ART" ONE
à CHAPITRE V
INFLUENCE DE LA QUININE SUR CES LARGES OSCILLATIONS DE TEMPÉRATURE D'ORIGINE SPLÉNIQUE
Les bons effets que le sulfate de quinine nous a semblé avoir sur ces larges oscillations de température d'origine splénique nous conduisent à dire quelques mots de son emploi dans ce cas particulier.
Et d’abord, constatons les bons résultats qu'il nous a donnés.
Dans l'observation première, nous ne voyons pas que la quinine ait été employée, du moins, pendant la période où les larges oscillations de température étaient nettement sous la dépendance de la lésion splénique.
O8s. IL. — La température qui, sous linfluence de la splénalgie, suit, pendant 5 jours, du 19 au 24 octobre, une marche progressivement ascendante, atteint le 24 40° 6. Ce jour-là, on donne 1 gr. de quinine, et, le lendemain, le thermomètre est descendu à 38°6. Puis, la quinine ayant été suspendue, la tempéralure remonte à 39°.9 le 27 ; on reprend le médicament, et, cette fois-cr, une dose de 0,50 centigr. suffit pour faire tomber le thermo-
mètre à 370.
Éd
Ogs. IL. — Le malade, convalescent de fièvre typhoïde, paraît guéri de sa maladie, mais accuse pourtant de la douleur splénique à exacerbations quelquefois assez vives. Dans la nuit du 30 au 31 octobre, il est pris d’un accès de fièvre très violent ; à 5 heures du matin, la température est de 41° 1. On ne fait pas d'intervention thérapeutique, et, le 1° novembre, nouvel accès : le thermomètre marque 40°. On prescrit alors ? gr. de quinine dans les 24 heures et, depuis, les accès ne se sont plus renouvelés.
Donc, de ces deux observations, nous pouvons conclure que la quinine a une action sur cette fièvre d’origine splénique.
L'observation IV est encore plus intéressante, car elle nous montre non seulement que la quinine agit, mais aussi qu'elle n’agit qu'administrée d’une certaine façon.
O8s. [V.-— La courbe thermique présente toute une série d’oscillations ; la température du matin est au-dessous de 37°; celle du soir atteint et dépasse 395. Le 10 janvier, vu le caractère intermittent de la fièvre, on donne un cachet de 0,50 centigr. de quinine; cette quinine est administrée un peu au hasard et ne produit aucun eftet. On la supprime jusqu'au 15 janvier. Ce jour-là, on la donne à [1 heures du matin (sans que l’on sache encore l'heure à laquelle se produit l'accès): pas de résultat; le 16, 0,50 centigr., à 10 heures du matin, résultat nul; le 17, 0,50 centigr. à 9 heures du matin, résultat nul. En présence de ces insuccès, le T8, la température est prise d'heure en heure : on peut constater alors que l'accès survient à midi et demi. Aussi, ordonne-t-on la quinine pour le lendemain de la facon suivante :
Er 2 Sulfate de quinine, 0,50 centigrammes
en deux cachets, à une heure d'intervalle, de façon à ce que le dernier cachel soit pris six heures avant l'accès, soit à 6 heures et demie; les jours suivants, la quinine sera administrée à la même heure, mais à doses croissantes, 0,60, 0,70, 0,80 centigr., et, à partir de ee moment, l'aspect de la courbe thermique, surtout si on la compare à ce qu'elle était précédemment, deviendra caractéristique : nous verrons les oscillations diminuer d'amplitude, et la température du soir (27 et 28 janvier) ne pas atteindre 37°.-— La quinine ayant été supprimée le 28 janvier, la courbe tend alors à remonter; on reprend le médicament el le tracé redescend. Ces jours-ci (6 février), la températere est constamment au-dessous de 37°, et l'étendue de la matité splénique a considérablement diminué.
Cette observation nous montre quela quinine, dans les cas dont nous nous occupons, doit être administrée de la même facon que dans la fièvre paludéenne ; la dose voulue doit être prise, 6 heures avant l'accès ; sinon, ce serait s’exposer à des échecs.
La même observation nous montre encore que laugmentation de volume de la rate diminue en même lemps que décroit l'amplitude des oscillations ; ce fait d’ailleurs est très compréhensible, puisque ces dernières sont sous la dépendance de la splénomégalie.
La quinine paraît donc jouir, à l’égard de la rate, d’une propriété particulière; et « de même que certaines causes morbigènes exercent de préférence leur influence pathogénique sur le système lymphatique en général et la rate en particulier, il semblerait aussi que certains moyens
LT EE thérapeutiques possèdent des propriétés en quelque sorte spéciales, vis-à-vis de tel ou tel tissu, sont de véritables spécifiques d'organes, comme les appelle M. le professeur Combal, conformément d’ailleurs à l'expression employée avant lui par Jaumes {1) ». (Baumel)
Comment expliquer cette action de la rate ?
Est-ce que la quinine, prise par l’estomac, en injections sous-cutanées, ou en injections parenchymateuses, détermineraitune exagération des contractions de la rate ?
Les expériences des physiologistes à ce sujet ne sont pas toutes concordantes.
Toujours est-il que « quelle que soit la lésion dont la rate soit atteinte ; qu'il s'agisse d’une simple hypermégalie mécanique, ou d’une hypertrophie véritable et de cause locale ou générale, il n’en est pas moins évident, non seulement que la quinine est indiquée, mais que, dans la majorité des cas, on voit, sous son influence, l’hypermégalie splénique diminuer ou disparaître... (2) Toutefois, l'on ne doit pas perdre de vue, en ce qui concerne le traitement, les états pathologiques fondamentaux au cours desquels sont survenus les accidents spléniques » (Baumel).
(1) Jaumes. — Pathologie et thérapeutique générales, Montpellier, 1869.
(2) Lasnet, Bulletin médical, Paris, XIV, 585-586, a recommandé les injections d'ergotine dans le traitement de l'hypertrophie splénique.