‹ Spirochétose ictérohémorragiqueChapitre 2 sur 71 · II. — ORIGINE DE NOS RECHERCHES · texte numérisé non relu

II. — ORIGINE DE NOS RECHERCHES

En juin 1916, M. le Ministre de la Marine chargea une Commission, composée de M. le médecin général Jan el de MM. les Ds Mosny et Louis Martin, membres de la Conférence sanitaire interalliée, de visiter les formations sanitaires anglaises et belges du Nord de la France. Sous la conduite de Sir William Leishman et du colonel Beveridge, cette délégation put voir, dans le laboratoire du Dr Adrian Stokes (1), à Rémy (2), des Cobayes ictériques inoculés avec le sang d’un soldat anglais ayant succombé à un ictère fébrile hémorragique; notre confrère eut l’extrême amabilité de remettre à l’Institut Pasteur un de ces animaux. Nous pûmes ainsi nous familiariser avec le nouveau virus, signaler au public médical l’intérêt qu’il offrait et faire connaître les procédés de diagnostic alors usités (3).

Nous poursuivions, depuis quelques semaines, des recherches expérimentales sur le Sp. icterohemorragiæ , lorsque notre attention fut attirée par des cas d’ictères survenus chez des soldats français en différents points de la zone des armées et de la zone de l’intérieur : nous suspectâmes l’origine parasitaire de quelques-uns de ces cas et nous nous mîmes en mesure de vérifier, à la première occasion favorable, l’exactitude de cette hypothèse. Ce projet reçut l’approbation du D1 2 3' E. Roux, et, sur la proposition de

(1) A. Stokes et J. A. Ryle. Journal of the Royal Army Medical Corps, XXXVII, 3, 286-299, 1916.

(2) Petit village de Belgique, situé entre Poperinghe et Steenworde.

(3) Comptes rendus de la Société de Biologie, LXXIX, 657, 1916. — Bulletin médical, 28 juillet 1916.

INTRODUCTION

M. le médecin-inspecteur Simonin, M. Justin Godart, soussecrétaire d’Etat au Service de Santé militaire, voulut bien en assurer la réalisation : il confia au Dr Auguste Pettit la mission de rechercher l’origine de certains ictères infectieux.

Au début de septembre 1916, une cinquantaine de « jaunisses » se trouvaient réunies à l’hôpital de Bar-le-Duc dans le service du Dr Marcel Garnier, qui eut l’obligeance de nous guider au milieu de ses malades. Après avoir, de concert avec notre confrère, examiné cliniquement ces divers ictères, neuf furent retenus, chez lesquels plusieurs symptômes conduisaient à suspecter l’existence du microorganisme, décrit sous le nom de SpirochsetcL ictCToh^ïRowcLCiisB par R. Inada et Y. Ido.

Sur chacun des neuf malades sus-indiqués, des échantillons de sang et d’urine furent prélevés et injectés au Cobaye. Dans 2 cas, le résultat fut positif : l’inoculation sous-cutanée de 5 centimètres cubes d’urine provenant de Justin P...., 107e régiment territorial d’infanterie, et de Louis Cl..., S5e régiment territorial d’infanterie, détermina un ictère hémorragique mortel en 10 et 12 jours.

^Quelques semaines plus tard, à l’hôpital du château de Yillers-Cotterets, dans le service du Dr Bertoye, certains symptômes présentés par E. J..., 200* régiment territorial d’infanterie, éveillèrent notre attention : 2 Cobayes, injectés avec 5 centimètres cubes d’urine recueillie chez ce malade, moururent en 7 et 10 jours.

Ces divers animaux nous permirent d’isoler un virus qui, ultérieurement, fut reconnu identique à celui découvert au Japon par ft. Inada et Y. Ido; nous fûmes ainsi amenés à signaler à l’Académie de Médecine (1) (10 octobre 1916) les premiers cas de spirochétose ictérohémorragique observés en France et à démontrer la nécessité de rechercher cette a(]e< ion dans la zone des armées et à l’intérieur. Cet appel

posée' CdlteMMtUAe rUt renvoyAée £ f examen d’une Commission com- /PD Sf/e. de,7 A\ Laveran> A- Robin et A. Chauffard raDnortenr [Bulletin de I Académie de Médecine , séance du 7 novembre 1916).

INTRODUCTION

ne resta pas sans réponse. S. Costa et J. Troisier ne tardèrent pas à publier une observation démonstrative; puis, ce fut le tour de Marcel Garnier qui décela 4 spirochétosiques dans son service d’hôpital, là même où nous avions dépisté les 2 premiers, et de E. Rénaux qui recueillit 32 cas sur le front franco-belge. Antérieurement, A. Stokes et J. -A. Ryle avaient diagnostiqué la spirochétose ictérôhémorragique chez 10 soldats de l’armée anglaise opérant en France.

Dès lors, les observations ne cessèrent de se multiplier et l’aire de répartition de. la spirochétose ictérohémorragique s’étendit successivement à diverses contrées d’Europe (Italie septentrionale, notamment) et à certaines régions de l’Amérique du Sud.

L’existence de spirochétosiques aux armées établie, A. Pettit fut chargé par le Sous-Secrétariat d’Etat au Service de Santé de poursuivre l’étude de la maladie et, au cours des nombreuses missions qu’il effectua dans la zone des armées et à l’intérieur de la France, il recueillit le matériel qui, étudié en commun à l’Institut Pasteur, sert de base au présent ouvrage.

Les premiers virus que nous isolâmes nous permirent, en particulier, de préparer des frottis et des coupes; ceux-ci furent répartis entre les confrères alliés qui en manifestèrent le désir; nombre d’entre eux vinrent, à leur tour, s’initier dans notre laboratoire, à l’étude du Spirochète d’Inada et Ido; plus tard, nous pûmes distribuer des cultures aux laboratoires français et étrangers ; à la demande du Sous-Secrétaire au Service de Santé, nous nous organisâmes de façon à effectuer les diagnostics microbiologiques (au début : frottis, inoculations et réactions des immunisines, complétés ultérieurement parle séro-diagnostic), nécessaires aux formations sanitaires; enfin, nous mîmes à la disposition des Ambulances et des Hôpitaux militaires et civils un sérum antispirochétosique qui fut adopté par les armées française et belge ainsi que par l’amirauté britannique.

Nos recherches ont porté sur un matériel assez considérable, dont, pour une partie, nous sommes redevables à

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1 obligeant concours de divers médecins, parmi lesquels nous citerons les Dls M. Bernard, Bertoye, M. Bloch, Brumpt, A. Chauffard, S. Costa, F. Dévé, Ch. Dopter, Dupuy (de Marseille), Dujarric de la Bivière, J. Dumas, M. Garnier, Hélouin, Faisans, N. Fiessinger, Gruat, P. Hébert, Jeandidier, Le Mithouard, G. Loiseau, Ph. Pagniez,

A. Pissavy, E. Rénaux, Sacquépée, A. Stokes, J. Troisier et F. Widal.

D autre part, pour certaines questions, nous avons profité de la collaboration de plusieurs confrères : avec A. Vaudiemer, nous avons poursuivi des recherches relativement aux cils et à la culture des Spirochètes; sous notre direction, J. Bablet et M. Corrales ont étudié f hématologie et les conditions de 1 immunité chez les animaux. M. Frasey, vétérinaire de 1 Institut Pasteur, a été chargé des inoculations aux Chevaux producteurs de sérum. Le Dp Comandon a bien voulu nous communiquer plusieurs films ultramicroscopiques des Spirochètes de nos cultures, dont deux sont reproduits dans cet ouvrage ; les autres microphotographies ont été exécutées par M. Jeantet; enfin, les frottis et les coupes ont été dessinés par M. Constantin.

Nous ^ adressons nos remercîments à Mlle Marthe Petlit pour 1 aide qu elle nous a prêtée dans l’établissement du texte et la correction des épreuves ainsi qu’à nos collègues F. Mesnil et N. Fiessinger qui ont bien voulu lire plusieurs chapitres relatifs à la morphologie et à la clinique.

Le présent travail renferme de nombreuses répétitions; nous espérons qu’elles seront excusées ; l’exposé logique les exigeait et, pour ne pas accroître les renvois, toujours fastidieux pour le lecteur, malgré leurs inconvénients, nous

avons préféré les redites, là où elles nous paraissaient indispensables.

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