DES CONSÉQUENCES QUE L'ON PEUT TIRER DE CE NOUVEL ÉLÉMENT
Le fait que nous venons d'établir, — à savoir que la rate atteinte manifeste ses lésions, du moins dans Îles maladies infectieuses, par de larges oscillations de température, — nous amène à émettre cette hypothèse, que le stade amphibole de Wunderlich, de la fièvre typhoïde, pourrait bien n'être qu’une simple manifestation de l'atteinte de la rate dans cette maladie.
Le stade amphibole de la dothiénentérie est une phase particulière de son évolution thermique, «où la fièvre, soumise à des irrégularités imprévues et parfois non motivées, donne à la courbe un caractère d'indécision et d'incertitude qui n’est que trop souvent le prélude des recrudescences et des complications (1) ». Cette phase, intercalée entre la période d’élat et la période de défervescence, peut durer de plusieurs jours à plusieurs
semaines. En la ratlachant ainsi à une lésion de la rate,
(1) Th. Legry. — In Traité de médecine, Debove-Achard.
nous ne faisons, nous le répétons, qu'une simple hypothèse, mais nous nous basons sur ces deux faits, sur lesquels nous avons déjà suffisamment insisté, à savoir que « l'hypertrophie de la rate fait partie intégrante des symptômes fondamentaux de la fièvre typhoïde » (F. Bezançon) et que, d'autre part, c’est ce qui ressort de nos observations, la rate imprime au cycle fébrile ces modifications particulières que l’on retrouve dans le stade amphibole de la dothiénentérie.
Pourquoi, puisque l'hypertrophie de la rate existe dès le début de la fièvre typhoïde, les larges oscillations de température ne se montrent-elles qu'à la période du stade amphibole ? Ce que nous avons dit au chapitre précédent l’'expliquerait d’une façon parfaite. Pendant toute la période d'état, la courbe thermique est dominée par linfluence de l’agent infectieux éberthien; les oscillations qu'imprimerait à la courbe la souffrance de la rate sont modifiées par lui. Au contraire, lorsque vient la période de défervescence, lorsque les germes infectieux sont en quelque sorte vaincus, leur action devient nulle, et celle de la rate, prédominante; c’est alors qu'apparaissent les larges oscillations de température.
Mais si, dès le début de la fièvre typhoïde, l’action des germes infectieux, pour une cause quelconque, — nocuité atténuée, réceptivité de l'individu moinsgrande,— n'estpas prépondérante. on observera alors pendant toute la durée de la maladie ces larges oscillations de température. Ainsi s’expliqueraient, les anomalies signalées dans l’évolution thermique de la fièvre typhoïde. Ainsi comprendrait-on pourquoi, dans la dothiénenterie, « la fièvre prend parfois un caractère franchement périodique ou intermittent,
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même sans qu'on puisse incriminer l'impaludisme » ; pourquoi « d’autres fois, la fièvre est absolument désordonnée et les irrégularitées du stade amphibole encore
exagérées » (1).
L'hypothèse que nous venons d'émettre au sujet de l'origine du stade amphibole de la fièvre typhoïde, nous pourrions la reprendre en ce qui concerne la fièvre hépatique intermittente (fièvre bilio-septique de Chauffard), que Monneret et Charcot, en 1873, isolèrent des autres formes septiques fébriles de la colique hépatique, et dont ils décrivirentles caractères principaux : frissons et fièvre intermittente offrant parfois de grandes analogies avec la fièvre paludéenne. — L’intumescence de la rate, que l’on retrouve aussi dans cette maladie, expliquerait aisément sa courbe thermique (2).
Enfin, avant de terminer celle esquisse rapide, nous devons encore mettre en parallèle Pétat fébrile particulier qui accompagne chaque digestion avec l'augmentation physiologique et passagère du volume de la rate pendant celle-ci.
(1) Th. Legry, loc. cif.
(2) La proposition suivante de Piorry viendrait à l'appui de notre thèse : « Quand il y a une lésion du foie avec pyrexie périodique, écrit-1l, c'est que l'organe splénique est lui-même affecté : on ne voil point, lorsque la rate est saine, que le foie malade cause des fièvres d'accès. »