PLANCHE XIII
Ictère orangé chez un spirochétosique. Cas du Dr G. L. (Voir l’observation, p. 224.)*
Spit ochétose ictérohémorragique
Pl. XIII
P. Jeantet, phot.
Demouhn frères, Sc.
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
volume assez fortement pour devenir perceptible à la palpation et spontanément douloureux. Cette splénomégalie persista une quinzaine de jours et ne s’accompagna ni de fièvre, ni d’ictère (1).
Dans quelques cas, excessivement rares d’ailleurs, N. Fiessinger et J. Castaigne ont noté un petit syndrome péritonéal, avec contracture de la paroi, vomissements porracés et constipation.
Enfin, nous mentionnerons quelques exemples de parotidite (F. Widal et P. Abrami, A. Yalassopoulo, M. Garnier et J. Reilly, etc.), qui doivent plutôt prendre rang au nombre des complications. L’inflammation peut passer par les divers stades et aboutir à la suppuration. Lorsque cette dernière se produit, il importe d’en tenir compte au point de vue de l’appréciation des facteurs susceptibles de provoquer la fièvre.
§ 40. Ictère. — L’ictère est le symptôme cardinal de la spirochétose ictérohémorragique, mais il est des formes où il fait complètement défaut; il survient, en général, entre le 4e et le 5e jour (les dates extrêmes d’apparition paraissant comprises entre le 3e et le 8e jour); il débute par la cornée, puis se généralise à tous les téguments; entre temps, on observe de la cholurie. Dans les cas types, par suite de la congestion vasculaire de la peau déjà signalée, son ton est chaud, rougeoyant (pl. XIII); il se rapproche bien plus de la coloration d’une orange bien mûre que de celle des solutions picriquées; mais certains malades sont pigmentés en jaune clair, plus ou moins pâle, plus ou moins terreux, et aussi plus ou moins vif.
La persistance de l’ictère est en rapport avec son intensité; dans les cas moyens, toute trace de jaunisse a disparu lorsque le malade entre en convalescence; au contraire, après les jaunisses orangé intense, la pigmentation peut persister pendant plus d’un mois.
(1) Chez le malade en question, E. Sacquépée et Guy-Laroche ont noté l’apparition de petits ganglions sous-cutanés cervicaux qu’ils rapprochent des adénites que nous avons étudiées chez le Cobaye.
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Notons, enfin, que l’ictère n’est pas influencé, en général, par la reprise fébrile.
§11. Urines. — La sécrétion urinaire ayant été étudiée dans le chapitre consacré à la physiologie pathologique (p. 179), nous nous bornerons ici à rappeler les faits essentiels au point de vue clinique : la cholurie est fréquente; l’albuminurie et aussi la cylindrurie s’observent dans la plupart des cas. Pendant la période ictérique, les malades présenlent de l’oligurie (50-100 grammes), ou même de l’anurie. Ensuite, il se produit une débâcle urinaire suivie d une amélioration de l’état général : l’albuminurie diminue, l’azoturie augmente.
Dans les formes lentes, à terminaison fatale, le sujet peut succomber dans l’anurie.
§ 12. Spirochéturie. — Comme on l’a vu plus haut (p. 175), la spirochéturie est un phénomène quasi constant ; mais, au point de vue clinique, sa valeur symptomatologique est faible pour les raisons suivantes : la recherche extemporanée du parasite est très longue et fastidieuse ; elle ne peut fournir, en général, des résultats qu’après le premier septénaire; malgré des recherches prolongées, elle demeure négative chez certains spirochétosiques authentiques; enfin, il est impossible actuellement de différencier le Sp. icterohemorragiæ des autres représentants du genre (en particulier des saprophytes), en se basant sur les seuls caractères morphologiques (voir diagnostic microbiologique, p. 242).
Dans la pratique, on recherchera la spirochéturie au cours des deuxième, troisième et quatrième septénaires, et plus spécialement du 15e au 23e jour de la maladie; l’examen se fera dans les conditions indiquées à propos de la physiologie pathologique (p. 175) et du diagnostic microbiologique (p. 242).
La spirochétémie ne peut figurer dans la sémiologie, car la rareté des parasites est telle qu’on ne saurait pratiquement compter les déceler ni sur les frottis, ni même à
1 ultramicroscope.
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§ 13. Téguments : herpès , éruption érythémo-maculeuse et alopécie. — A. Herpès. — Au cours de la période préictérique, l'herpès est assez fréquent (21 °/0 des cas environ, L. Wilmaers et E. Rénaux); il siège de préférence aux lèvres; exceptionnellement, il peut envahir d’autres régions (pavillon de l’oreille); il est parfois hémorragique.
B. Éruption érythémo-maculeuse . — Sur 100 malades de P. Nolf et J. Firket, 10 présentaient une éruption érythémomaculeuse : « Deux moments de l’évolution de la spirochétose semblent surtout favorables à son apparition : en premier lieu — et c’est le cas le plus fréquent — le septième ou le huitième jour, lorsque la fièvre commence à tomber; en second lieu, le treizième jour ou le quatorzième jour, peu avant la rechute fébrile.
Cette éruption persiste d’ordinaire deux ou trois jours. Elle a un aspect morbilliforme constitué au début par des macules qui disparaissent à la pression, larges de deux à trois millimètres, entourées d’un cercle anémique et séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine. Ces taches sont distribuées principalement au cou, au thorax, sur les épaules; elles s’étendent le deuxième jour davantage et couvrent les bras, la face interne des cuisses, le ventre et le dos. Le visage est le plus souvent respecté.
Les macules ont d’ailleurs une tendance à l’accroissement excentrique ou à la confluence; elles forment alors de larges placards, notamment aux fesses, la région lombaire, les creux axillaires ou poplités.
L’éruption pâlit déjà le troisième jour, prend parfois l’aspect d’un piqueté hémorragique. Le quatrième jour, tout a disparu.
11 est à remarquer que l’apparition d’une telle éruption cutanée ne s’accompagne pas d’une aggravation de l’état général du malade : le phénomène se produit aussi bien dans les cas légers que dans les cas graves.
Dans un de nos cas, qui se termina par la mort, l’éruption maculo-érythémateuse apparut au septième jour de la maladie, disparut le dixième, puis réapparut une seconde fois
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ail treizième jour quelques heures avant la mort. »
G. Alopécie. — Un dernier symptôme, pour compléter l'ensemble sémiologique qui précède, est encore à signaler, c’est la chute des cheveux, bien étudiée par Ph. Pagniez, A. Gayrel, P. -P. Lévy et J. de Léobardy (1) : « Celle-ci, en dehors d’une observation de Martin et Pettit, n’est guère mentionnée. D’après ce que nous avons vu, c’est cependant un symptôme extrêmement fréquent et il n’y a guère de maladie, croyons-nous, qui entraîne l’alopécie de façon aussi régulière. Chez 26 malades observés à ce point de vue, nous l’avons notée 21 fois.
Cette chute de cheveux, qui paraît commencer vers le 25e jour, s observe chez tous les convalescents de formes sévères. Elle est plus ou moins marquée et peut êlre quelquefois totale. Chez beaucoup de malades, elle se lait suivant le type le plus classique de l’alopécie en clairières et il n est pas rare de voir tel convalescent de spirochétose quitter 1 hôpital avec une alopécie qui joue à merveille celle de la syphilis. Il y a là une analogie de symptômes curieuse à relever entre deux maladies dues à des organismes cerlainement voisins.
L’alopécie, et en particulier sous sa forme en clairières, peut se voir après des spirochétoses à forme d’ictère catarrhal.
G est une donnée à retenir, car l’intérêt sera désormais de chercher ce qui peut conférer aux formes atypiques de la spirochétose une individualité clinique, qui pour les formes
typiques est dès maintenant aussi tranchée qu’on peut le souhaiter. »