‹ Spirochétose ictérohémorragiqueChapitre 4 sur 71 · I. — Structure a l’état vivant · texte numérisé non relu

I. — Structure a l’état vivant

§1. Condition d'examen. — L’étude à l’état frais ou vivant du Sp, icterohemorragiæ est à peu près impossible avec le microscope ordinaire; entre lame et lamelle, dans un suc organique, dans un milieu de culture liquide ou encore dans l’eau physiologique, ce microorganisme est d’une observation très difficile et des moins fructueuses ; à moins d’être en présence d’assez nombreux parasites, on risque même de ne les point déceler. On est ainsi amené à rechercher des procédés moins imparfaits, tel que l’examen à l’ultramicroscope, les frottis colorés ou nitratés, les frottis à l’encre de Chine, enfin les coupes.

§ 2. Structure à /’ ultramicroscope . — A. Ce procédé est particulièrement recommandable (pl. I) : tout d’abord, il présente l’inappréciable avantage de permettre l’observation du Sp. icterohemorragiæ tel qu’il est réellement constitué à l’état vivant, sans que son image soit déformée par les réactifs ; d’autre part, tout en étant extrêmement simple et rapide, il met en évidence avec une netteté parfaite (1) tous

(1) A condition de n’employer que des lames et lamelles rigoureusement propres et, en particulier, exemptes de toute trace de graisse.

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Z J SPIROCHÉTOSE

les faits de structure actuellement connus, à l’exclusion toutefois des cils. Entre lame et lamelle, dans un liquide ou suc organique, dans un milieu de culture ou encore dans l’eau physiologique, ce Spirochète affecte l’apparence d’un filament assez trapu, rigide, bleu très pâle, cerné par un halo clair (1).

B. Pour donner une idée aussi exacte que possible de la constitution du Sp. icterohemorragiæ , nous recourrons à une comparaison grossière : cet organisme se présente comme une sorte de ressort à boudin très fin et très serré, dont la longueur serait habituellement de 6-9 \j., ses dimensions extrêmes étant comprises entre 3-20, 30 et exceptionnellement 40 [x. Cette hélice offre une, deux, trois ondulations ou sinuosités et ses extrémités sont le plus souvent recourbées; lorsque celles-ci se trouvent dans un même plan horizontal par rapport à l'œil de l’observateur, on a l’image en C sur laquelle R. Inada et Y. Ido ont attiré l’attention. Quant aux spires décrites par le corps du Spirochète (pl. I, 1), elles sont caractérisées par leur finesse et la petitesse du pas : pour un spécimen de taille moyenne (soit 9 |x), on compte une vingtaine de spires, séparées approximativement les unes des autres par un intervalle de 0,5 g.

C. A l’examen ultramicroscopique, le Spirochète vivant répond exactement à la description précédente, à condition toutefois de disposer d’un bon appareil et d'un éclairage convenable.

L’hélice est parfois assez difficilement perceptible et, en particulier, elle peut ne se traduire à la vision que sous l’apparence d'une série de granulations dont le corps serait semé : c’est là une image qui a été très exactement figurée par R. Inada et ses collaborateurs et qui a conduit les Allemands à proposer le nom de Sp. nodosa. Certains observateurs ont même une très grande difficulté à se rendre compte de l’existence des spires. Des artifices très simples permettent - — -

(1) C’est là, on le sait, une condition à peu près générale de l'examen ultramicroscopique.

LE PARASITE

de les convaincre : c’est tout d’abord l’interposition d'un diaphragme percé de deux étroites fentes découpées sur un même diamètre et séparées l’une de l’autre par un pont central. On peut, d’ailleurs . obtenir beaucoup plus simplement le même résultat : il suffit de placer l'index au-dessous du condensateur; en tâtonnant, on arrive rapidement à créer ainsi un éclairage latéral qui met en évidence avec une netteté remarquable la structure spiralée du Sp. icte rohemorragiæ.

L’examen ultramicroscopique, à l’état vivant, ne décèle guère d’autres détails : en tout cas, les cils vibratiles, que certains procédés mettent en évidence, ne sont pas constatables sur fond noir.

D. Comme on le voit le Spirochète d’Inada et Ido ne présente qu’une ressemblance assez lointaine avec les Spirochétidés proprement dits, en particulier avec le genre Treponema : en effet, son hélice est sensiblement plus fine et plus serrée et, dans l’ensemble, il présente des ondulations ou sinuosités qui lui sont propres.

Son comportement est également très particulier : dans les divers liquides, sucs et tissus du Cobaye, il est en général extracellulaire (1) (abstraction faite notamment des cas de phagocytose) et, le plus souvent, reste longtemps immobile à la même place, ou encore se laisse entraîner passivement par les courants qui se produisent entre lame et lamelle; quand il se meut, il ne le fait qu’assez lentement, en présentant des mouvements vermiculaires ou une sorte de rotation sur place; en aucun cas, il n’est sujet à ces brusques déplacements qui caractérisent les Tréponèmes.

E. Par ces divers traits, le Sp. icterohemorragiæ se différencie nettement des « faux Spirilles » qui prennent naissance dans nombre de conditions où les hématies sont hémolysées, en particulier dans les dissociations du tissu hépa-

(i) Le Sp. icterohemorragiæ peut vivre également à l’intérieur des éléments anatomiques. Voir à ce sujet les observations de 11. Inada et •de ses collaborateurs et de A. Monti, p. 46.

LA SPIROCHÉTOSE

tique frais, dans les urines sanglantes où les échanges osmotiques provoquent la formation de figures présentant avec les Spirochètes une ressemblance grossière qui ne résiste pas à un examen attentif : celles-ci, en effet, n’ont pas de mouvements propres ; elles ne se déplacent pas sensiblement mais se contorsionnent sur place : d’autre part, elles sont irrégulièrement tirebouchonnées et ne dessinent pas une hélice à proprement parler; enfin, elles sont blanchâtres, à peine réfringentes et effilochées. D’ailleurs, si quelque doute subsistait encore, il resterait la ressource du contrôle des frottis nitratés, qui ne conservent pas trace des « faux Spirilles » (1).

F. En somme, au point de vue morphologique, le fait le plus caractéristique nous paraît consister dans l’état spiralé : telle n’est point, cependant, l’opinion formulée parE. Rénaux dans une note présentée par l’un de nous à la Société de Biologie ; pour notre sympathique confrère belge « il semble que le Sp. icterohemorragiæ puisse apparaître comme fortement sinueux et ondulé surtout lorsqu’il est altéré. . . Seules les méthodes de colorations agissant sur des frottis desséchés d’emblée mettent en évidence cet aspect morphologique. Par contre, lorsque le Spirochète est, avant toute dessiccation, surpris par les vapeurs d’acide osmique dans le milieu où il vit, on l’observe sous un aspect semblable à celui fourni par l’examen ultramicroscopique », en d’autres termes, c’est une image qui « est régulière et présente la simple incurvation en G ou en S, plus ou moins allongée, sans sinuosités ».

Bien que nous partagions la défiance du Dr Rénaux vis-àvis des figures fournies par les réactifs fixateurs et colorants, nous ne saurions cependant adopter sa manière de voir. En effet, lesSpirochètes, qui viennent d’être prélevés surleGobaye et dont les mouvements attestent la vitalité, observés à fultramicroscope dans le milieu même où ils pullulaient,

(1) Pour cette question, nous renvoyons le lecteur au travail de M. Aynaud et P. Jeantet.

LE PARASITE

sans addition d aucune substance, nous ont toujours apparu d’emblée comme des microorganismes spiralés (pi. I).

Dans des conversations et dans des lettres que nous avons échangées avec le Dr Rénaux, nous avons eu la satisfaction de voir ces divergences s’atténuer. Notre excellent collègue est maintenant d accord avec nous pour reconnaître une structure hélicoïdale aux Spirochètes complètement développés ; il retrouve régulièrement celle-ci dans les cultures de quatre à cinq jours et plus ; quelques éléments lui semblent bien présenter des spires à la fin des quarante-huit premières heures, mais la majorité lui apparaît comme des filaments simplement sinueux.

Récemment, H. Noguchi a repris l’étude de la question ; sans faire allusion ni aux recherches de E. Rénaux ni à nos observations non plus qu’aux figures que nous avons publiées, il décrit les Spirochètes comme formés par une hélice formée de spires dont il mesure l’axe et le pas : comme les nôtres, ses microphotographies mettent en évidence l’état spiralé.

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