‹ Spirochétose ictérohémorragiqueChapitre 50 sur 71 · C. Constantin del. lith · texte numérisé non relu

C. Constantin del. lith

lmp. Lafontaink

LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME

B. Dawson et W. E. Hume, par Hart, ces mitoses ont été retrouvées par la plupart des auteurs qui ont étudié l’histologie pathologique du foie ; elles sont relativement abondantes, groupées par nids et s’observent sur les sujets ayant succombé aux diverses phases de la maladie, même lorsque la survie s’est prolongée pendant plusieurs semaines . Quelques caryocinèses sont atypiques (pl. XII, 30-31) et certains noyaux nu repos ont des dimensions exagérées; il y aurait donc là un nouvel exemple d’aberrations nucléaires non sans analogie avec les anomalies néoplasiques, mais qui, dans le cas présent, seraient provoquées par un microorganisme infectieux nettement caractérisé; on sait, d’ailleurs, que divers Trypanosomes pathogènes, ainsi que les souches de Tr. lewi.si , rendues pathogènes par D. Roudsky, exercent une action semblable : les noyaux des cellules hépatiques s’hypertrophient et présentent des irrégularités de forme, de l’hyperchromaticité et d’autres modifications comparables à celles qui sont réalisées dans les éléments de certaines tumeurs, en particulier dans les sarcomes.

Contrairement aux dispositions réalisées à l’état normal, les cellules hépatiques, on l’a vu, peuvent perdre contact avec les éléments voisins ; en outre des sinusoïdes préexistants, plus ou moins congestionnés, qui à l’état normal les séparent les unes des autres, il se crée de nouveaux espaces provoqués par des rétractions artificielles, par des exsudats fortement aqueux, dont il ne subsiste sur les préparations que des traces, et aussi par des éléments immigrés : petites cellules rondes, lymphocytes, leucocytes à noyaux polymorphes (seuls ou mélangés) et cellules riches en hémosidérine (pl. XII, 10-12; fig. 14). L’infiltration en question n’est pas limitée au lobule proprement dit; elle se propage au tissu conjonctif porte et a une prédilection marquée pour le pourtour des canaux biliaires ; chez certains malades, son extension est assez considérable pour qu’elle représente une partie non négligeable du volume total de l’organe.

De son côté, le plasmode endothélial des sinusoïdes ne

LA SPIROCHÉTOSE

reste pas passif; il réagit fortement, des parties s’individualisent en cellules, élaborent un volumineux cytoplasma renfermant un noyau actif et macrophagenl aclivement; finalement de nombreux et volumineux éléments étoilés, à noyau pycnotique et à cytoplasma bourré d’hématies plus

0 O ÆsDi»'‘0 e *

A- «fi* » . V * •

S) « — * A r, © » «iL 4

v. i . ir v» «s

•-•ri * o e • t/v° e » *

fe® » »' $ V/%%fcW*V f

i£>v' ■ • fi 0 1* A »% ® 'i, m A*. ^ '"*. .

* = * Aï» ®à,VfV .f.

' mT -9 .»

8 ® » ÿf-tâ ®

$ /,*. Vt ...V

, » j» *V«» «♦«ri

Vc*#* •

Ô « . - rY n •% 9 % .&** •>/• %•**»? 8

0 ® /.O • ® |.aî®*V» '{t « 8 *<®

/fï‘% • H>® o® I o*V > .v° 0"v ' v

aëj

• ^*SL ' l ’l *•■ S ®

., ©••*«»«. v, § p ®\9%" fi . V* *

« *®*fc 3o f 9 »vj 'A J «• . *»

«iSif: SI^’V .

.C Com2 T AM Ti M .

Fig. 14. — Foie de spirochétosique ayant succombé tardivement. Au centre, plage infiltrée par des cellules embryonnaires et des leucocytes. (Même malade que fig. 15.)-

ou moins désintégrées, obstruent partiellement les capillaires (pl. XII, 13-16).

Laréaction conjonctive est toujours peuaccusée ; mêmechez les sujets qui succombent deux à trois mois après le début de la spirochétose, elle se résume en la prolifération, aux dépens des éléments de l’espace porte, de quelques fibrilles irrégulières, qui s’insinuent entre les cellules hépatiques; les carrefours intralobulaires peuvent s’hyperplasier légèrement.

LA SPIROCHÉTOSE CHEZ LTIOMME

§ 2. Reins. — En raison des délais imposés aux nécropsies, la nalure des lésions épithéliales ne saurait être précisée et, pour notre part, nous n’avons jamais recueilli de pièces suffisamment fraîches pour résoudre cette question. Néan-

Fig. 15. — Rein de spirochétosique ayant succombé tardivement. Entre les tubes, cellules infiltrées, i, nombreuses. (Même malade que fig. 14.)-.

moins, divers histopathologistes (II. Beitzke, M. Busch, J. W. Miller, A. Stokes, J. A. Ryle et W. H. Tyller, entre autres) s’accordent pour signaler la nécrose du syncytium du tube urinipare.

En dehors de cette lésion qui pour être vraisemblable n’est cependant pas démontrée, il existe toute une série de

LA SPIROCHETOSE

modifications imputables authentiquement au Sp. icterohemorragiæ et pour la production desquelles la cadavérisation et la technique ne jouent aucun rôle : tel est le cas,, notamment, des cylindres qui se distinguent par leur constance, leur abondance et leurs variétés; on les observe dans

Fig. 16. — Sclérose rénale chez un spirochétosique. Réaction conjonctive

accusée autour des vaisseaux, v.

de nombreux canalicules, à peu près à tous les niveaux, et ils y affectent les aspects les plus divers i les uns sont hyalins, d autres sont semés de granulations soit fines, soit giosses ; certains, enfin, sont formés de leucocytes ou même

d’hématies.

Les glomérules de Malpighi sont fréquemment tuméfiés

LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME

et parfois plongés dans un pités biliaires (M. Busch) ; l’endothélium capsulaire prolifère et quelques cellules se desquament. Au niveau du tube contourné, le syncytium peut être frappé de dégénérescence graisseuse (M. Busch),

Le tissu interstitiel s'œdématie assez souvent, et, plus fréquemment, il s’infiltre de cellules analogues à celles du foie (fig. 14), mais encore plus abondantes (fig. 15). Au maximum de complication, H. Beitzke a observé des petites cellules rondes, des lymphocytes, des leucocytes acidophiles ainsi que des éléments à gros noyau arrondi, vésiculeux, nucléolé et à cytoplasma homogène et légèrement basophile; J.W. Miller a signalé des cellules plasmatiques.'

Lorsque la survie du malade se prolonge, la réaction du stroma s’accentue (fig. 16 et 17); la sclérose (1) se développe (H. Beitzke, A. Stokes, J. A. Ryle et W. H. Tytler) et s’étend à

(1) Pour le retentissement clinique de ces phénomènes, voir la note de A. Pissavy.

exsudât englobant des préci-

Os K Vv.' • ■

V * Ai -b

Fig. 17. — Sclérose rénale chez un spirochétosique ayant succombé au bout de 55 jours.

Le tissu conjonctif, te, est surtout abondant au niveau cle la substance médullaire.

LA SPIROCHÉTOSE

la substance corticale et à la substance médullaire, qui est surtout frappée ; les carrefours vasculaires sont également hyperplasies.

Dans la substance corticale, le tissu conjonctif néoformé enserre les canalicules, spécialement les capsules, d’un manchon lamineux et, par endroits, se substitue à ceux-ci; mais c’est au niveau des tubes collecteurs que la sclérose atteint son développement maximum ; dans certains reins, les pyramides forment un bloc fibreux parsemé de cellules embryonnaires, creusé de lacunes remplies d’hématies et percé de cavités peu nombreuses correspondant à des canalicules dont l’épithélium est profondément altéré.

Le rein du spirochétosique peut encore présenter des hémorragies ; celles-ci ne font, pour ainsi dire, presque jamais défaut, mais elles sont' susceptibles des modalités les plus variables; parfois, tout se borne à quelques suffusions légères ; dans d’autres cas, le sang s’infiltre à la fois dans les espaces intertubulaires et dans les lumières canaliculaires ; enfin, l’inondation sanguine peut s’étendre à la totalité du parenchyme et communiquer à l’organe l’aspect de la néphrite hémorragique.

Ainsi, le parenchyme rénal devient le siège de lésions multiples et extrêmement graves, mais, comme le foie, il est susceptible de régénérations partielles ; en nombre de points, on peut observer des foyers de caryocinèses.

§ 3. Cœur. — Les modifications du cœur sont, en général, peu marquées. On note des hémorragies sous-endocardiales ainsi que l’infiltration du myocarde par de petites cellules rondes et par des leucocytes (H. Beitzke, J. W. Miller). Chez un malade mort de collapsus cardiaque, Reinhardt a observé de la dégénérescence vacuolaire et granuleuse des fibres contractiles ; les noyaux du sarcolemme proliféraient et les éléments atteints étaient entourés par des leucocytes.

§ 4. Appareil respiratoire. — A la nécropsie, chez nombre de patients, les poumons sont profondément modifiés, mais

LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME

il nous semble que les lésions, en partie tout au moins, sont imputables à des complications : tel est, nous semblet-il, le cas de la broncho-pneumonie que nous avons constatée chez plusieurs sujets ayant succombé, après plusieurs semaines de lit, aux suites de la spirochétose ictérohémorragique. Mais on retrouve, dans le poumon humain, plusieurs altérations, en tous points comparables à celles que provoque le Sp. icterohemorragiæ dans le même organe du Cobaye : hémorragies intra-alvéolaires et intrabronchioliques, nodules de leucocytes, processus actifs de macrophagie et, plus spécialement, d’hématophagie.

§ 5. Système digestif. — Les follicules, le stroma des villosités ainsi que la sous-muqueuse peuvent présenter des hémorragies discrètes ; exceptionnellement, la paroi s’œdématie (J. W. Miller).

Dans la langue, on retrouve les phénomènes d’infiltration déjà signalés : sous l’épithélium se collectent de petits éléments arrondis, très nombreux, des cellules conjonctives à cytoplasma bien développé, des cellules plasmatiques abondantes et des labrocytes. Quelques fibres musculaires subissent la dégénérescence cireuse ; il se crée ainsi de petits foyers de nécrose qui sont ultérieurement le siège de processus de régénération.

Dans quelques cas exceptionnels, le pancréas est le siège d’hémorragies et de processus inflammatoires (A. Mayer).

§ 6. Tissu hémolymphatique . — Les diverses localisations anatomiques de ce tissu subissent des modifications; mais,

en raison de ses adaptations toujours imprécises, l’apprécia-

tion exacte de l’action du Sp. icterohemorragiæ est assez malaisée.

A. Ganglions lymphatiques. — »H. Beitzke, B. Dawson et W. E. Hume, M. Garnier et J. Reilly : prolifération des follicules, nombreux labrocytes, quelques cellules plasmatiques, leucocytes acidophiles, leucocytes à noyaux polymorphes, nombreux macrophages et hématophages.

LA SPIROCHÉTOSE

B. Rate. — M. Garnier et J. Reilly, G. Lepehne, J. W. Miller: léger degré d’homogénéisation, épaississement du réticulum, cellules plasmatiques en proportion variable, quelques leucocytes acidophiles, occasionnellement des hématies nucléées dans les sinus, hématophages nombreux, hémosidérine abondante.

G. Moelle clés os. — La moelle des os longs, nous l’avons déjà indiqué, peut devenir partiellement rouge : l’activité érytbroblastique est en général faible, la prolifération portant surtout sur les éléments de la série blanche (M, Garnier et J. Reilly).

D. Hématophagie. — Après avoir indiqué les diverses modifications offertes par les ganglions lymphatiques, la rate et la moelle osseuse, nous insisterons sur un processus commun à ces trois tissus et constituant une des caractéristiques histologiques de la spirochétose ictérohémorragique, l’hématophagie : chez un sujet déterminé, celle-ci, à la vérité, peut ne point se manifester dans certains des organes hémolymphatiques, mais on la retrouve alors dans les autres; jamais elle ne fait défaut et, d’une façon générale, elle constitue un mode de destruction remarquablement actif des hématies (1) au sein des diverses localisations du système myélolymphoïde.

Cytologiquement, l’hématophagie se traduit sous l’apparence de cellules, d’origines vraisemblablement multiples, ayant englobé de très nombreux globules rouges ; ces derniers se présentent naturellement à tous les stades de la digestion intracellulaire : dans certains de ces macrophages, le cytoplasma est bourré d’hématies apparemment normales ; progressivement, celles-ci se dissolvent et, finalement, elles se réduisent à de fins granules jaunâtres.

Jointe à la faible activité érythroblastique de la moelle des

(1) G. Lepehne a proposé des néologismes ( erythrorhexis , erythrolysis) pour désigner ces processus ; cçux-ci sont superflus, le mot hématophagie suffisant amplement pour désigner des phénomènes connus de longue date.

LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME

os longs, l’hématophagie explique l’anémie dont souffrent les spirochétosiques.

§ 7. Tissu nerveux. — Les centres nerveux sont relativement peu touchés (J. W. Miller) : la substance blanche est piquetée de petits foyers hémorragiques et infiltrée de lymphocytes de taille diverse ; les gaines lymphatiques renferment du lipochrome. Dans l’écorce, quelques grandes cellules pyramidales sont nécrosées ; d’autres réagissent vis-à-vis des colorants comme si elles étaient calcifiées et les dendrites sont granuleux et fragmentés.

La substance grise de la moelle offre également des lésions : une proportion variable de cellules sont complètement dépourvues de corpuscules chromatiques.

Il n’est pas sans intérêt de rapprocher ces constatations histologiques de certains symptômes cliniques : au cours de la convalescence, la parole et les mouvements somatiques peuvent se ralentir et le malade souffre d’un affaissement nerveux.

En ce qui concerne les nerfs périphériques, H. Beitzke et J. W. Miller ont signalé diverses altérations : petites hémorragies dissociant les fibres, dégénérescence des gaines de myéline dans quelques faisceaux (1), infiltration inflammatoire (cellules rondes, leucocytes et cellules plasmatiques) du périnèvre et des parties centrales.

§ 8. Yeux. — L’histologie pathologique de l’œil a été abordée par Hertel et par Moret. Voici les faits essentiels établis par ces auteurs : hémorragies de la conjonctive, des membranes profondes (notamment uvée, rarement rétine) et, exceptionnellement, des gaines du nerf optique. L’iris et la choroïde s’infiltrent de lymphocytes, de cellules plasmatiques et de leucocytes acidophiles assez rares. Enfin, quelques malades sont atteints de kératite.

(1) Ces dégénérescences, ne l’oublions pas, peuvent s’observer sur une échelle restreinte à l’état normal.

LA SPIROCHÉTOSE

§ 9. Peau. — Certains sujets présentent des hémorragies sous-cutanées, en particulier à l’intérieur des papilles dermiques (H. Beitzke) ; d’autre part, les capillaires et les artérioles s’entourent de manchons de cellules inflammatoires (Pick).

§ 10. Muscles striés. — D’après H. Beitzke, M. Busch et J. W. Miller, les muscles squelettiques renferment un petit nombre de fibres dégénérées (disparition de la striation, dégénérescence vacuolaire et cireuse) dont le sarcolemme prolifère et ne tarde pas à s’envelopper de cellules arrondies, petites et grandes, d’éléments pigmentés et de leucocytes; il se produit, en outre, des hémorragies légères. Ces diverses lésions ont été constatées spécialement dans les muscles du mollet, qui, on le verra, sont lé siège de myalgies symptomatiques.

§ 11. Surrénales . — Par suite de la rapidité avec laquelle s’altère cet organe, on ne saurait encore préciser les modifications cellulaires authentiques. Il faut se borner à signaler des hémorragies étendues à toute la glande et pouvant aboutir à l’infarctus total. D’autre part, le parenchyme surrénal réalise un nouvel exemple d’infiltration par des cellules arrondies et des leucocytes, parmi lesquels se distinguent des éléments à granulations acidophiles.

Ces diverses lésions sont, vraisemblablement, en rapport avec l’asthénie dont souffrent la plupart des malades et qui paraît s’expliquer par de l’insuffisance surrénale.

§ 12. Remarques générales. — Au point de vue histopathologique, les constatations effectuées par les divers auteurs et même par le même observateur, à propos des différents cas étudiés, ne se superposent pas toujours exactement ; ces divergences tiennent, en partie au moins, à ce qu il s’agit d’une affection se traduisant par des lésions polymorphes, variant suivant la phase à laquelle se produit la mort ; c est d’ailleurs là une condition qu’implique, a priori, la diversité des formes cliniques.

LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME

Néanmoins, nous ayons cru devoir tracer un tableau synthétique, forcément quelque peu schématisé, des multiples lésions constatées par les nombreux médecins qui se sont occupés de la spirochétose.

Au point de vue de la pathologie comparée, un premier trait est à noter : l’analogie générale qu’on observe entre les lésions provoquées par le Sp. icterohemorragiæ d’une part chez le Cobaye, d’autre part, chez l’Homme ayant succombé à la forme ictérique. Dans les deux cas, le rein est profondément altéré : en dehors des modifications cellulaires toujours difficiles à apprécier sur des pièces nécropsiques, on constate une proportion élevée de cylindres hyalins ou granuleux, quelques cylindres cellulaires, des hémorragies intra- et intertubulaires, des amas de lymphocytes et de leucocytes à jioyaux polymorphes ; enfin, dans l’espèce humaine, des phénomènes de sclérose interstitielle se manifestent nettement ; cette dernière condition est vraisemblablement en rapport avec la durée de la spirochétose.

Le foie est un exemple typique du polymorphisme des lésions, signalé par B. Dawson et W. E. Hume: dans certains cas, les cellules continuent à être régulièrement disposées en cordons et ne sont que peu lésées ; elles sont creusées, toutefois, de canaux intracellulaires gonflés de bile. Chez d’autres sujets, au contraire, toute trace d’ordonnancement a disparu ; les éléments hépatiques sont dissociés, disloqués ; le cytoplasma est profondément nécrosé et les noyaux fréquemment pycnotiques ; enfin, en nombre de points, les espaces laissés libres entre les cellules sont occupés par du tissu de néoformation (1). En outre, dans les pièces provenant des nécropsies en question, deux processus particuliers retiennent encore l’attention : c'est tout d’abord l’existence d’un certain nombre de caryocinèses ; ensuite, l’intensité de la réaction hématophagique.

En ce qui concerne la division indirecte, indiquée dans le

(1) Gomme à la plupart des auteurs, l’épithélium des voies biliaires nous a paru sensiblement normal.

LA SPIROCHÉTOSE

parenchyme hépatique humain, tout d’abord par B. Dawson et W. E. Hume, et par G. Herxheimer, puis par la plupart des auteurs, il est à remarquer que ce processus s’observe également dans le rein et cela aussi bien chez le Cobaye que chez l’Homme. Or, étant donnée la rareté habituelle des caryocinèses dans le foie et le rein des Mammifères adultes, le fait vaut d’être noté. C’est d’ailleurs ce qui avait frappé F. Widal et P. Abrami, dans leur étude (1908) d’un cas d’ictère grave infectieux, pour lequel, on doit porter maintenant le diagnostic rétrospectif de spirochétose ictérohémorragique (voir p. 10).

Au point de vue cytologique, notons, d’autre part, que la rénovation caryocinétique des cellules hépatiques et rénales, au cours de la spirochétose ictérohémorragique, ne peut pas être considérée comme exceptionnelle : diverses maladies humaines en présentent des exemples et les Invertébrés eux-mêmes peuvent être le siège du même processus : chez les Leptynia hispanica , parasitées par de nombreuses larves de Chrixion , les noyaux des cellules adipeuses entrent en mitose (R. de Sinéty) et les éléments à Bacillus cuenoti , disséminés dans les corps adipeux de la Blatte, offrent également des poussées de divisions indirectes (L. Mercier).

La réaction macrophagique, et plus spécialement hématophagique, atteint une extension et une intensité exceptionnelles au cours de la spirochétose. Les sinusoïdes du parenchyme hépatique sont obstrués par de très nombreuses et volumineuses cellules étoilées, gorgées d’hématies à divers stades de digestion et de quelques autres éléments cellulaires variés, notamment des leucocytes. Au niveau des ganglions lymphatiques, Hiématophagie est aussi active et s y effectue dans des conditions très comparables à celles qui sont réalisées chez le Cobaye. D’autres tissus sont encore le siège de phénomènes hématophagiques plus ou moins intenses : la rate, la moelle osseuse, le poumon au niveau des hémorragies qui obstruent, chez l’Homme comme chez le Cobaye, certaines alvéoles ; enfin les surrénales, dont

LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME

une portion notable du parenchyme (substance médullaire notamment) peut être détruite et remplacée par des hématies extravasées.

En résumé, il semble que les lésions les plus graves siègent en général dans le rein, ce qui concorde avec la constatation de proportions considérables d’urée dans le sang des spirochétosiques; viendrait ensuite le foie dont les altérations, souvent profondes également, conjuguées avec celles du parenchyme rénal, caractériseraient la phase désignée par A. Chauffard sous le nom d’hépato-néphrite. D’autre part, deux processus impriment un caractère assez particulier aux lésions de la spirochétose ictérohémorragique : l’abondance des caryocinèses dans les cellules hépatiques et rénales et, plus spécialement, l’extension et l’intensité de la réaction hématophagique.

Page 1