I.E PARASITE
élevées d’une culture très peu virulente. Sous l’influence de ces traitements, l’animal devient réfractaire au virus spirochétosique ; des immunisines et des agglutinines apparaissent dans le sang et la phagocytose devient plus active et plus efficace, ainsi qu’on peut s’en assurer en introduisant des Spirochètes dans le cœlome (I).
§ 4. Sérothérapie. — Dès le début de nos recherches, nous nous sommes naturellement préoccupés de la préparation d’un sérum thérapeutique; toute une série de faits (notamment l’apparition des immunisines dans le sang des malades) concourait à nous encourager dans cette voie où les Japonais avaient obtenu déjà « at least a partial success with horse sérum ». Ultérieurement, divers auteurs allemands firent dans cette direction des essais sur lesquels nous ne sommes pas exactement renseignés.
Pour notre part, nous avons tout d'abord procédé à des expériences préliminaires sur des Lapins. En administrant à ceux-ci, par voie sous-cutanée, du parenchyme hépatique de Cobayes sacrifiés à la période ultime de la spirochétose, on provoque, en quelques semaines, l’apparition dans le sang d’immunisines assez actives. Cette première constatation nous conduisit à tenter chez le Cheval la préparation d’un sérum thérapeutique.
Au début de nos essais, nous ne possédions pas de cultures; force nous fut donc d’utiliser les tissus du Cobaye spirochétosique ; à cet effet, nous avons inoculé au Cheval, par voie sous-cutanée, de semaine en semaine, des doses progressivement croissantes de parenchyme hépatique assez finement broyé pour passer sans peine au travers d’une grosse aiguille; ignorant le degré de sensibilité de ce Solipède pour le Sp. icterohemorragiæ , nous avons commencé par injecter 1 cm3 d’émulsion de foie, additionnée de liqueur de Gram; la semaine suivante, la dose fut portée à
(1) Voir en outre les indications relatives à la vaccination du €obaye, p. 137, et de l’Homme, p. 258.
LA SPIROCHÉTOSE
10 cm3; à partir de la 3e injection, la solution iodo-iodurée fut supprimée et le parenchyme hépatique inoculé en nature, en proportions croissantes, de façon à arriver rapidement à administrer un foie de Cobaye entier. Cette manière de procéder n’est pas exempte d’inconvénients; de telles injections sont mal supportées et provoquent de larges abcès ; nous avons été ainsi amenés à rechercher une autre voie d’administration. Les notions, qui ont cours actuellement en ce qui concerne l’anaphylaxie (1), semblaient devoir faire exclure les inoculations intraveineuses. Or, un vieux Cheval réformé put recevoir sans réactions graves, et cela à plus de 15 jours d’intervalle, un, deux, puis trois foies entiers de Cobaye; la dernière fois seulement, l’animal présenta quelques troubles (dyspnée, tremblement de la lèvre), mais il se remit presque immédiatement. A la suite de cette expérience, nous avons substitué la voie intraveineuse à la voie sous-cutanée, sans qu’au cours d’une année il se soit produit d’accidents.
D’autre part, aussilôt que nous avons eu à notre disposition, de façon régulière, des cultures de Spirochètes, nous avons essayé l’immunisation du Cheval au moyen de celles-ci. Nous avons constaté que ce matériel procurait deux avantages : les immunisines se forment plus rapidement et sont plus actives; aussi, nous l’avons adopté définitivement, et remplacé, chez les premiers Chevaux, les injections intravasculaires de pulpe hépatique par les inoculations souscutanées de culture (dans le milieu sérum de Lapin-eau physiologique). Les injections sont pratiquées hebdomadairement ; la première et la seconde consistent respectivement en 1 et 10 cm3 de culture additionnée de liquide de Gram ; pour les suivantes, on utilise des cultures pures, aussi abondantes que possible, a dose croissante, de façon à atteindre rapidement une moyenne de 100 cm3 : sous l'influence de ce traitement, le sang du Cheval acquiert en trois à quatre mois un
(1) Voir à ce sujet le rapport de L. Martin à la Société médicale des Hôpitaux.
LE PARASITE
pouvoir agglutinant modéré; ses propriétés immunisantes et spirochétolyliques sont beaucoup plus manifestes.
Pour nous rendre compte, dans la mesure du possible, du pouvoir immunisant du sérum, nous devons, faute de mieux, nous borner à rechercher la quantité minima dudit produit capable de neutraliser une dose considérable de virus, soit 1 cm3 d’une émulsion dense de parenchyme hépatique de Cobaye, riche en Spirochètes. Actuellement, cette quantité oscille autour de 1 /20 cm3. Les Japonais emploient comme test les cultures ; celles-ci nous paraissent moins recommandabl es, en raison de leur virulence variable et rapidement atténuée.
Le sérum en question est inoffensif pour l’animal normal, même quand il provient de Chevaux ayant reçu de nombreux foies de Cobaye. Comme on pouvait a priori le supposer, en se basant sur les recherches de C. Delezenne, on n’observe pas d'action cytolytique appréciable chez les Mammifères auquel on l’administre ; enfin, il jouit d’un pouvoir curatif efficace contre la spirochétose ictérohémorragique du Cobaye. Pour les applications thérapeutiques, le lecteur se reportera à la troisième partie, p. 253.
SECTION IV
DÉNOMINATION DU PARASITE. PLACE TAXINOMIQUE. SPIROCHÈTES SAPROPHYTES, COMMENSAUX