cm
Brun avec reflets verdâtres.
(In peu trouble, ne s’éclaircit pas entièrement.
Peu abondant.
Normale.
Fluide.
Acide.
Par litre. Par 24 heures.
gr gr
Acidité (en HCl) . 0,72 1,70
Urée . 16,47 39,03
Acide urique . 0,363 0,865
Rapport de l'acide urique à l’urée . . 1/45
Acide phosphorique . 1,24 2,93
Rapport de l’acide phosphorique à
l’urée . 1/13,3
Chlorures (en NaCl) . 2,4 5,68
Albumine proprement dite (sérine et
globuline) . 0,56 * 1,32
Glycose . Néant.
Pigments biliaires . Très forte quantité.
Urobiline . Forte quantité.
Indican . Traces.
Conclusions : Cette urine renferme une très forte proportion de pigments biliaires et d’urobiline. Elle contient également de l’albumine (0 gr. 56 par litre, soit: 1 gr. 32 pour vingt-
LA SPIBOCIIÉTOSE
Fig. 21. — Spirochétose ictérohémorragique. Cas du D1' G. L... Le malade s’infecte le 2 ou le 4 septembre. Le 10, il se sent subitement mal à l’aise. • (V. l’observation, p. 224.)
Octobre Novembre
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
Fig. 22. — Spirochétose ictérohémorragique. Cas du Dr G. L (Suite du graphique précédent.)
quatre heures). On ne trouve pas de sucre. La recherche du sang par les réactifs de Meyer et de Weber est négative. La diurèse est assez forte (2.370 cm3 en 24 heures) ; les proportions des matériaux azotés (urée 39 gr. 03; acide urique 0 gr. 865) sont notablement supérieures aux moyennes. Le chiffre de l’acide phosphorique (2 gr. 93) est sensiblement normal. Les chlorures (5 gr. 68) sont faibles.
Au point de vue microscopique, signalons de nombreux cylindres colorés en jaune vif.
A la même date, la résistance des hématies est normale.
A partir du 22, les nuits deviennent meilleures; l’appétit revient progressivement. Le 29, deux Cobayes reçoivent l’un 5 cm3 d’urine, l’autre le culot de centrifugation de 50 cm3 dudit liquide : le premier succombe en 17 jours avec les symptômes caractéristiques de la spirochétose alors que le second ne présente pas de troubles. Le 2 octobre, l'albuminurie a disparu et le malade entre en convalescence; il a perdu 10 kilogrammes et la majeure partie de sa chevelure et de sa barbe est tombée. Le 10 octobre, son sang fournit positives les réactions de déviation du complément et de neutralisation du virus. Le 28 octobre, le patient se lève pour la première fois, mais il ne reprendra pas son service avant trois mois.
Le séro-diagnostic a été pratiqué rétrospectivement à deux reprises, au bout de quinze et de vingt-deux mois : il était positif dans les deux cas à plus de 1/1.000.
Cette observation précise une notion importante : la durée de l'incubation est d’une semaine environ ; d’autre part, ce cas peut apporter un éclaircissement à la question que pose A. Chauffard dans son rapport, lorsqu’il se demande « si le passage du Spirochète par le Cobaye ne facilite pas ces localisations hépatiques ainsi que la forme ictérique de la maladie humaine » ; à ce point de vue, il convient de noter qu’au moment où le Dr G. L... s’est infecté, le virus avait atteint son maximum de virulence ch^z le Cobaye.
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
§ 4. Spirochétose ictérique. — A. Spirochétose à syndrome d'ictère grave. — La maladie débute brusquement, avec des symptômes infectieux marqués : la température oscille entre 39*-40°; la céphalée est violente; le malade souffre de myalgies; en outre, on peut noter des phénomènes méningés : raideur de la nuque, signe de Ivernig, vomissements. Quelques jours après, il se produit des hémorragies, souvent limitées aux fosses nasales et le patient est de plus en plus prostré. *
Du 3* au 6° jour, un ictère orangé, flamboyant d’une intensité extraordinaire apparaît : les conjonctives oculaires sont jaune d’or ; les téguments paraissent recouverts d’une couche de peinture.
La jaunisse s’accompagne d’un état général très grave : le patient, complètement abattu, pousse quelques gémissements et ne répond guère aux questions du médecin. Le faciès est celui d’un typhique, la bouche sale, l’haleine fétide, la langue rôtie. A cette phase, la température s’est abaissée, mais le pouls reste rapide.
Le malade est oligurique, souvent même anurique ; la sonde ne ramène que de petites quantités d’une urine chargée de pigments biliaires, d’albumine, de cylindres et d’hématies. Le coefficient azotémique est très élevé. Les matières fécales sont puantes et le plus souvent décolorées.
Vers la fin du premier septénaire, la situation s’aggrave dans nombre de cas ; la dissociation entre la température (hypothermie} et le pouls s’accentue; l’adynamie s'exagère ; le malade tombe dans le coma et, après une crise urémique ou un accès d’œdème pulmonaire, il succombe.
Certains malades résistent; ils font une recrudescence fébrile et ne guérissent qu’après une convalescence extrêmement longue.
B. Spirochétose à syndrome d'ictère infectieux , à recrudescence fébrile. — Les diverses formes cliniques, qui se ran-
LA SPIROCHÉTOSE
gent dans cette catégorie, sont caractérisées par une reprise fébrile qui est plus ou moins accusée, mais qui, cependant, ne semble jamais faire défaut.
La maladie type de ce groupe a été fréquemment réalisée daps les armées européennes au cours de la guerre 1914- 1918; elle débute inopinément par des frissons, des étourdissements, de la prostration et des myalgies ; on peut observer, en outre, des épistaxis et de la diarrhée. Souvent, le malade est évacué du front avec le diagnostic d’ « embarras gastrique fébrile » : la fièvre, en effet, atteint d’emblée 39° à 40°. Le patient se meut difficilement et il faut le faire porter. *
Très rapidement, la prostration s’accroît et le sujet revêt un aspect typhique, le thermomètre oscillant, avec des rémissions matinales d’environ'un degré, soit entre 38° et 39°, soit entre 39° et 40°. La langue est saburrale et les lèvres présentent des vésicules d’herpès.
Du 3e au 6e jour apparaît l’ictère, le plus souvent orangé, ce qui est un bon signe de spirochétose. A ce moment burine est assez rare et fortement colorée ; elle renferme de l’albumine et des cylindres, parfois quelques hématies; le sang se surcharge d’urée. En outre, des symptômes de réaction méningée (signe de Kernig, raideur de la nuque) peuvent se manifester chez certains sujets. Enfin, suivant les sujels et suivant aussi le moment de l’examen, le foie et la rate apparaissent hypertrophiés.
Au cours des jours suivants, la jaunisse s’accentue, les matières peuvent se décolorer et la température s’abaisse. Immédiatement après, il se produit une crise urinaire (2 à 4 litres) et les pulsations s’abaissent aux environs de 50. L état général s améliore et le malade donne l’impression vi entrer en convalescence la température est presque normale uj7 o) ; le pouls se ralentit encore (40), la polyurie augmente, 1 albuminurie diminue et l’ictère commence à s atténuer. L’apyrexie persiste de 4 à 8 jours. Après cette accalmie, la température présente, pendant 2 à 3 jours, de légères ascensions quotidiennes, puis elle s’élève brus-
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
quement à un degré légèrement inférieur à celui atteint lors de la première poussée : c’est la phase de reprise fébrile ; exceptionnellement, il se produit une recrudescence des symptômes de l’ictère. Enfin, le thermomètre s’abaisse définitivement et le patient entre véritablement en convalescence. Celle-ci sera longue en raison de l'asthénie, de l’anémie, de l’amaigrissement et de l’hépatonéphrite dont il a souffert.
Nous ne possédons pas de documents permettant de préciser la mortalité dans cette forme ; mais on peut affirmer qu’en France la guérison est la terminaison de beaucoup la plus fréquente.
a) Spirochétose à syndrome d ictère catarrhal bénin. —
(Courbe communiquée par le Dr Ph. Pagniez.)
Fig. 23. — Spirochétose ictérohémorragique à type clinique d'ictère catarrhal,
à reprise fébrile.
11 résulte des recherches effectuées au cours des dernières années qu’un certain nombre d’ictères catarrhaux bénins, au sens classique de l’expression, sont provoqués par le Sp. icterohemorragiæ ; actuellement, on ne saurait préciser le pourcentage des cas relevant de cette étiologie, mais le fait est incontestable, pour certains malades tout au moins.
LA SPIROCHÉTOSE
Tel patient, à propos duquel le diagnostic d'ictère catarrhal bénin s’impose pour tous les cliniciens, se révèle microbiologiquement comme un spirochétosique ; les urines renferment le parasite d’Inada et Ido, les inoculations au Cobaye déterminent unie 1ère transmissible en série, enfin les réactions humorales sont positives.
La symptomatologie de la spirochétose à syndrome d’ictère catarrhal bénin se confond avec celle de cette dernière maladie ; aucun trait important ne saurait y être ajouté et il est inutile de reproduire ici une description que fournissent tous les traités classiques.
Remarquons, toutefois, que la fièvre, quoique atténuée (37°5-38°), ne fait jamais complètement défaut et que le thermomètre permet de retrouver le trait caractéristique de la spirochétose, la recrudescence thermique (fig. 23) : « Il est peu de courbes, à condition qu’on suive les malades pendant un temps suffisant, sur lesquelles on ne puisse noter une recrudescence fébrile, au moins esquissée, et c’est là, bien certainement, un très bon signe de spirochétose ictérigène ». (Ph.
Pagniez, A. Gayrel, P. -P. Lévy et J. de Léobardy.)
b) Spirochétose à syndrome prolongé. — M. Garnier et J. Reilly ont observé quelques spirochéto-
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
siques chez lesquels les divers symptômes, en particulier les poussées fébriles, se prolongent ou se reproduisent anormalement (fig. 24 et 25).
Les exemples de celte forme sont encore trop peu nombreux pour qu’il soit possible de la schématiser. Nous résumerons deux observations des médecins précités :
Emile G. . . ,soldatd’infanterie, est pris subitement, le 18 janvier, de nausées, de vomissements et de douleurs musculaires. Le 20, il présente un ictère léger ; la rate est hypertrophiée. Jusqu’au 25, l’ictère s’accentue légèrement, tout en restant modéré, et la fièvre ne dépasse pas 38°. Le 26, le malade va mieux, l’ictère s’atténue , l’urine est abondante et renferme de nombreux Spirochètes. Le 3 février, la première reprise fébrile se produit, plus grave (39°) que la poussée initiale, prolongée jusqu’au 3 mars. Après
(Courbe communiquée par le Dr M. Bloch.) Fig. 25. — Spirochétose ictérohémorragique, à reprises fébriles.
F. dayqeMA/tf- a et.
une apyrexie de 16 jours, on note une troisième recrudescence fébrile et, derechef, la spirochéturie est nette (64e jour de la maladie). Le malade entre définitivement en convalescence, mais son urine renferme des Spirochètes jusqu’au 103° jour.
Alors que l’apyrexie définitive est assurée dans la forme typique après une seule reprise thermique, la courbe du précédent malade a décrit trois recrudescences et la spirochéturie, au lieu de cesser vers la fin du troisième septénaire, s’est prolongée pendant plus de trois mois.
Chez le second malade de M. Garnier et J. Reilly, un adjudant d’infanterie, des poussées fébriles se succédèrent jusqu’au 100° jour de la maladie; chacune était accompagnée d’une légère augmentation de l’ictère et de la spirochéturie ; au cours de la maladie, le foie et la rate présentèrent une augmentation sensible de volume. Cette forme « hépato-splénique » de la spirochétose est intéressante parce qü’elle rentre dans le cadre de la maladie de Hanot il convient donc de rechercher dans quelle proportion celle-ci relève du Sp. ictefohemorragiæ.
c ) Spirochétose à syndrome méningé. — Dans le chapitre consacré à la sémiologie, au § 6 relatif aux réactions méningées (p. 211), nous avons rappelé les symptômes sur lesquels S. Costa et J. Troisier (17) se basentpour établir cette forme spéciale. Leurs travaux nous permettent d’en schématiser les traits essentiels : généralement, sans prodromes d’aucune sorte, le malade est pris de céphalée, de rachialgie, de vomissements, de myalgies, de frissons et de fièvre. A ce stade, si l’ictère n’est pas net, la maladie, avec l’herpès labial concomitant, en impose pour une méningite cérébrospinale : « la céphalée est pour ainsi dire constante ; elle siège aux régions frontale et occipitale. La rachialgie est marquée aussi ; elle se traduit par une contracture générale des muscles du tronc qui fait dire au malade qu’il est raide comme un morceau de bois.
La raideur de la nuque est un des premiers symptômes en date, et un des plus accentués. La tête est immobile, en extension ; elle ne cède que difficilement aux mouvements
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
qu’on veut lui imprimer et il est impossible de rapprocher le menton du sternum.
La contracture des membres inférieurs se révèle par la position en chien de fusil ; mais elle est assez rare. En revanche, le sigue de Kernig est constant. Qu’on le cherche dans la position couchée ou dans la position assise, il se montre toujours nettement positif.
Les troubles intellectuels sont assez rares, ils se manifestent surtout par l’agitation, la confusion mentale et un délire calme.
Les réflexes tendineux sont le plus souvent atténués ou même presque abolis. Les réflexes pupillaires, généralement conservés, sont parfois paresseux. Une seule fois nous avons constaté l’inégalité pupillaire. Une seule fois également nous nous sommes trouvés en présence de la photophobie. Nous n’avons jamais eu de nystagmus. La sensibilité des globes oculaires à la pression n’est pas constante. Quant aux réflexes cutanés, ils sont le plus souvent exagérés. On relève dans quelques observations une hyperesthésie nette de la peau de l’abdomen et même une contracture des muscles abdominaux en rapport évident avec les lésions hépatiques, et surtout la périhépatite, si fréquente et si intense dans les infections expérimentales.
Les troubles vaso-moteurs sont généralement peu marqués ; on provoque cependant assez facilement dans certains cas une raie cutanée vaso-motrice.
L’herpès est fréquent, mais non constant. L’éruption est en général discrète et limitée aux commissures labiales.
En dehors de l’herpès, les manifestations cutanées sont réduites à une éruption papulo-érythémateuse étendue aux extrémités supérieures et inférieures et qui précède généralement de quelques heures la rechute.
Les vomissements sont habituels au début de la maladie. Us ont rarement le type cérébral. Mais on relève parfois la toux nauséeuse.
Le pouls est rapide; sa courbe est en général parallèle à celle de la température.
LA SPIROCHÉTOSE
L’association des symptômes méningés aux symptômes généraux peut donner à la maladie des aspects différents suivant la prédominance des uns ou des autres.
Dans la forme complète, la méningite n’est qu’une complication de la maladie générale, une localisation de la septicémie. L’ictère et les symptômes généraux dominent la scène. Ici les réactions méningées peuvent échapper à l’attention si elles ne sont pas recherchées systématiquement.
Dans la forme méningée avec ictère, déjà la coloration de la peau passe au second plan. Les symptômes méningés, signe de Kernig, raideur de la nuque, céphalée, sont intenses et retiennent toute l'attention.
C’est vraisemblablement en présence de cas de ce genre qu’ont dû se trouver MM. Güillain et Richet, si l’on admet que leur syndrome doit être.rattaché à la spirochétose ».
d) Spirochétose à syndrome nerveux. — Cette forme ne nous est connue que par deux observations de E. Sacquépée et L. Boidin : chez l’un des malades, les signes d’hépatonéphrite sont assez effacés et les accidents nerveux prennent une place prépondérante dans le tableau clinique. Comme l’azotémie a été marquée (3 gr. 33), les auteurs se demandent si ces derniers troubles ne relèvent pas en dernière analyse des perturbations hépato-rénales. En outre d’une réaction méningée aiguë, le patient souffrait de crises douloureuses localisées : « 1° à la tête ; 2° à la nuque ; 3° au niveau de la région périombilicale : partant de la colonne vertébrale, elles viennnent aboutir autour de 1 mbilic, prenant ainsi le caractère de douleurs en ceinture ; au niveau de l’ombilic elles sont profondes, très vives, s’accompagnent de nausées et semblent traduire la souffrance du plexus solaire ; 4° aux genoux, sensation de broiement, d’étau, irradiation dans les mollets, parfois en éclair, caractère qui évoque le tableau de ertaines crises tabétiques, aucun signe objectif au niveau de l’articulation, pas ou peu de douleur à la pression des niasses musculaires, réflexes normaux ».
Chez un autre spirochétosique, L. Boidin et R. Dujarric
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
de ia Rivière (communication manuscrite) ont observé un accès de confusion mentale.
Enfin, citons un malade de Pierre-Kahn et R. Debré réalisant un cas de spirochétose ictérohémorragique à syndrome psychique d’excitation cérébrale avec quelques éléments confusionnels.
e) Spirochétose à syndrome pulmonaire. — Nombre de spirochétoses ictérohémorragiques s’accompagnent de troubles pulmonaires ; les examens histologiques que nous avons pratiqués nous conduisent à penser que, dans ces cas, il s’agit non point d’un syndrome spirochétosique, mais de complications broncho-pneumoniques. Nous ne prétendons pas trancher la question, pour deux raisons : tout d’abord, nous n’avons jamais disposé de pièces nous permettant de rechercher le microorganisme pathogène; d’autre part, la constance de lésions authentiquement spirochétosiques dans le poumon du Cobaye impose une certaine réserve ; il est possible que des processus analogues se reoroduisent chez l’Homme.
§ 1. Spirochétose anictérique. — A Gœbel et surtout à S. Costa et J. ïroisier (1916) revient le mérite d’avoir établi que le Sp. icterohemorragiæ est susceptible de provoquer chez l’IIomme une maladie dont est exclu le syndrome considéré jusqu’alors comme essentiel, l’ictère. Rappelons à ce propos que, dans certaines conditions, à la suite de l’inoculation de cultures peu virulentes, le Cobaye succombe, lui aussi, sans avoir présenté de jaunisse.
Dès maintenant, les observations publiées permettent de distinguer, à titre provisoire tout au moins, deux formes de spirochétose anictérique :
A. Spirochétose anictérique à syndrome méningé ;
B. Spirochétose anictérique à syndrome myalgique.
A. Spirochétose anictérique à syndrome méningé. — Cette forme a été nettement individualisée par S. Costa et J. Troisier. Son évolution est calquée sur celle de la spirochétose
LA SPIROCHÉTOSE
ictérique à syndrome méningé, mais la jaunisse et même la cholurie font défaut. La maladie revêt l’apparence d’une méningite aiguë : début brusque sans ictère ni hémorragie, souvent pas de rechute fébrile, mais un état infectieux avec réaction méningée, céphalée, vomissements, parfois herpès, raideur de la nuque, signe de Kernig, tous symptômes disparaissant rapidement sans laisser de trace.
Quand la recrudescence fébrile se produit, S. Costa et J. Troisier observent : « une véritable méningite à rechute. C’est sans doute à cette forme que se rapportent un certain nombre de « méningites à cause indéterminée » ou d’ « états méningés » dont on trouve la relation dans les Bulletins de la Société médicale des Hôpitaux.
Dans un cas, aux phénomènes méningés nous avons vu s'associer les troubles intellectuels caractérisés surtout par l’agitation, un léger délire et de la confusion mentale; le médecin traitant avait cru d’abord à une méningite cérébro-spinale, et seule l’apparition retardée de l’ictère orienta autrement le diagnostic. C’est là ce qu’on pourrait appeler la forme psycho-méningée de la spirochétose ».
Le liquide céphalo-rachidien est hypertendu et la réaction leucocytaire intense (polynucléose prédominante évoluant vers la lymphocytose ou lymphocytose d’emblée, 100-400 éléments par millimètre cube). L’analyse décèle une hyperalbuminose de 0 gr. 60 à 0 gr. 70 et une proportion d’urée oscillant autour de 1 gramme et pouvant s’élever à 4 grammes.
Dans les formes qui s'accompagnent d’un léger subictère, le diagnostic est facilement aiguillé dans le sens des recherches microbiologiques susceptibles de le confirmer; quand toute trace de jaunisse fait défaut, les difficultés sont considérables. Seuls les signes suivants pourront faire suspecter la nature spirochétosique de la méningite : brusquerie du début, réaction cellulaire marquée du liquide céphalo-rachidien, azotémie, hépatalgie (inconstante) et splénomégalie.
Le diagnostic différentiel est à faire avec toutes Jes autres variétés de méningite, spécialement avec la méningite syphilitique pour laquelle, on l'a vu, la réaction de fixa-
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L HOMME
tion du complément ne peut pas fournir de réponse significative (t).
B. Spirochétose anictérique à syndrome my algique . — Cette spirochétose n’est encore connue que par deux observations de M. Bloch et P. Hébert.
Le lecteur trouvera à la sémiologie (§ 4, p. 209) la description détaillée du syndrome sur lequel repose la distinction de cette forme insolite. Il suffira ici d’en résumer les faits essentiels à l’établissement du diagnostic : brusquement, le malade est atteint de fièvre (40°) et de myalgies généralisées qui le terrassent ; les os et les articulations restent indolores ; ensuite, les conjonctives rougissent, les globes oculaires deviennent sensibles et des épistaxis représentent tardivement le syndrome hémorragique. La rate,’ non percutable au début, est perceptible du 8e au 15e jour.
A aucun moment, les malades ne présentent ni ictère cutané ni même de eholurie. Le tableau méningitique est complet : gémissements, photophobie, raideur de la nuque, signe de Kernig.
En dépit de quelques traits communs, M. Bloch et P. Hébert estiment que leur spirochétose anictérique « à syndrome myalgique fébrile pseudo-méningé » se distingue delà spirochétose anictérique méningée décrite par S. Costa et J. Troisier par les trois caractères suivants : lucidité, absence de céphalée, de vomissements, et intégrité du liquide céphalo-rachidien (2).
§ 3. Spirochétoses ictériques associées. — A. Spirochétose ictèrique associée à la fièvre typhoïde. — A notre connais-
(1) M. Favre el H. Mathieu ont observé 7 cas de spirochétose anictérique, Le diagnostic microbiologique est simplement basé sur la spiro- ■chéturie ; l’infection n’a pu être reproduite expérimentalement chez le Cobaye.
(2) Nous ne faisons pas figurer ici de spirochétose anictérique à •syndrome rénal, pour la raison suivante : dans les cas de ce genre, en particulier chez les malades étudiés par M. Salomon et R. Neveu, par Manine, Cristau et Plazy, le Spirochète observé n’est pas assimilable au ■ Sp. icterohemorragiæ .
LA SPIROCHÉTOSE
sance, un seul cas, dû à M. Garnier et J. Reilly, est actuellement publié.
Après une courte évolution fébrile accompagnée de diarrhée, la température remonte à 40° et, au cinquième jour de cette fièvre, fictère apparaît. Mais la température reste en plateau et, quelques jours après, apparaissent des taches rosées qui permettent de poser le diagnostic de typhoïde; d’autre part, l’urine renferme des Spirochètes dont l’inoculation au Cobaye provoque un ictère mortel.
En 23 jours la spirochétose guérit ; au contraire, l’infection typhique évolua avec de nombreuses complications et le séro-diagnostic, de cette dernière maladie ne devint positif qu’au bout de 4 mois.
B. Spirochétose ictérique associée à la syphilis. — Jci encore, nous sommes réduits à une seule observation de M. Garnier et J. Reilly. Bien que le Spirochète des urines ne fût pas transmissible au Cobaye, ces auteurs admettent que, chez le malade en question, le Sp. icterohemorragiæ se développait sur le terrain d’une syphilis secondaire en évolution. Cette observation corroborerait l’opinion exprimée jadis par Y. Cornil, suivant laquelle l’ictère apparu chez un syphilitique secondaire serait dû à une infection associée.
C. Spirochétose ictérique associée à la diarrhée. — Cette complication n’a été également observée que chez un malade de Pissavy : un plongeur de restaurant parisien (1), parvenu à la sixième semaine d’une spirochétose ictérohémorragique authentique, est brusquement pris, en pleine convalescence, d’une diarrhée intense et incoercible, vraisemblablement due à une infeclion accidentelle, peul-être d'origine alimentaire; celte complication est suivie d’un fléchissement immédiat du taux des urines et, 6 jours après, le malade succombe avec de la sclérose rénale (fig. 17).
§ 4. — Spirochétose anictérique associée à la leucémie. —
I n individu, atteint de leucémie subaiguë, entre à l’hôpital
(1) Voir son histoire, p. 193.
LA SPIROCHÉTOSE CHEZ L’HOMME
militaire de Marseille où il est l'objet d’un examen approfondi de la part de J. -A. Sicard et de ses collaborateurs H. Roger et L. Kindberg. Les urines renferment des Spirochètes visibles sur frottis; le séro-diagnostic et la réaction des immunisines sont positifs en ce qui concerne le Sp. icterohemorragiæ. Le malade finit par succomber : l’examen du foie décèle des Spirochètes.
Ce cas suscite de nombreuses hypothèses; en particulier, on peut se demander si la leucémie n’est pas en rapport avec la présence du microorganisme d’Inada et Ido.