INFLUX NERVEUX
L'activité du nerf se manifeste partout dans Torganisme en signes éclatants; et rien, ni dans la forme extérieure, ni dans la structure intime, ne la révèle à nos yeux. La glande qui secrète se gonfle et donne un produit; le muscle qui se contracte diminue de longueur et grossit» Seul, le nerf en action demeure immobile, sans changement, sans frémissement d'aucun genre. La force latente qu'il recèle a reçu les noms divers d'influx^ de courant ner-' veux, d'action ou de force nerveuse^ mais elle reste impénétrable. Personne
ne la connaît que par ses merveilleux effets (i).
Cette ignorance du « mécanisme » \ie l'action nerveuse ne décourageait ni ne troublait les anciens, respectueux des droits de la philosophie, fidèles à la logique et ne demandant justement à l'expérience que ce qu'elle peut fournir. Nous avouons pour notre part qu'elle ne nous gêne pas, mais nous savons qu'elle est mal supportée par les matérialistes, dont elle ruine le système à la base. Comment expliquer matériellement cette force mystérieuse qui recueille les impressions du dehors et les transporte au cerveau, qui communique au muscle les incitations motrices, qui préside aux fonctions aussi délicates qu'importantes de la vie sensible?
Bien des hypothèses ont été imaginées pour rendre compte physiquement de Vinflux nerveux^ mais la plupart n'ont pas résisté à l'épreuve de la discussion. Une
(i) Les élémeots de ce chapitre sont empruntés en partit i notre livre Le Problème cérébral»
liO SPIRITUALISME ET SPIRITISME
seule, par singulière fortune, a obtenu la plus grande vogue et garde encore l'adhésion de nombreux savants : c'est la théorie électrique.
Entre le courant de la pile et l'influx nerveux, les analogies sont aussi grossières que les différences accusées; mais ce n'est pas ici la place de signaler les unes et les autres. Décidés à échapper à Tidée de Vâme ou de H force vitale, même au prix d'une absurdité, les savants matérialistes ont trouvé une explication simple et claire de Tagent nerveux : ils l'ont rattaché à l'ordre physique et assimilé à l'agent électrique.
De l'étrange collaboration des physiciens et des biologistes est sortie une science nouvelle, V électro-physiologie qui a encore ses adeptes, ses chaires, ses manuels.
Quels résultats nous livre-t-elle? C'est ce que nous allons rapidement indiquer.
L* électro-physiologie repose tout entière sur quatre phénomènes principaux qui se tiennent et qu'on nomme le courant de
repos^ le courant d'action ou variation négative, V électrotonus et la loi des secousses. Étudions successivement chacun de ces phénomènes,
i** Le courant de repos ou courant pri-mitif fut découvert en 184^ par du Bois- Reymond, qu'on peut qualifier à bon droit de père de la science nouvelle. Ce savant berlinois, expérimentant avec un galvanomètre très fin sur des nerfs détachés de l'organisme, mais nullement excités, y constata des effets électriques manifestes.
Si Ton réunit, par les électrodes, la surface naturelle du nerf avec sa surface de section (coupe), on observe un courant qui, dans le conducteur métallique, chemine toujours de la première vers la seconde. Les deux pôles du galvanomètre touchent-ils la surface naturelle du nerf, les courants sont plus faibles et vont du point le plus voisin au point le plus éloigné deTéquateur électrique. Si chaqueélectrode est également distante de la ligne équatoriale, les deux courants se
neutralisent et l'aiguille du galvanomètre reste immobile. Plus le tronçon nerveux est long et gros, plus le courant primitif est intense ; mais sa force ne varie pas avec la nature du nerf (mixte, sensible ou moteur) ni avec Tespèce animale.
Ces faits étaient à peine connus et quelque peu vérifiés qu'on en trouvait l'explication... physique. Pour du Bois-Reymond, le nerf, de même que toute matière vivante, se résout en une agglomération de particules très ténues qui en sont comme les éléments et sont constituées elles-mêmes par la réunion de deux molécules bipolaires. Les pôles électriques de ces molécules sont tous disposés de la même façon dans le nerf : les positifs regardent tous le dehors et donnent à la surface longitudinale une tension nécessairement positive par rapport à celle de la surface transversale.
Telle est la conception classique du courant de repos : elle est des plus simples et des plus attrayantes au point de vue mécani-
que. Nous verrons plus loin si elle est juste.
2** Courant d^ action ou variation négative. — L'interposition dans le circuit du galvanomètre d'un nerf coupé donne lieu à une déviation de l'aiguille, et cette déviation, nous l'avons dit, est interprétée par les physiologistes comme l'indice du courant de repos. Or, si au cours de l'expérience on irrite le nerf d'une façon quelconque, on observe souvent un recul de l'aiguille, c'est-à-dire une diminution de son écart. C'est à ce phénomène que du Bois-Reymond a donné le nom de variation négative.
Les premiers expérimentateurs ne comprirent pas très bien la nature du phénomène et l'attribuèrent à un affaiblissement du courant de repos. C'est à Schiff que revient l'honneur d'avoir porté la lumière sur ce point. D'après lui, la variation négative témoigne de l'existence d'un second courant, distinct du courant de repos et dû à l'activité fonctionnelle :
c'est le courant d'action.
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L'existence des deux courants une fois bien établie, Schifif a cherché à voir si chacun d'eux ne se rattache pas à quelque partie spéciale de la fibre nerveuse. Ses patientes expérimentations tendent à établir que le courant de repos existe encore, quoique sensiblement atténué, dans les nerfs paralysés, c'est-à-dire presque réduits aux gaines de Schwann. Par contre, l'irritation de ces nerfs atrophiés ne donne jamais de variation négative,
3** Électrotonus. — Si Ton met l'extrémité d'un fil de coton humide en rapport avec les deux bouts d'un galvanomètre et qu'on applique vers l'autre extrémité les deux pôles d'une pile électrique, il est clair que Taiguille du galvanomètre ne bougera pas : le courant de la pile s'écoulera tout entier dans le segment de fil humide compris entre les deux pôles.
Au contraire, remplacez dans cette expérience le fil de coton par un nerf vivant, et l'aiguille sera aussitôt déviée. Non seulement la partie du nerf comprise entre
les deux pôles de la pile est parcourue par le courant, mais encore le nerf tout entier est traversé à ce moment par un courant de même sens. C'est à cet état particulier du nerf sous Tinfluence d'un courant constant que du Bois-Reymond donne le nom à' électrotonus. L'état électrotonique apporte à l'irritabilité du nerf d'importantes modifications : la partie située du côté positif devient moins excitable {anéIectrotonus)j tandis que celle située du côté négatif Test bien plus {cathélectrotonus). On a dû renoncera chercher l'explication de ces phénomènes dans la théorie moléculaire de du Bois-Reymond, et Hermann essaie de rattacher Vélectrotonus à une polarisation du contenu des fibres nerveuses.
4* Loi des secousses. — Les résultats des premières expériences furent assez concordants pour permettre d'établir les principes suivants :
Les courants ascendants de forte énergie appliqués sur un nerf moteur ne pro-
H6 SPIRITUALISME m SPIRITISME
duisent de secousse qu'à leur ouverture* Au contraire, sur le même nerf^ les courants descendants de grande force n'amènent de contraction musculaire qu'au moment de la fermeture.
Ces effets s'expliquent facilement d'après Pflûger. Le courant ascendant met la partie supérieure du nerf en cathélecirotonus et l'inférieure en anéîectrotonus. L'excitation de fermeture a lieu dans la portion où commence le caîhélectrotonus, c'està-dire dans la partie supérieure pour un courant ascendant. Pour parvenir au muscle^ Texcitation doit traverser la partie inférieure du nerf qui se trouve fortement anèleciratonisêe et s'oppose à sa transmission ; ainsi se trouve supprimée la secousse de fermeture. Une explication analogue rend compte de Tabsence des secousses à l'ouverture des courants descendants.
Mais si les vues ingénieuses de Pflûger cadrent assez bien avec la logique, rien ne prouve qu'elles soient justes et vraies en
physiologie nerveuse. La loi des secousses répétons-le, ne se rapporte qu*à des courants continus de force intensive, et ne s'applique nullement à Torganisme sain et non opéré. En cherchant à la vérifier sur des nerfs normaux, Hermann n'a jamais obtenu que des résultats équivoques, contradictoires : il estime seulement que l'interversion du courant galvanique renverse aussi la direction inconnue de celui qui parcourt le nerf, mais que l'effet produit ne saurait avoir rien de commun avec telle ou telle direction donnée. Plus récemment Stricker arrive à peu près à la même conclusion et ne croit pas que la production des secousses soit en rapport avec la direction du courant.
Telles sont, en résumé, les principales données de- V électro-physiologie avec les restrictions essentielles qu'une observation récente leur impose. Il nous reste à voir si elles sont applicables à l'être vivant et sentant.
Il8 SFIRITUALISME ET SPIRITISME
Le savant du Bois-Reymotid, nous l'avons vu, chercha, dès l'origine, à explir quer le courant de repos et la variation négative qu'il venait de découvrir; mais la théorie qu'il imagina n'avait pas, selon lui, la prétention outrecuidante de rendre compte de l'activité nerveuse, elle ne visait qu'à expliquer les effets obtenus sur des nerfs coupés. Ce n'est que plus tard que la théorie électrique s'empara très arbitrairement du terrain physiologique et prétendit y régner en maîtresse : des disciples hardis et peu logiques développèrent la théorie moléculaire de du Bois- Reymond et l'appliquèrent à tous les phénomènes nerveux. Par une contradiction singulière, les nerfs indemnes furent assimilés aux nerfs séparés de l'organisme, et toute leur activité se ramena au phénomène de l'oscillation négative qui luimême suppose l'existence d'un courant nerveux constant, c'est-à-dire du courant de repos.
Rosenthal n'hésite pas à affirmer que la
mise en action du nerf produit un changement dans les manifestations électriques, et que ce changement consiste en une diminution ou oscillation négative du courant nerveux.
Dès lors, la sensation et le mouvement n'ont plus de mystère : ils résultent également d'une rupture d'équilibre entre l'état électrique du nerf et celui de l'appareil terminal (muscle ou cellule nerveuse sensible). Cette grande découverte met fin au règne de Vâme et ouvre celui de Isipile.
Toutefois le « courant de, sensation »
doit différer du « courant de mouvement » ; et sur ce point, les idées ne manquent pas, puisque, d'un avis commun, on en est arrivé à considérer les filets nerveux comme de vulgaires fils de laiton. La biologie devient une simple annexe de la physique, et ce n'est plus aux physiologistes que revient vraiment l'étude de la nature vivante : ils exposeraient la science à de graves erreurs.
Les physiciens ont toute autorité, semblet-il, à s'emparer d'un terrain qu'on leur
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abandonne; et ils accomplissent de bonne grâce cette usurpation. C'est à l'un d'eux, Auguste de la Rive, que Ton doit la conception la plus complète de lVZ^^/r^/)Aysiologie. « Si par une cause quelconque, écrit-il, rétat électrique d'un nerf se trouve modifié, Féquilibre est rompu et il en ré-suite une contraction ou une sensation. La modification survenue consiste en ce que les molécules organiques, dont le nerf est formé, ne sont plus polarisées transversalement, du dedans au dehors, mais longitudinalement, d'une extrémité à l'autre, comme Test tout corps conducteur traversé par un courant électrique. Quand cette modification provient de l'action immédiate du centre nerveux, il semble que la polarisation s'effectue toujours de manière que les pôles négatifs des molécules soient tournés du côté de ce centre et les positifs du côté du muscle, comme cela résulterait de l'action d'un courant électrique qui cheminerait dans le sens des ramifications nerveuses. C'est ce qui ex-
plique pourquoi un courant électrique qui chemine dans ce sens favorise la contraction bien plus que lorsqu'il chemine dans le sens contraire. Si, au lieu de venir du cerveau, l'action exercée sur le nerf vient de la périphérie, la polarisation du nerf doitavoir lieu en sens inverse, c'est-à-dire de façon que les pôles positifs soient' tous tournés du côté du centre nerveux et les négatifs du côté d'où vient l'irritation. Ce renversement dans la polarité du filet nerveux qui aboutit au cerveau doitTaflfecter et y produire une sensation. C'est ce que confirme l'effet d'un courant électrique étranger qui, lorsqu'il circule dans les nerfs dans un sens opposé à celui de leurs ramifications, produit une sensation et non une contraction. On conçoit ainsi que la polarisation s'établisse en sens contraire dans un nerf de mouvement et dans un nerf de sentiment. »
La théorie est rigoureuse et ne laisse aucune question sans réponse. On conçoit encore que des physiciens, étrangers à la
science vitale, s'y tiennent et s'en contentent; mais on s'étonne que des physiologistes s'y arrêtent et n'en sentent pas l'irrémédiable faiblesse.
Sur quelle base repose en effet la théorie électrique? Uniquement sur l'existence du courant de repos que l'excitation fonctionnelle viendrait modifier en sens inverse de sa direction préalable. Or, ce courant de repoSy nous l'avons dit, n'a jamais été constaté que sur des nerfs coupés, et c'est par une analogie très arbitraire que l'on a conclu à la présence du courant de repos dans les nerfs normaux.
Cette erreur de logique, signalée de bonne heure, a conduit les savants soucieux de l'honneur de la science à instituer de nouvelles expériences, à vérifier les anciennes; et aujourd'hui, la plupart des auteurs reconnaissent l'insuffisance de la théorie électrique et se refusent à admettre l'existence normale du courant de repos.
C'est aux savantes investigations de
Schiflf qu'est dû le revirement de la science, et c'est pourquoi nous devons rappeler les principaux résultats de ses recherches.
On sait que sur des nerfs de vertébrés supérieurs, soumis à un commencement de putréfaction, la variation négative est plus constante que le courant de repos.
Partant de cette donnée, Schifif remarqua que sur de tels nerfs Téquateur du courant de repos n'occupe pas sa place habituelle, mais se trouve souvent porté vers l'une des sections transversales. De plus, la variation produite par l'irritation du nerf cesse en un certain point d'être négative pour devenir positive, et le point où le renversement se produit non seulement ne coïncide pas avec l'équateur du courant de repos ^ mais se déplace en sens inverse. Ainsi la variation accuse un équateur qui lui est propre et témoigne de l'existence d'un courant autonome, distinct du courant de repos, autrement dit le courant irritatif ou d* action.
Mais si rexpérience est faite sur des nerfs frais, les deux équateurs se rapprochent et peu'^ent même coïncider sur le milieu du tronçon : c'est seulement dans ces conditions qu'on obtient les effets électriques signalés par du Bois-Reymond, et sa variation négative. Cette variation d'ailleurs correspondrait-elle bien à l'irritation d'un nerf coupé, peu importe; car il est certain, dit très justement Schifif, que le phénomène ne peut se manifester en tant que variation sur aucun nerf vraimient normal et physiologique, lequel continuerait d'être en rapport avec les centres nerveux et les appareils terminaux. Positive ou négative, ajouté-t-il, toute variation suppose un courant nerveux reconnaissable au galvanomètre. Or, dans le fait, il n'en est pas ainsi, et différentes recherches appropriées prouvent au contraire qu'à l'état indemne, le courant voulu n'existe en aucune façon.
Une première série de ces recherches faites sur des grenouilles a démontré pé-
remptoirement à Schiflf que, sur un nerf absolument indemne, il ne se produit jamais aucun courant à Tétat de repos. Ce point élucidé, restait une seconde question à résoudre : Le même nerf soumis à une irritation ne produit-il pas des effets électriques?
En opérant sur le sciatique, après avoir pris toutes les précautions nécessaires pour échapper à Terreur, Schifif a constaté, à chaque fermeture du circuit primaire, des contractions cloniques ou tétaniques .des muscles de la jambe, en même temps qu'une faible déviation de l'aiguille du galvanomètre. Cette déviation s'est toujours montrée constante, indiquant un courant qui dans le sciatique se dirigerait vers la moelle épinière. Mais ce courant centripète était-il vraiment autonome? N'était-il pas dû à un état électrotonique du nerf, ou encore ne dérivait-il pas des courants suscités par les contractions musculaires?
Le savant expérimentateur s'attacha à éclaircirce difficile problème. Des expé-
riences très ingénieuses, qu'il serait trop long d'exposer ici, lui prouvèrent d'une part que V électrotonus ne concourt nullement à produire les courants centripètes, de l'autre que ces courants sont indépendants des mouvements musculaires. Il reste donc établi que le courant observé est dû aux conditions physiologiques et normales du nerf que l'on vient à exciter,, et il est facile de s'en convaincre directement en remplaçant l'électricité par des excitants d'autre nature, soit physiques, soit chimiques : l'application d'acides concentrés et l'irritation mécanique déterminent manifestement dans le nerf des courants centripètes.
Après avoir établi par les expériences précédentes que le nerf normal non irrité n'est le siège d'aucun courant, le savant professeur de Florence crut devoir répondre par avance à deux objections que récole de du Bois-Reymond pourrait lui faire : i** la membrane qui enveloppe le nerf peut agir comme con-
ducteur indifférent, et réaliser à son profit une telle dérivation du courant interne qu'il ne puisse plus se propager jusque dans le galvanomètre ; 2** le nerf normal n'ayant pas, comme le muscle, un tendon qui représente l'élément négatif du courant de repos, on peut croire que son courant n'est pas capable de se manifester d'une manière évidente.
La première objection est facilement écartée par l'expérience suivante. On divise un nerf, et on entoure le tronçon d'un feuillet d'or très mince qui le recouvre en entier et fait communiquer la section longitudinale avec la transversale. Le nerf ainsi enveloppé, soumis au galvanomètre, donne toujours un courant, avec la même direction ; preuve que la membrane d'enveloppe, moins bonne conductrice que le feuillet d'or, ne saurait dériver dans le nerf normal le courant de repos, s'il existait réellement.
Pour répondre victorieusement à la seconde objection, il fallait donner à la sec-
tion transversale du nerf quelque appendice indifférent pouvant tenir, à l'égard du tronc nerveux, le rôle attribué au tendon par rapport au muscle dans la théorie de du Bois-Reymond. A cette fin, Schifif opéra sur des chiens la division du sciatique, en ayant soin d'extirper la plus grande partie du bout périphérique pour mettre obstacle à la régénération. Au bout de plusieurs mois, chez les sujets dont le bout central offrait un bourgeon bien net, l'application d'un des rhéophores sur la cicatrice et de l'autre sur la surface longitudinale ne donna jamais trace de courant à la première fermeture du circuit galvanométrique. Et ce qui prouve que le courant manque réellement et que la cicatrisation ne s'oppose pas à son passage, c'est qu'il suffit dans ces conditions de pratiquer auprès du bourgeon une nouvelle section transversale pour obtenir aussitôt une forte déviation de l'aiguille. Il est donc établi que dans les nerfs normaux non irrités, il n'y a pas de courants élec-
triques, et que ceux propres aux nerfs divisés disparaissent en même temps que la cause qui seule les produit, c'est-à-dire au moment où le travail morbide cesse, et où la section transversale se recouvre d'un tissu cicatriciel indifférent par rapport au tissu nerveux non altéré.
Résumant ses découvertes sur la question, Schiflf a formulé les conclusions très nettes, que nous enregistrons à sa suite :
i* La prétendue variation négative se manifeste seulement sur des nerfs dans lesquels une lésion neurotomique a déjà fait naître un courant constatable ;
2** Toute irritation d'un nerf indemne dépourvu de courants galvanométriques en détermine un de faible énergie et d'orientation toujours centripète;
3** L'orientation sus-indiquée reste toujours invariablement la mêmey soit qu'il s^agisse d'un nerf moteur ou éCun nerf ^^w^//// qu'on irriterait en aval ou bien en amont de l'arc abducteur, et soit aussi qu'au cours de Texpérience, des mouve-
nrn
ments se produisent ou ne se produisent pas;
4"* Dans tous les cas, en un mot, où les nerfs coupés donnent une variation négative^ les mêmes organes indemnes trahissent un faible courant centripète, et par suite, ce courant reste pour tout nerf normal la seule expression jusqu'à ce jour connue de son activité fonctionnelle.
Les recherches d'Engelmann complètent heureusement les précédentes. Ce savant physiologiste, armé du microscope, a montré que l'altération traumatique est sensiblement la même dans les nerfs fraîchement enlevés à l'organisme que dans ceuxlaissésen place» Les signes de l'altération se manifestent sur ces nerfs quelques heures apfès le sectionnement, mais ils ne dépassent jamais le premier étranglement annulaire.
Engelmann conclut fort justement de ce fait que le traumatisme a pour résultat de créer dans les tubes nerveux un plan de démarcation où les cellules vivantes tou-
chent aux mortes et que c'est un tel rapport qui donne lieu au courant galvanométrique dit courant de repos. Il appuie son raisonnement sur des expériences démonstratives. En opérant avec des sciatiques de grenouille, il constate que le courant perd rapidement son énergie primitive, mais qu'à chaque nouvelle section, il recouvre toute son énergie première. Un aussi prompt affaiblissement ne tient donc pas à la dégénérescence générale du nerf, mais à des phénomènes qui se passent immédiatement au niveau de la section artificielle et que les objectifs permettent de suivre. Le travail de dégénérescence s'arrêtant toujours aupremier étranglement annulaire, le courant nerveux qui en provient ne saurait jamais avoir qu'une existence éphémère. Ce n'est donc pas un courant de repos, mais plutôt, comme arrivent à le déclarer aujourd'hui nombre d'auteurs, un véritable courant dé démarcation.
Le courant de repos n'existant pas, il
î}2 SPIRITUALISME ET SPIRITISME
ne saurait être question de sa variation négative. Ainsi s'écroule par la base cette étrange théorie moléculaire qui prétendait rendre compte de l'activité nerveuse et résoudre par la seule électricité le problème vital.
Tous les savants ne renoncent pas à la théorie électrique, et particulièrement ceux qui se rattachent aux doctrines matérialistes. Ils éprouvent une réelle satisfaction à remplacer la force nerveuse qui trahit rame invisible par une force électrique qui, sans être visible, leur paraît plus accessible. Ils ne s'arrêtent pas aux objections qu'on oppose à leur thèse et ne veulent pas voir les expériences qui la renversent.
Nombre d'auteurs en sont encore aux idées premières de du Bois-Reymond^ vite abandonnées par leur auteur. Plusieurs prétendent même les dépasser. Récemment Horsley en Angleterre, Jrériho en Russie ont signalé l'existence de la variation négative dans la moelle épinière et jusque
dans la protubérance. Bien mieux, presque en même temps, le docteur Beck (de Cracovie) et le docteur Fleischl (de Vienne) Tont affirmée dans le cerveau même.
Mais leurs expériences, en les supposant exactes, exemptes de toute erreur, ne révèlent aucune loi nouvelle de physiologie nerveuse : elles confirment simplement les savantes recherches de Schiff qui établissent l'existence d'un courant centripète dans les nerfs irrités artificiellement. Ce courant n'a pas le moindre caractère vital et normal : il est également centripète dans tous les nerfs, n'a pas de durée et résulte clairement du traumatisme. Comme le dit justement le professeur Serguéyeflf, < à elle seule, la direction invariable des courants paraît exclure toute idée qu'ils puissent être V expression directe du processus fonctionnel, car quelque chose d'inverse doit nécessairement distinguer l'activité nerveuse, selon qu'elle se développe dans des fibres sensitives ou dans des fibres motrices ; et si cette activité reposait réel-
lement sur un processus d'essence électrique, alors ce quelque chose d'inverse devrait sans nul doute se trahir au galvanomètre. Il faut donc reconnaître^ et cela sous peine de paradoxe^ que le processus de Vactivité nerveuse n assume pas un caractère essentiellement électrique. >
Est-il besoin de rappeler la dernière tentative faite par un savant belge, M. Solvay, pour ressusciter la thèse délaissée et abandonnée? Ce serait une tâche longue et fastidieuse; nous préférons renvoyer les lecteurs curieux à l'étude intéressante et documentée qu'un savant renommé a consacrée à ce sujet (i).
Qu'il nous suffise de noter les étapes parcourues par M. Solvay, étapes comparables à celles de du Bois-Reymond. Dans l'enthousiasme des débuts, en 1887, le fondateur de V Institut Solvay n'avait pas une hésitation sur l'identité du fluide élec-^ trique et du fluide vital. — L'homme,
(i) Cf. p. Hahn. V électricité et la vie, Revue des questions scientifiques de Bruxelles, avril 1896.
disait-il, est un moteur électrique. L'électricité provient directement des réactions chimiques qui se passent dans l'économie.
L'oxydation musculaire produit l'électricité animale. Le corps est une pile : le muscle oxydé représente l'élément négatif, tandis que le plasma ou la lymphe correspond à l'élément positif. Les nerfs sont les fils conducteurs qui font circuler l'électricité depuis le lieu où elle se produit jusqu'aux divers organes ou parties d'organes mus. — La vie n'avait pas de mystère pour ce physicien consommé...
Mais, dès 1893, M. Solvay a sagement et profondément modifié son opinion : il ne voit plus la seule électricité dans l'organisme et ne lui attribue qu'un rôle prédoininant dans les phénomènes vitaux.
« Il faut, dit-il, partir de cette conviction profonde que les phénomènes de la vie peuvent et doivent s'expliquer par le jeu des seules forces physiques qui régissent l'univers, et que, parmi ces forces ^ V électricité joue un rôle prédominant... Il y
a lieu de déterminer le processus de la propagation du courant nerveux vers les organes d'utilisation. La nature intime de ce processus nous est encore inconnue^ et je n'entends pas V identifier avec celle de la propagation électrique dans un conducteur métallique, » Quantum mutatus!
L'expérience a modifié et amélioré les idées de ce novateur comme de tous les autres : elle Ta amené sur ce terrain commun où la raison et la science s'unissent et s'accordent pour arriver à la vérité.
L'excitation physique de nos laboratoires d'une part, la sensation od la motilité de l'organisme vivant de l'autre sont séparées par un abîme que le simple bon sens signale et que toutes les théories des matérialistes n'arriveront pas à combler. Entre le courant électrique et l'influx nerveux, on s'est toujours plu vulgairement à faire un rapprochement : il n'y a jamais eu qu'une simple analogie. La rapidité de leur action frappe l'imagination et donne l'illusion
d'une identité, que les mesures exactes viennent démentir.
Le courant nerveux parcourt à peine 30 mètres par seconde; le courant électrique fait 30 kilomètres à la seconde : c'est une vitesse mille fois plus grande.
Tous les caractères de l'influx nerveux le distinguent radicalement de l'électricité. Il suit une marche centrifuge dans les nerfs moteurs, centripète dans les sensitifs, sans qu'aucune disposition histologique des tubes nerveux, actuellement connue, révèle et explique cette différence. Il est d'autant plus fort que son parcours est plus étendu, à l'inverse du courant électrique qui s'affaiblit d'autant ' plus qu'il suit un plus long fil. Celui-ci s'épuise en allant, tandis que l'autre, comme on l'a dit, fait boule de neige.
L'intégrité complète du tube nerveux, ou plus exactement celle du cylindre-axe, est nécessaire à l'action nerveuse. Une simple ligature jetée sur un tronc nerveux interrompt la transmission des incitations
motrices ou des impressions sensitives.
L'influx nerveux ne parcourt qu'un cy* lindre-axe intact et continu. On sait que le courant électrique n'a pas de telles exigences : il se transmet aussi bien dans un fil métallique coupé que dans un fil entier, ne demandant que la contiguïté des extrémités du conducteur.
Les nerfs sont tellement peu disposés pour recevoir le courant électrique que, de toutes les parties animales, ce sont peut-être celles qui le conduisent le plus mal. Les muscles sont trois ou quatre fois meilleurs conducteurs de l'électricité que les nerfs; et ceux-ci ne valent pas mieux à ce point de vue que les tendons ou même qu'un fil de coton hu- .mide ou de l'eau légèrement salée.
Les rares savants qui assimilent encore l'influx nerveux à un vulgaire courant échafaudent habilement leur thèse sur des expériences de laboratoire, mais oublient de l'éclairer en révélant la source du couvrant animal. Le courant électrique trouve
dans la pile sa raison d'être et son aliment. L'activité vivante puise indéfiniment dans les nerfs ses éléments d'exercice ; mais ^ son tour quel est l'aliment des nerfs?
Quel est l'organe spécial qui dans l'être vivant produit le courant nerveux? Nul ne le cherche, nul ne l'a découvert.
Mais, dira-t-on, des effets électriques se manifestent dans les nerfs, et on ne peut les nier sans mentir à l'observation. Nous reconnaissons avec les matérialistes, et autant qu'eux, l'existence de ces effets, et nous disons mieux : ils ne sont pas particuliers aux nerfs et se retrouvent dans tous les organes vivants. Enlevez à un animal un morceau de tissu quelconque, et placez-le entre les électrodes d'un bon galvanomètre : vous observerez toujours une déviation plus ou moins forte de l'aiguille. Qu'est-ce à dire? Le courant prétendu nerveux appartiendrait-il indifféremment à tous les tissus? Ne serait-il pas plutôt la simple expression d'un travail intime de la nutrition?
L'observation que nous venons de citer et qui est facile à reproduire a une importance capitale : elle donne la clef du mystère qui plane sur Véleatrophysiologie.
Elle renverse complètement la théorie électrique en jetant un jour nouveau sur les expériences qui prétendent ramener rinflux nerveux à un simple courant.
Ces expériences confirmées et étendues démontrent bien que les tissus animaux, et particulièrement les tissus musculaire et nerveux, recèlent des courants. Mais ces courants ne traduisent nullement le processus de l'activité vitale, ils expriment seulement Tune des modifications intimes, physico-chimiques dont il s'accompagne.
Que l'activité nerveuse s'exerce avec des phénomènes chimiques, thermiques, électriques, nul ne le conteste; mais ce qui paraît absolument démontré, c'est qu'elle n'y trouve pas- sa cause.
L^électricité ne préside donc pas à la vie nerveuse, et il faut en revenir aux sages enseignements de Tanimisme pour com-
prendre les difficiles problècaes ds la physiologie. Malgré le talent déployé par ses habiles défenseurs, en dépit de tant d'expériences savantes, la théorie électrique ne rend pas compte de l'influx nerveux et doit aller rejoindre la vieille doctrine des esprits animaux dans le gouffre des idées controuvées et abandonnées. Contredite par les faits, elle l'est surtout par la raison qui n'admet pas de rapprochement possible entre deux ordres de phénomènes absolument différents, entre la vie et la matière brute, entre la sensation et le mouvement physique.