‹ Spiritualisme et spiritismeChapitre 7 sur 19 · BASE MATERIELLE DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

BASE MATERIELLE DE L'ESPRIT

L'esprit n'est ni visible ni palpable, mais il est tout aussi subsistant et réel, non moins indéniable que le corps. Ce n'est pas une entité métaphysique comme l'affirment à la légère les matérialistes, c'est une réalité substantielle^ un être plein de vie et d'activité. La conscience en est le siège certain, le témoin irrécusable; et ses manifestations, aussi éclatantes que multiples, constituent nos glorieuses traditions, l'histoire, la littérature, les arts, les sciences et attestent les progrès de la civilisation et le règne de Thu-

manité. On Ta dit en toute vérité, c'est Fesprit qui mène le monde. ;

Mais, tout puissant qu'il est, cet esprit n'est pas isolé et indépendant dans la nature : il se rattache par mille liens aux autres êtres et fait partie intégrante de leur harmonieux concert. Il est lié à la sensation, à la vie, il a une base matérielle. Pour connaître exactementl'homme dans sa double nature, il faut de toute nécessité admettre ces liens et cette base et se rendre compte de leurs rapports et de leur subordination. On est au contraire fatalement entraîné à l'erreur quand on ne comprend pas la nécessaire hiérarchie des forces dans l'économie humaine : c'est l'histoire de nombre de savants, c'est surtout celle des spirites et des occultistes qui confondent à plaisir les différents degrés de l'échelle animale, la sensibilité et la vie, l'esprit et la matière, l'âme et le corps.

De l'âme au corps, de l'esprit à la ma-

tière, il y a un abîme que la philosophie a toujours reconnu et que la science mieux éclairée commence à.entrevoir. Cet abîme n'est pas infranchissable et se trouve comblé, car tout se tient dans la nature et est admirablement hiérarchisé : natura non facit saltus, a dit Linné. Entre l'esprit et la matière brute, il y a une modalité commune, une sorte de moyen terme qui est la matière animée, l'être vivant, où le corps et l'âme s'unissent et coopèrent étroitement, le premier donnant les matériaux et l'autre la direction et la vie. Dans l'être vivant même, un nouvel élément de transition est ménagé, ou plus exactement un nouvel échelon est franchi par la sensihilitéy qui se base d'une part sur les fonctions organiques et de l'autre est la féconde et nécessaire ouvrière des opérations psychiques.

Le cerveau estVorganeàe la. sensibilité et par suite Vinstrument de l'intelligence.

La sensation est la condition antécédente de l'esprit : toutes les idées dérivent du

travail psychique sur les données sensibles.

Le principe si connu et si discuté naguère :

Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu, est donc vrai avec cette restriction nécessaire, évidente : nisi ipse intellectus. L'intelligence est une faculté première, incomparable, mais qui ne se suffit pas à elle-même : elle a besoin du cerveau comme instrument et trouve dans les sens la matière de ses idées. La pensée sort donc de l'activité psychique même, mais avec le concours nécessaire de la sensibilité.

Comment s'opère cette collaboration intime des sens et de l'intellect? C'est ce que la philosophie traditionnelle a depuis longtemps indiqué et ce que les récentes découvertes de la cérébrologie n'ontf ait que confirmer (i). Les sens apportent les mille impressions du dehors à l'organe central qui les recueille, les combine et les transforme. Les images ou fantômes qui résul-

(i) Cf. nos livres Le Cerveau; Le Problème céréhraL

tent de cette élaboration sont les éléments sensibles dont se sert l'intelligence pour constituer la trame de ses opérations.

Vimagination est le trait d'union indispensable entre les sens et l'intellect.

La nécessité de Vimage dans l'acte intellectuel a été très bien comprise par tous les philosophes de l'école. Aristote Ta formulée le premier dans l'axiome célèbre : « Nihil intellectus intelltgit, nisi convertendo se ad phantastnata (i). > Plus tard Albert le Grand n'est pas moins explicite et professe, dans son Traité de Vâme que « la connaissance intellectuelle est rigoureusement liée k la connaissance sensitive ». Saint Thomas d'Aquin développe avec science et talent l'enseignement de ses maîtres, et, maître, à son tour, ne laisse dans l'ombre aucune partie de l'intéressante et capitale question. « Chez l'homme^ écrit-il; l'intelligence dépend du sensible, et partant l'opération propre de

(i) De nnima^ lib, III, c. y.

son intellect, cest de comprendre les choses intelligibles dans les images sensibles (i). > Aujourd'hui, les néo-scolastiques ne sont pas moins affirmatifs sur la condition essentielle de nos connaissances.

Dès lors, il est manifeste que les idées ne sont pas toutes faites dans notre esprit.

Elles naissent de la collaboration effective et constante de l'intellect et des sens.

Ainsi prend fin la longue et fastidieuse question qui a mis aux prises pendant le cours des siècles les idéalistes et les sensualistes, sans aucun profit pour la science : les idées m«^'^5 n'existent pas, né sauraient exister. Il n'y a d'inné en nous que l'âme avec ses facultés, le corps avec sa sensibilité et ses passions.

La vie, qui est un degré inférieur à la sensation, lui sert de base et lui fournit son aliment. C'est un substratum matériel, mais d'une nature spéciale. La ma-

(i) Df Af^w. et Rem.^ lect. i^

' '^ TPIJ

tière vivante ne saurait être assimilée à la matière brute : elle s'en distingue par des caractères très nets que nous n'avons pas à indiquer ici. Qu'il nous suffise de marquer l'extrême complexité de l'édifice prganique. Les tissus vivants ne sont pas le produit d'une simple agrégation de matière, ils résultent de synthèses|successives que la science moderne est arrivée à pénétrer. Tout le corps se réduit en dernière analyse, au fond des creusets de laboratoire, à un petit nombre de corps sim^ pies. Et ces corps simples eux-mêmes, comme nous l'apprend la chimie, se composent de molécules dont les atomesàiwevsementgroupés sont lés premiers éléments.

L'atome chimique est donc le composant irréductible et véritable de la matière vivante. Mais entre cet atome isolé ou même la molécule qu'il contribue à former et l'édifice organique,, il y aune série de synthèses intermédiaires et croissantes en complexité.

Les principes immédiats de la chimie organique, corps gras, principes des huiles

et des essences, ne sont pas le dernier terme de ces transformations de la matière :

ils concourent à former d'autres corps incomparables, l'albumine, la fibrine, la caséine, qui s'analysent, mais que la chimie est impuissante à réaliser.

Il est clair que ces synthèses successives, ces combinaisons merveilleuses ne sont pas dues au hasard. La rencontre fortuite d'éléments matériels, d'atomes crochus ou non, ne saurait arrivera construire l'édifice organique ni même à faire une cellule. La vie ne s'explique que par Vâme ou, ce qui revient au même (car les mots importent peu),-par un principe directeur, une idée maîtresse. C'est ce que 'notre grand physiologiste Claude Bernard avait bien compris et ce qu'il n'avait pas craint de proclamer. «Dans tout germe vivant, disait-il, il y a une idée directrice qui se développe et se manifeste par l'organisation (i). >

Ce qui est ainsi dirigé, on le devine, ce

(i) Introduction à V étude de la médecine expérimentale, p. i63.

sont les éléments matériels ou pour mieux dire, les forces physico-chimiques. Ces activités inférieures constituent le dernier échelon de l'économie humaine, mais son indispensable suhstratum : elles sont nécessaires à l'évolution vitale. Mais, gardons-nous de l'oublier, elles ne changent pas de nature et s'exercent, sous l'autorité de la vie, suivant les lois qui leur sont propres. Les corps simples, le carbone, Tazote, l'oxygène,, l'hydrogène ne sont pas différents dans l'économie de ce qu'ils sont au dehors : leurs propriétés demeurent identiques. Toutefois la vie réalise avec eux et par eux des synthèses inconnues au monde minéral, et ces synthèses ellesmêmes concourent à produire les cellules, les tissus, les organes dont on ne trouve pas la moindre analogie dans la nature inanimée.

De même les forces physiques, caloriques, électriques ou autres que nous connaissons n'obéissent pas en nous à d'autres règles que celles dont nous avons l'exacte

Wmr^-

mesure; mais elles sont dominées par le principe vital et revêtent dans l'organisme une allure spéciale en rapiport avec les services qu'elles doivent rendre. Ces différences sont dues au terrain particulier sur lequel elles évoluent; et si l'on en tient compte, on ne sera jamais amené à confondre l'activité sensible ou vitale avec les forces physiques qui leur servent de base ou à faire appel à des forces nouvelles, mystérieuses.

L'activité sensible, forme supérieure de l'activité nerveuse, trouve dans les forces physico-chimiques les agents de son exercice. Mais sa cause n'est pas là et demeure invinciblement fixée dans l'âme.

C'est ce que démontreront les chapitres suivants consacrés à l'étude de Vin/lux nerveux^ du prétendu fluide vital et du magnétisme.

Page 1