposent nettement aux affirmations audacieuses des matérialistes. A une époque aussi éprise que la nôtre de science et de progrès, la spiritualité de l'intelligence doit avant tout s'appuyer sur des arguments a posteriori, sur des preuves expérimentales.

Mais, avons-nous besoin de le dire, les arguments métaphysiques, les preuves rationnelles, ces armes excellentes que nous a léguées, la philosophie du passé, persistent avec toute leur valeur, avec toute leur force, et ce serait une faute grave d'y renoncer. La raison et les faits se doivent un mutuel appui, et la science s'édifie avec leur concours.

L*anatomîe et la physiologie s'accordent à établir que le cerveau est un organe de sensibilité et de mouvement et n'est que cela : elles éliminent dès lors les facultés psychiques du cadre des fonctions cérébrales où si longtemps Tignorance et le parti pris les avaient confinées, elles reconnaissent ainsi leur nature spéciale^ supérieure et tendent à donner à la spiritualité de rame une preuve expérimentale sans réplique.

Rappelons d'abord le témoignage important et trop souvent méconnu ou négligé del'anatomie comparée,

La nature physiologique du cerveau, que la récente doctrine des localisations détermine, nous le verrons tout à rheure, d'une façon saisissante, est admirablement indiquée par Texamen comparé des cerveaux simien et humain. Sauf une différence de volume insignifiante, les deux cerveaux se valent. Or, le singe n'est qu'un animal^ doué d'une vive sensibilité, remarquable par son instinct : nul obser-

vateur sérieux et impartial n'oserait lui reconnaître Tintelligence. Donc Tesprit est mis hors de cause, et le cerveau n'est qu'un organe de sensibilité. Il y a là, en faveur du spiritualisme, un excellent argument que nous avons signalé dans un de nos livres (i) et dont nous devons rappeler ici les termes.

La ressemblance des cerveaux simien et humain est acquise : non seulement nous ne songeons pas à la contester, mais nous Tinvoquons hardiment, la jugeant très précieuse à notre thèse. Tel n'était pas, on le sait, le sentiment des anciens anatotnistes, surtout des plus spiritualistes, de Gratiolet entre autres. Ils voyaient dans la similitude des cerveaux un argument très fort en faveur des matérialistes et s'efforçaient, par tous les moyens, de la nier ou de l'atténuer. Leur raisonnement était aussi simple que pauvre : si les organes sont semblables, disaient-ils, les fonctions

{lY^Le Problème cérébral, 1892.

sont identiques, l'intelligence n'appartient plus exclusivement à l'homme et rentre dans la classe des fonctions organiques. Nos savants manquaient là de philosophie et s'alliaient inconsciemment à leurs adversaires. Le spiritualisme, avouons-le, avait de dangereux amis : il serait compromis et bien mal assuré si sa destinée tenait à la forme d'un organe, cet organe fût-il le cerveau.

Les différences signalées par les auteurs n'ont jamais été assez accentuées ni assez importantes pour créer en faveur de rhomme une véritable caractéristique :

des observations précises et complètes ont bientôt fait justice des premières observations, rapides, sommaires, et ont démontré une parité morphologique incontestable.

Le lobe occipital a tout particulièrement appelé l'attention des savants. Cuvier a prétendu que chez l'homme le cerveau recouvre et déborde le cervelet, tandis que chez le singe il ne le cache qu'incomplè-

tement. Cette opinion, épousée avec ardeur par les partisans maladroits de la suprématie humaine, s'est trouvée erronée, au moins en ce qui concerne les singes anthropoïdes : elle n'a plus cours. Notre suprématie s'en trouve-t-elle atteinte ?

Nullement.

On s'est préoccupé aussi de la cavité du lobe postérieur, et on a prétendu qu'elle était moins développée chez les singes. Le professeur Owen a même soutenu que les anthropoïdes se distinguent par l'absence de la corne occipitale des ventricules latéraux. Des recherches ultérieures ont nettement démontré l'existence de cette corne non seulement chez les singes, mais même chez les phoques et les marsouins.

Il laut renoncer à donner à l'homme l'avantage exclusif de la corne postérieure.

Le monopole de V esprit lui suffit.

A-t-il du moins, comme l'affirment d'autres auteurs, celui des tubercules mamillaires, tubercules qui siègent à la base du cerveau et dont le rôle est abso-

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lutnent inconnu? Hélas! non. Le gibbon, l'orang et le chimpanzé les possèdent tout comme Thomme.

Gratiolet avaitcru trouver la caractéristique humaine dans les plis de passage du lobe pariétal au Iqbe occipitaL Mais ces plis, aussi fréquents chez les singes anthropoïdes que chezrhomme, y ofîrent les caractères les plus variés : ils manquent parfois^ sont superficiels ou profonds^ minces ou épais, sans qu'aucune raison vienne expliquer ces différences. Le type normal des plis de passage est encore à trouver.

L'étendue et la profondeur des circonvolutions cérébrales sont très variables et ne sauraient avoir Timportance que leur attribuent les matérialistes. Il suffit de citer à cet égard la grande famille des singes, où les différences sont des plus accusées sans entraîner dans les fonctions animales et dans la prétendue « intelligence:* de ces bêtes des différences correspondantes. Du plus inférieur des cébiens (ouis-

titi) qui a le cerveau lisse à l'anthropoïde dont les circonvolutions sont abondanteset flexueuses, tous les degrés se rencontrent.

Au contraire, de lanthropoïdeà rhomme, il n'y a pas de hiatus appréciable : c'est le sentiment commun des observateurs.

« Il est bien clair, dit Huxley, qu'en ce qui touche la structure du cerveau, l'homme diffère moins du chimpanzé ou de l'orangque ceux-ci n'ont jamais différé des singes inférieurs, et que les dissemblances du cerveaude rhomme et duchimpanzé sont à peu près insignifiantes, si on les compare à celles qui existent entre l'encéphale du chimpanzé et celui des lémuriens (i). » Le professeur Broca n'est pas moins affirmatif : < Entre le cerveau lisse des ouistitis et le cerveau merveilleusement compliqué des chimpanzés et des orangs, dit-il, il y a un abîme, tandis qu'il n'y a que de légères nuances distinctes entre ce dernier et celui de l'homme. »

(i) De la place de l'homme dam la nature.

mm^

La ressemblance des deux cerveaux simien et bumaîn est admise, La forme, le plan, les divisions, les caractères des parties se retrouvent j usque dans les plus petits

détails; les circonvolutions, dont l'arrangement paraît à première vue si confus, si peu ordonné, sont analogues et affectent

la même disposition. € La masse énorme et si compliquée des circonvolutions de rhomme... se compose toujours des mêmes plis fondamentaux, unis par les mêmes connexions et séparés parles mêmes sillons.

— Ces circonvolutions primaires, ces parties essentielles, communes et seules communes à tous les cerveaux humains, se retrouvent, sans exception, sur les cerveaux de l'orang et du chimpanzé [i]* ^

L'identité des deux cerveauxest donc établie. Qu'en résulte-t'il? L'équivalence des fonctions» et parune conséquence directe, la victoire incontestable du spiritualisme*

11 est vrai que les matérialistes, et

(i) BHûCÂf M^moir* sttr Ui Primait^,.

même certains spiritualistes malavisés, nous opposent la grande inégalité de poids qui sépare les deux cerveaux. « Nous avons trois ou quatre fois plus de cerveau, dit gravement le docteur Topinard, trois ou quatre fois plus de matière pensante !> Et Huxley remarque « que jamais d'une part le cerveau d'un homme adulte et sain n'a pesé moins de 960 à 990 grammes et d'autre part le cerveau du gorille le plus lourd n'a dépassé 620 grammes. » Mais le savant positiviste anglais ne reste paslongtemps dans l'erreur : il est le premier à reconnaître indirectement que le volume ou le. poids cérébral est sans importance au point de vue fonctionnel. «La différence de volume de lacavitécrânienne, écrit-il, est absolument beaucoup plus grande entre certaines races humaines qu'entre l'homme le plus inférieur et le singe le plus élevé, tandis que, relativement, cette différence est à peu près égale... Après avoir tenu compte des différences de taille, on trouve que les capacités crâniennes de quelques-

uns des singes inférieurs descendent audessous de celles des singes les plus élevés presque autant que ces dernières s'éloignent de celles de Thomme. En sorte que, d'une part, même. au point de vue si important de la capacité crânienne, les hommes peuvent différer plus profondément les uns des autres qu'ils ne diffèrent des singes, et que, d'autre part, les singes inférieurs se distinguenttoutautant des singes supérieurs que ces derniers se distinguent deThonime. » Si le poidscérébral du gorille varie de 400 à 600 grammes, celui de rhomme, on le sait, varie bien davantage, de i,oQoà 2,000 grammes, et l'exemple suivant nous paraît rendre la démonstration aussi claire que complète. Un écart de près de 700 grammes sépare le cerveau de Cuvier (1,830 gr.) du cerveau de Gambetta (1,160 gr.), deux hommes célèbres à titre différent et à coup sûr très intelligents, et ce dernier n'est distant du cerveau de certains singes que de 600 grammes, M- Topinard n'a donc pas le droit

d'écrire que < la suprématie que nous assurent nos très hautes facultés intellectuelles est confirmée par la réalité d'un développement exceptionnel de l'organe qui en est le siège, i> et que «: le poids cérébral est une première et très suffisante distinction entre l'homme et l'animal qui s'en rapproche le plus (i) >. L'insignifiance du poids et du volume des organes est établie et incontestable, et les faits condamnent trop nettement la théorie matérialiste pour qu'il soit nécessaire d'insister.

La seule question qui subsiste est celleci : Les cerveaux simien et humain ont des fonctions identiques. Les deux «intelligences > se ressemblent-elles? Sont-elles même comparables? Est-il permis, en présence des observations précises et multiples qu'apportent les naturalistes, de confondre l'instinct remarquable de l'animal, du singe même avec l'intelligence humaine?

Poser la question, c'est la résoudre.

(i) V Anthropologie, %• éd., p. 48.

Tout nous démontre que la bête n'a pas rintelligence et que l'instinct suffit largement à expliquer tous ses actes.

La conclusion est indiquée et facile.

L'homme et le singe ont un cerveau semblable. L'intelligence n'appartient qu'à l'homme ; donc elle n'est pas une fonction du cerveau, donc elle ne dépend pas immédiatement et absolument des organes, donc elle est spirituelle. La fonction encéphalique doit être cherchée ailleurs, ou plutôt elle est toute trouvée ; c'est la sensibilité et la motilité qui résument la vie animale et sont également indispensables à l'homme et au singe.

Semblables anatomiquement, les cerveaux simien et humain doivent nécessairement l'être physiologiquement ; et la récente doctrine des localisations , admise et professée partout, a définitivement fixé leur rôle. Le cerveau est un organe de sensibilité et de mouvement; sa surface corticalç est sçmée dç centres $ensitifs et

moteurs dont l'action est chaque jour vérifiée par Texpérimentation et la clinique.

Toutes ses parties, et particulièrement la région frontale, ont été explorées, étudiées, et sont maintenant connues vaucune place ny est laissée à V intelligence. Celle-ci, n ayant pas d* organe, n'est pas une fonction, n'est pas corporelle, donc elle est spirituelle.

Longtemps le cerveau, rebelle à l'expérimentation, a été considéré dans son ensemble comme l'organe de la pensée.

C'était répoque où cet amas de matière nerveuse, décourageant les eflforts des plus hardis physiologistes, n'appelait plus que leurs respectueux hommages. Le cerveau était vénéré comme le sanctuaire de Vâme : nul n'osait y porter une main sacrilège, et tous, jusqu'aux spiritualistes, y voyaient le foyer mystérieux de l'intelligence (i). Le docte Flourens associait

(i) Nous avons longuement étudié cette curieuse phase de rhistoire scientifique dans notre livre le QerveaUy pp. 147-177, et nous y renvoyons le lecteur,

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dans sa doctrine Vorgane intellectuel à ï i7itelligence animale sans unir ces couples hybrides et sans les expliquer. Le professeur Longet écrivait : « Chacun admet, comme une vérité incontestable^ que V encéphale préside aux phénomènes intellectuels et moraux. > Et les adversaires du matérialisme s'inclinaient aussi bas que ses partisans devant l'organe compliqué de la pensée.

L'idole ne fut renversée de son piédestal qu'en 1870 par la mémorable découverte des centres -moteurs^ base de la grande doctrine des localisations cérébrales; cette doctrine découronnait Torgane nerveux et le ramenait à son rôle purement physiologique.

Explorant la surface cérébrale^ les électrodes à la main, deux savants danois, Fritsch et Hitzig, remarquèrent les premiers que le courant électrique détermine invariablement la contraction de différents groupes de muscles suivant les points touchés. Ils complétèrent heureusement

ces expériences par une contre-épreuve décisive : l'ablation d'une portion limitée et déterminée de la couche corticale détermine la paralysie des muscles que l'excitation électrique de la même portion a précisément pour effet d'actionner. Les centres moteurs étaient trouvés et dès lors démontrés d'une manière irréfutable (i).

Hitzig poursuivit ses recherches avec une nouvelle ardeur et n'eut pas de peine à établir dès 1873 que l'excitation de régions déterminées de la surface du cerveau provoque la contraction de groupes non moins bien déterminés de muscles.

La même méthode a présidé aux travaux des divers expérimentateurs. Tandis que les uns excitaient mécaniquement ou électriquement la surface cérébrale mise à nu et notaient soigneusement les contractions . musculaires obtenues, les autres détruisaient des parties bien limitées du cerveau et observaient les résultats phy-

(1) Ufber eîektrische Erregbarkeit der GrosshtrnSf in Arch /. Anai, u, physioîog, Wtssensch^ t. Ill, p. 300.

Biologiques de cette lésion, ôrâce aux deux procédés qui se complètent et se contrôlent l'un par l'autre, les données acquises offrent les garanties les plus sérieuses d'exactitude.

L'expérimentation n'en reste pas moins hérissée de difficultés, pleine d'obscurités, et son enseignement serait encore insuffisant et contestable s'il n'était admirablement confirmé parla clinique et l'anatomie pathologique. Alors que les travaux de laboratoire, toujours limités au champ étroit des vivisections animales, ne nous donnent que des notions sur la vie sensible sans atteindre les profondeurs de la vie psycho-cérébrale, la médecine offre des expériences toutes faites, et bien faites :

seule, elle nous fait connaître l'homme dans sa complexe nature, dans l'intimité de ses organes et de ses fonctions. Or, non seulement elle porte un témoignage décisif en faveur de la doctrine des localisations, mais c'est elle qui la première, bien avant l'expérimentation, a démontré l'exis-

tence des centres cérébraux. Fort d'observations pathologiques nombreuses, notre savant maître Bouillaud plaçait dès 1825, dans les lobes antérieurs du cerveau le s'xhge à^l^ faculté du langage (i). Plus tard, en 186 1, Hughlings Jackson exposait, d'après les seuls enseignements de l'hôpital, la thèse des centres moteurs que Hitzig et Ferrier ne devaient révéler que dix ans plus tard* Aujourd'hui, les troubles sensitifs ou moteurs sont attribués rigoureusement à la lésion de telle ou telle partie de l'écorce cérébrale, et l'autopsie vient toujours confirmer le diagnostic porté sur le vivant : n'est-ce pas un adihirable progrès? Bien mieux, — et c'est là le triomphe de la doctrine nouvelle — le rapport entre la lésion corticale et les accidents observés est si bien établi, si exact, si constant que le chirurgien n'hésite pas à intervenir et le fait dans bien des cas d'une manière heureuse. Des épilep-

(i) Traité de fencéphaliUt p. 979.

sies, des contractures, des paralysies, réputées naguère incurables, sont actuellement guéries, en quelques heures, par l'application de couronnes de trépan au niveau des centres moteurs irrités ou comprimés : le praticien devine le mal à coup sûr sans le voir et y porte le remède approprié. Le témoignage des malades guéris et sauvés vient ainsi s'ajouter à, celui des faits innombrables que l'expérimentation et la clinique accumulent ensemble.

Quelle preuve plus palpable, plus convaincante une doctrine aussi récente que celle des localisations pourrait-elle fournir de sa vérité et de sa vertu ?

Les centres moteurs et sensitifs, dont la surface cérébrale se montre largement pourvue, constituent déjà pour la science une belle et incomparable découverte; mais là oe se bornent pas les résultats acquis. Toute l'écorce cérébrale, nous l'avons dit, a été exactement scrutée; et, en dehors de la ^one motrice et sensible.

SPIRITUALISME ET SPIRITISME 6l

les physiologistes ont reconnu, dans une vaste étendue, particulièrement à la région frontale, une i^one latente ou silencieuse.

Les excitations les plus variées n'ont pu réussir à y provoquer le moindre phénomène. Ce ne sont pas des terres inconnues, comme on Ta prétendu, puisqu'elles ont été explorées, ce sont des régions inexcitables : ce qui est tout différent. Le résultat négatif qu'ont obtenu les expérimentateurs ne saurait être regardé comme nul ou insignifiant.

Si l'écorce antéro-frontale n'a jamais répondu aux interrogations des savants, c'est qu'elle est absolument dépourvue de centre moteur. Elle semble également privée de centres sensibles^ à en croire l'observation clinique; et on ne saurait trop insister sur ce point qui est généralement négligé et méconnu. De nombreux faits établissent que l'altération de la ^ on^ latente n'entraîne aucun trouble de la vie animale et que la sensibilité reste entière avec la perte des lobes frontaux. Ces lobes

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ne président pas non plus aux facultés psychiques, car la science rapporte des cas très nets de destruction de la région antéro-frontale du cerveau avec conservation de Tintelligence et plénitude de la raison.

Les savants matérialistes n'en continuent pas moins à regarder l'écorce cérébrale comme le siège des facultés supérieures. Mais les uns tiennent compte de rimportante découverte des centres moteurs et sensitifs^ les autres la regardent comme non avenue oti la dénaturent- Il est indispensable de les distinguer, car les premiers sont, au moins sur un points avec la science et méritent d'être discutés, tandis que les autres sont à côté et, se laissant guider par Tesprit sectaire ou les plus bizarres conceptions de Timagination, ne sont pas dignes d'une réfutation»

Quel argument opposer en effet à des auteurs qui ignorent les centres moteurs et s*en tiennent aveuglément aux antiques

théories de Flourens et de Longet? Ils ne veulent pas entendre raison, et on en peut dire avec vérité qu'ils n'ont rien appris et rien oublié. Ils sont obstinément réfractaires à Tesprit scientifique. Pour eux comme pour les vieux maîtres, la couche corticale du cerveau est inexcitable et par suite dépourvue de toute action physiologique : ils la réservent d'office aux facultés psychiques. Quant aux facultés inférieures de la vie animale, à la sensibilité et à la motilité, elles sont reléguées dans les parties basses de Tencéphale, les ganglions centraux et la protubérance. Tout cet échafaudage des anciens s'est écroulé devant les faits : la surface cérébrale s'est montrée sensible et semée de centres^ et il n'y a plus à démontrer l'évidence qu'aux partisans attardés de la tradition.

Est-il besoin de dire que les centres

corticaux ne méritent pas le titre ronflant

et menteur de centres psycho-moteurs et

psycho-sensibles dont les matérialistes se

sont plu à les gratifier? Il faut les prendre tels qu'ils sont et non tels que le désireraient nos matérialistes heureux de cacher leur défaite : ce sont de simples centres de mouvement et de sensibilité. Ils n'ont même pas Tavantage de présider aux facultés animales, à Timagination et à la mémoire- M. le docteur Ferrand a vainement dépensé son talent à défendre cette hypothèse, que tous les faits condamnent.

Les matérialistes eux-mêmes lui sont contraires, car leur nouvelle théorie, plus habile que les précédentes [théorie de Fleschig)^ prétend se concilier avec la science et accepte les centres corticaux dans leur rôle strictement physiologique.

A côté des centres de la i^one motrice et sensible qu'ils appellent centres de projection^ de nombreux auteurs admettent à la suite de Fleschig d'autres centres en connexion intime avec les premiers et leur donnent le nom caractéristique de centres d'association. Ces centres, localisés particulièrement dans la ^one latente oust-

lencieusâ, /ptésidevaient k toutes les facultés psycho-sensibles. Les impressions du dehors seraient d'abord reçues dans les centres de projection^ puis transmises et élaborées dans les centres d'association.

Là seulement se formeraient les images; là résideraient l'imagination, la mémoire, le jugement, l'intelligence et la volonté.

On sait que pour certains savants, qui ne se piquent pas de philosophie, sensation et intelligence sont synonymes.

Ils localisent donc hardiment l'intelligence comme une faculté purement sensible.

La localisation des facultés psychiques est impossible : nous le savons, et nous pourrions opposer à cette tentative une fin de non-recevoir; mais d'autres raisons péremptoires, scientifiques, ne permettent pas d'accepter la thèse matérialiste. L'existence des centres d'association n'est nullement prouvée. Elle repose surtout sur des vues anatomiques qui tiennent plus de l'imagination que de l'observation. Le

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microscope commence seulement à nous révéler les mystères de l'organisation cérébrale, et Dieu sait les découvertes nouvelles, imprévues qu'il nous réserve.

En attendant, il est nécessaire de s'en tçnir exclusivement aux faits démontrés, et il est prudent de ne pas accepter une hypothèse séduisante qui manque de preuves. Disons plus, cette hypothèse n'est pas seulement problématique, elle est insoutenable. Elle a contre elle une masse de faits qui défendent de la recevoir. La physiologie et la clinique s'accordent à la détruire.

Nous avons signalé la ^one latente et silencieuse que tous les expérimentateurs ont admise en dehors et à côté de la ^one motrice et sensible. Les centres d'association que nos matérialistes imaginent prennent la place de cette ^^one latente.

Pourquoi? Si la zone demeure silencieuse devant les interrogations multipliées de nos maîtres, il est contradictoire qu'^ZZ^ parle. Nos matérialistes la font parler

d'abondance et au gré de leur théorie :

c'est aller contre l'expérience même. D'innombrables observations signalent, dans les cas de compression ou de désorganisation de la ^one latente, l'intégrité de toutes les facultés psycho-sensibles. Tous les jours, dans les laboratoires, l'ablation de l'écorce cérébrale au niveau de cette zone mystérieuse n'est suivie d'aucun trouble moteur ou sensible. 11 faut se rendre à l'évidence et avouer notre ignorance.

Une hypothèse ingénieuse sert souvent utilement la science, mais elle doit toujours prendre appui sur l'expérience; elle est inacceptable, quand elle va à rencontre des faits avérés.

Est-ce à dire que, comme les facultés psychiques et spirituelles, les facultés sensibles telles que l'imagination et la., mémoire ne sont pas localisées? Nullement. La physiologie ignore complètement le siège organique de ces facultés, mais tout nous fait espérer qu'elle le connaîtra un jour prochain. Nous ne sommes

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pas éloignés de croire qu'il se trouvera dans la ^one dite latente. L'erreur des matérialistes est de confondre V esprit avec le corpSy V intelligence avec la sensationy et de chercher à la science une autre base que les faits.

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